HECATE : Comment est la nuit… à Tours ?

Formé en 2009 à Tours (France), HECATE évolue sur la scène black metal mélodique et a su affiner son art noir et emprunt de mélancolie et poésie tout au long de son parcours, s’enrichissant à chaque nouveau changement de line-up. Auteur de trois albums : Chroniques d’un autre temps (2013), Une voix venue d’ailleurs (2018), Ode au désert suspendu (2020), ainsi qu’un EP, Apeiron (2017), le groupe français est venu presque au complet sur METAL OBS TV pour nous présenter son quatrième opus, plus épique et poétique que jamais. Celui-ci s’intitule Comment Est La Nuit et sort le 12/06/2026 sur leur propre label (Infinite Aeon). Nous avons donc fait connaissance avec cette fine équipe, et ce, malgré quelques petits soucis techniques qui font toujours le charme des interviews enregistrées en condition « live ». Et justement, HECATE nous dira si oui ou non ils comptent défendre live sur scène ce nouvel opus. [Entretien vidéo réalisé par Zoom avec Colin (guitare), Nox (guitare, basse, piano), Aharon (chant), et Nicolas (batterie, paroles) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Comment est la nuit ? - HECATE
HECATE
Comment est la nuit ?
Melodic black metal
Infinite Aeon

Comment est la nuit ? Assurément chaude depuis l’arrivée de ce quatrième opus des Tourangeaux de HECATE… (scène musicale que l’on suite particulièrement de près à METAL OBS). Enfin, il ne reste plus qu’un seul membre, en l’occurrence Colin (alias « FV »), le guitariste rythmique, qui réside encore en Touraine. Mais qu’importe, car l’union fait la force aujourd’hui, et plus que jamais ! En effet, la restructuration du line-up du groupe français (à ne pas confondre, donc, avec les nombreuses autres formations à l’étranger portant ce même patronyme) a visiblement fait du bien suite à quelques errances post covid-19, boostant même leur créativité, à l’écoute de Comment est la nuit ?. Si le chanteur Aharon des biens connus et excellents GRIFFON (notre interview 2024 ici) et A/ORATOS (notre interview 2024 ici également) en est la preuve flagrante à l’un des chants principaux mais aussi dans les idées structurelles des chansons, celle d’un certain Thomas DM (ABYSM OBSCURA, APOSTISY, ASH BITE, ASTRAL LORE, CAEDEOUS, CARTHAGE, CAVERN…) n’est pas non négligeable à l’autre chant. Néanmoins, le cœur créatif de HECATE est constitué du duo Nicolas (batteur, mais aussi parolier) et Nox (guitare, basse, piano).

Musicalement, on peut identifier le groupe dont le nom s’inspire, une fois n’est pas coutume, de la déesse des songes, de la magie et des enchantements (cf. mythologie grecque), à la scène black metal mélodique avec des influences culturelles et techniques de composition qui ne sont pas sans rappeler de très bonnes références scandinaves comme …AND OCEANS ou ELLENDE en Allemagne (interview ici). On peut y trouver certaines similitudes, mais attention, chacun ayant son style et son propre univers lyrique. Pour information, HECATE s’est longtemps plus ou moins cherché, œuvrant autrefois dans un mélange de différents courants de metal extrême, incluant même des influences sludge metal. Trois albums figurent déjà au compteur de leur discographie : Chroniques d’un autre temps (2013), Une voix venue d’ailleurs (2018), et Ode au désert suspendu (2020), entrecoupés d’un EP, Apeiron, paru en 2017.

Ce quatrième opus s’ouvre sur la magnifique et longue introduction « Le Roi des Aulnes », interprétée au piano, rejoint par du violoncelle et une flûte traversière du plus bel effet. On sent déjà l’influence du bagage de musique classique de Nox, véritable génie polyvalent, s’inspirant aussi bien là de Chopin que d’un black metal mélodique ou symphonique typiquement britannique des années 1990, voire scandinave. Cette longue intro (environ 2′) laisse place immédiatement au single « Hymne au clair de lune » où la batterie (malheureusement programmée par Nicolas, et c’est le principal bémol à l’ouvrage) démarre en furie avec un riff de guitare féroce et un chant black lointain, totalement schizophrène, qui vous glace le sang en pleine nuit. Un premier break survient pour apaiser le tempo et là les claviers adoucissent le black metal de nos Tourangeaux. Plus ponts construisent ce morceau plutôt long (à peine 8′) qui n’est pas sans rappeler l’esprit et la démarche artistique d’un LIMBONIC ART (notre interview 2024 de Daemon ici) à ses débuts (les regrettés et jamais égalés Moon In The Scorpio et In Abhorrence Dementia), la froideur du black metal norvégien en moins. Et déjà, ces deux premières plages de Comment est la nuit donnent clairement le ton et permettent de dresser un tableau à la fois sombre et lumineux, le tout sous une forme de poésie car les paroles requièrent beaucoup d’attention du fait d’un travail minutieux de son auteur, Nicolas, qui use et abuse des alexandrins dans un français peu usuel…

