MOON SHOT : Thunderlust

Après leurs débuts posés avec Confession en 2021 et la confirmation de leur puissance de feu rock sur The Power en 2024, le groupe finlandais MOON SHOT (dans lequel on retrouve l’ex-bassiste de CHILDREN OF BODOM, Henkka Seppälä, mais aussi le chanteur Ville Malja (ex-LAPKO) et le guitariste/compositeur Jussi Ylikoski (ex-DISCO ENSEMBLE)) a franchi véritablement un cap décisif en septembre 2026 avec la sortie de leur troisième album studio : Thunderlust. Plus confiant, plus lourd et résolument taillé pour les scènes européennes, ce nouvel opus marque l’aboutissement de dix ans de complicité et de tournées intenses à travers les continents. Une carrière courte qui malgré ses sept ans s’avère majestueuse et sur une pente ascendante qui devrait les mener vers les sommets tant les nouveaux morceaux claquent, et sont catchy et puissants. METAL OBS TV a interviewé le chanteur Ville et le guitariste Malja, un brin timides tous deux au début (timidité scandinave oblige), mais c’est mal connaître notre hôte Pascal qui a plus d’une cartouche en stock pour faire parler nos invités dès qu’il s’agit de (hard) rock ! [Entretien vidéo réalisé par Zoom avec Ville Malja (chant) et Jussi Ylikoski (guitares) par Pascal « Moonwalker » Beaumont – Photos : DR]

Thunderlust - MOON SHOT
MOON SHOT
Thunderlust
Alternative rock
Reaper Entertainment

Depuis sa formation sur les cendres créatives de Lapko, Disco Ensemble et Children of Bodom, le super groupe finlandais Moon Shot n’a pas chômé. Après le coup d’essai intime de Confession (2021) et la décharge d’énergie de The Power (2024), le quatuor d’Helsinki franchit une marche décisive avec son troisième effort studio : Thunderlust. Façonné par des années de tournées intensives à travers l’Europe, ce nouvel opus se révèle plus mûr, plus massif et affreusement efficace. Le binôme formé par le vocaliste habité Ville Malja et le guitariste-architecte Jussi Ylikoski pousse ici ses curseurs à leur niveau maximal. Le résultat est une collection d’hymnes modernes qui claquent, à mi-chemin entre l’urgence organique du punk rock et la puissance clinique d’une production rock alternatif moderne. Et ce qui frappe dès les premières secondes de Thunderlust, c’est l’incroyable cohésion de la fine équipe en pleine possession de ses moyens. Là où le rock alternatif a parfois tendance à lisser ses aspérités sous des couches de synthétiseurs, Jussi Ylikoski (qui assure la production) prend le contre-pied parfait.

La basse d’Henkka Seppälä claque avec une lourdeur métallique inédite, tandis que la frappe millimétrée de Mikko Hakila donne une impulsion presque martiale aux morceaux. Cette assise rythmique en béton armé offre un terrain de jeu parfait à la voix écorchée et théâtrale de Ville Malja, qui n’a jamais semblé aussi polyvalent, oscillant entre des couplets feutrés et des refrains taillés pour faire trembler les stades. Avec “Razor’s Edge“ (clin d’œil à AC/DC ?), ça démarre au quart de tour avec une explosion rythmique. Une chanson qui porte admirablement bien son nom, les guitares de Jussi Ylikoski y sont tranchantes, rappelant l’urgence punk de son passé avec Disco Ensemble. La basse d’Henkka Seppälä vibre de manière lourde et abrasive dès l’introduction. Ville Malja livre un chant saccadé sur les couplets avant d’ouvrir les vannes sur un refrain hautement addictif. Un morceau parfait pour ouvrir un show comme le déclare Ville Malja dans notre interview, un de ses titres préféré d’ailleurs… “Always In Your Corner“ est nettement plus lumineux mais tout aussi énergique. Ce morceau mise sur un équilibre parfait entre des textures rock alternatif modernes et des arrangements subtilement électroniques qu’on retrouve sur de nombreuses chansons. Le sens inné de la mélodie de Moon Shot s’y déploie pleinement, avec une thématique forte axée sur la loyauté et la solidarité humaine, chère à l’écriture de Ville qui aborde des thèmes sérieux, voir politique à travers ses textes. Le pont, tout en tension instrumentale, met en valeur la frappe impeccable de Mikko Hakila.

“False Heroes“ est un véritable coup de maître de Thunderlust. Sorti en troisième single, on assiste à un hymne mid-tempo au groove implacable. Il s’ouvre sur un riff syncopé très moderne. Il s’attaque frontalement aux illusions des faux prophètes et des dynamiques de pouvoir contemporaines. Le refrain est d’une puissance colossale, très accrocheur. C’est encore un bingo ! Il condense toute son énergie en un format court de deux cents secondes. Musicalement, le titre est une décharge d’adrénaline pure, combinant l’urgence brute du punk et l’efficacité d’un hymne rock alternatif de stade. Les riffs de guitare sont incisifs, la batterie est rapide et sans fioritures. Le morceau ne s’embarrasse d’aucune superflu dans sa structure : il avance en ligne droite avec une urgence palpable, culminant dans un final explosif et libérateur. Les paroles sont quant à elles un manifeste de désobéissance civile et d’insoumission face aux autorités de façade et aux idoles superficielles. Elles attaquent directement le conformisme et célèbrent le courage de dire « non » ! Ville Malja utilise le rock comme une arme pacifique pour dénoncer la manipulation sociale et politique.