Sur un riff de guitare au feeling plus rock, mais tout aussi féroce, « Vois en dedans de moi » nous entraîne un peu plus dans la nuit par une rythmique réussie qui nous voit headbanguer et taper du pied. C’est nerveux, et groovy, on sort des inspirations plus typiques du black metal sympho, et les fans du dernier GALIBOT y trouveront cette même énergie étonnamment (notre nouvelle et seconde interview des Ch’tis GALIBOT ici). Quelques claviers apparaissent, puis les choses s’accélèrent, alors que les cris black d’Aharon et Thomas se combinent, mais là encore, pas toujours dans la simplicité. Les breaks ne manquent pas à l’appel, et on peut perdre le fil parfois.

Sur « Aube aux pâles salives », plusieurs nappes de claviers s’entremêlent, entre nappes de synthétiseurs plus typées années 1980, et piano classique, le tout formant une certaine mélancolie, alors que l’on évolue ici sur un mid-tempo. Mais très vite, le ton devient plus agressif, les guitares arrivent et les blasts beats se font entendre alors qu’Aharon s’époumone comme un diable au cœur de la nuit. Le phrasé est intéressant, passionnant même, à l’image de ce qu’il déjà au sein de GRIFFON et A/ORATOS. Un chant clair se fait entendre, et un rythme plus lancinant permet à HECATE de développer ici une forme de spleen nocturne envoûtant, durant près de 10′. Et cela s’enchaîne à merveille avec le délicieux, et là encore mélancolique « Qu’une main strie la nuit », dont le crie déchirant de Thomas (nous semble-t’il) réveillera les sommeils les plus lourds dans la chaleur d’une nuit d’été… Plusieurs digressions ponctuent ce morceau relativement complexe et savamment pensé par Nox et Nicolas. Etonnamment, un break à la guitare à 5’47 attire nos oreilles adeptes de la fine fleur du death metal mélodique suédois. Un court riff nous renvoie alors directement à « Yesterworld » de nos amis de DARK TRANQUILLITY à l’époque de sa démo K7 de 1992 et de ses influences black/death mélodique… Un clin d’œil peut-être ? Nous avons omis de leur poser la question durant notre entretien faute de temps…

Plus synthétique mais à la trompeuse introduction, « Bleu flambant » revient à un black metal plus direct et rageur, entrecoupés de chœurs à la voix claire et toujours ce piano qui vous hypnotise par moment dans ces volontaires redondances. L’outro est d’ailleurs troublante, ou plutôt l’intro en fait du diptyque « Des regards cueillis et des mains excavées » qui s’enchaîne à merveille dans une grande fluidité. A vrai dire, on ne sait plus trop si l’on est dans un rêve ou la réalité, mais lorsque le chant black rageur d’Aharon (GRIFFON, A/ORATOS) surgit, comme un cavalier dans la nuit, un effroi nous parcourt l’échine. On approche de la fin et là, HECATE lâche les chevaux pour un final grandiose, complexe, de progressif presque nous pourrions qualifier. Très heavy, cette première partie laisse enfin place à une seconde teintée de tristesse, avec divers effets et nuances (les claviers finaux notamment), mais paradoxalement encore cette seconde partie s’avère étonnamment plus heavy et dark encore.

Afin de mieux marquer l’auditeur et conclure ce bal nocturne mouvementé, tantôt enchanteur mais souvent désenchanté, c’est la chanson-titre « Comment est la nuit ? » qui met fin à la nuit. Il s’agit d’une outro instrumentale, telle une petite berceuse, histoire de calmer nos ardeurs et frayeurs nocturnes… Notre réveil sonne alors. Il est temps de se réveiller pour affronter la dure réalité d’une nouvelle journée. A l’horizon, le soleil, déjà brûlant, se lève. Aurait-on rêver ? Nul ne le sait, mais dans tous les cas, la poésie subtile et séduisante de HECATE, à l’image de sa déesse, nous aura séduit le temps d’une nuit de songes… Malheureusement, le groupe tourangeau n’a pas l’intention de se produire sur scène, alors le mystère demeurera à travers ce quatrième opus plus que réussi, parfois trop complexe qui déroutera plus d’une âme, mais en envoûtera plus d’autres moins hermétiques aux digressions de nos artistes qui ont ici sortir des sentiers battus sans pour autant oublier leurs racines, que ce soit le metal extrême ou la musique classique, qui se marient, comme c’est souvent le cas, plutôt à merveille dans le black metal symphonique. [Seigneur Fred]

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