Avec “A Thing Called Forever“, Moon Shot ralentit légèrement le tempo pour installer une atmosphère plus texturée, presque cinématographique dans une ambiance heavy rock. Les guitares se font plus spatiales et enveloppantes. Ville Malja y explore des registres vocaux plus graves et mélancoliques, prouvant sa versatilité vocale, avant d’exploser en fin de morceau sur des cris écorchés qui rappellent l’intensité brute de sa période Lapko. “No Walls “, premier single clippé proposé, constitue a pièce centrale et le cœur émotionnel qui au niveau riff fait penser à “Eyes of the tiger“ des légendaires Survivor (vous savez, la BO de la saga Rocky !). « No Walls » est un brûlot rock viscéral écrit en réaction directe aux fractures et aux divisions de notre époque. Porté par une ligne de basse vrombissante d’Henkka, le morceau monte en puissance de manière cathartique. Le refrain agit comme un véritable cri de ralliement et d’émancipation. La performance de Ville y est habitée, vibrante d’une sincérité désarmante, sa voix écorchée faisant des merveilles. Le texte fait office de réquisitoire idéaliste en faveur de l’ouverture d’esprit et de la suppression des barrières physiques et mentales. Ville Malja y chante le besoin viscéral d’abolir les frontières qui isolent les individus. Les paroles mettent l’accent sur l’empathie, la connexion et le refus des doctrines de division, posant la première pierre philosophique de l’ère Thunderlust : pour guérir un monde fragmenté, il faut d’abord accepter de faire tomber ses propres murs. Puis “Hey Boy “est une surprise la plus brute et nerveuse du disque. Cette chanson renoue directement avec des influences punk/hardcore et garage-rock. Le morceau est court, direct, avec un chant presque parlé/scandé sur les couplets qui apporte une vraie dynamique de rupture au cœur de l’album. C’est un titre brut de décoffrage, qui transpire l’énergie du live.

Puis, “Hammer Of Changes“ est un titre lourd, massif, aux accents presque industriels et s’impose comme une déclaration de guerre contre les étiquettes, la pression sociale et le conformisme. Le rythme y est martial, imposé par un travail d’orfèvre de Mikko Hakila derrière ses fûts. La production de Jussi y est chirurgicale, lourde et compacte, laissant la basse (Henkka Seppälä ex Children of Bodom) écraser tout sur son passage. Le riff principal de guitare adopte une tournure résolument hard rock/punk rock. La structure musicale mime le balancement d’un marteau-piqueur ou d’une masse, avec un groove saccadé et pesant. La performance vocale gagne en agressivité, alternant entre couplets oppressants et un refrain scandé. Le texte y décrit un conflit intérieur profond et une crise existentielle face à l’indécision. Les paroles évoquent le sentiment d’être poussé de gauche à droite, d’être contraint de choisir de manière binaire. Le refrain répète de manière obsessionnelle l’idée que les changements sont faits pour briser les structures établies, l’idée si les murs ne tombent pas d’eux-mêmes, il faut saisir le marteau pour les détruire. Arrive “Crystal“, une véritable perle de rock alternatif atmosphérique. Les couplets, très épurés, reposent sur un dialogue subtil entre une guitare en écho et la voix feutrée de Ville. La tension dramatique monte progressivement jusqu’à un refrain d’une clarté « cristalline », où les harmonies vocales s’entrelacent avec une fluidité remarquable. « Lightning Strike » est un morceau taillé pour la scène, rapide, direct et sans fioritures là encore. Jussi Ylikoski y décoche l’un des meilleurs solos de guitare. La rythmique galope sans jamais faiblir. « Thunderlust », le titre de la galette est une fresque épique et contrastée. Il synthétise à lui seul toute la palette de Moon Shot en 2026 : l’intensité du heavy metal, l’accroche mélodique de la pop/rock alternative et la rage brute du punk. La progression harmonique est magistrale, balayant des moments très sombres avant de déboucher sur un final instrumental grandiose et libérateur. Chapeau, messieurs !

Le clap de fin arrive. “Final Call“ qui clôt cette pépite rock est cette ballade surprenante, à l’ambiance folk enveloppante et aérienne magnifique, acoustique pleine d’émotions et très prenante. Plutôt que de finir sur une énième décharge de décibels, le combo finnois fait le choix de la nuance et de la plénitude, laissant les guitares s’éteindre doucement sous des nappes de synthétiseurs épurées allié à une trompette majestueuse sur la seconde moitié du titre, créant cette ambiance si particulière. Une conclusion en apesanteur qui donne immédiatement envie de relancer le disque qui s’avère être un chef-d’œuvre de la maturité. Avec Thunderlust, Moon Shot ne cherche pas à réinventer la roue, mais perfectionne son savoir-faire en fusionnant l’énergie viscérale de leurs passés respectifs, entre l’énergie punk/hardcore mélodique avec une efficacité pop metal redoutable, les Finlandais signent l’un des albums de rock alternatif les plus solides et cohérents de cette fin d’année. Un voyage intense, sans aucun compromis, qui confirme que Moon Shot a définitivement trouvé sa propre galaxie. Alors qui a dit que le rock était mort ? Bien au contraire, avec Moon Shot, le rock du 21e siècle a encore de très beaux jours devant lui. [Pascal « Moonwalker » Beaumont]

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