Quel monument ce Monolitt !! Et déjà le huitième album studio de MORK, simple projet initial black metal d’un seul homme, l’artiste norvégien (également auteur d’un podcast), Thomas Eriksen. Ami des membres de DARKTHRONE et proche du fameux label anglais Peaceville Records, MORK est devenu avec le temps un véritable groupe, et s’est produit énormément en concert de part le monde, allant même jusqu’à jouer en Asie pour son précédent et très bon album, plus varié et aventureux, Syv, paru en 2024, et pour lequel nous l’avions interviewé à l’écrit sur Metalobs.com. Cette fois, le leader de MORK a accepté cet entretien vidéo, preuve d’une certaine ouverture dans le milieu black metal et tout spécialement en Norvège, tout en restant fidèle à ses racines black metal nationales… [Entretien vidéo réalisé par Zoom avec Thomas Eriksen (guitares, basse, chant) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Monolitt - MORK
MORK
Monolitt
Black metal
Peaceville Records

Comment faire du neuf avec du vieux en matière de true Norwegian black metal tout en évoluant dans le respect de ses pairs ? Si les sorties en la matière se font rares de nos jours en Scandinavie contrairement aux années fastes de la décennie 1990, le multi-instrumentiste norvégien Thomas Eriksen a, quant à lui, peut-être trouvé ici la formule artistique parfaite sur son huitième album studio baptisé Monolitt. Enfin, « son » huitième album, on devrait parler aujourd’hui du huitième album du groupe MORK car dernièrement, l’artiste norvégien a réussi à monter un line-up afin de créer un véritable groupe capable de tourner, et ce, dès cet automne, pour promouvoir ce Monolitt à commencer par une tournée commune dans la péninsule ibérique aux côtés de BEWITCHED. Mais rappelons qu’à l’origine, MORK est un simple one man ban fondé à Halden en 2004 en Norvège dans lequel Thomas Eriksen effectuait toutes les tâches, se chargeant de l’interprétation de tous les instruments, y compris de la batterie, jusqu’en 2026, en plus de la composition et l’écriture des textes. Mais il a décidé de déléguer juste la batterie en studio sur Monolitt, la confiant à l’excellent et trop rarissime Asgeir Mickaelson (SPIRAL ARCHITECT, VEIL OF SECRETS, ex-BORKNAGAR, ex-VINTERSORG, ex-IHSAHN…) mais qui ne tournera pas avec le quatuor malheureusement. Et grand bien lui a pris ! Car cela confère un aspect plus technique et vivant par rapport aux enregistrements passés où Thomas jouait, certes, correctement, mais là cela prend ici tout simplement une autre dimension, le niveau technique n’étant juste pas le même.

Les compositions sont par conséquent décuplées de puissance, et les riffs de guitares, signés du génie Eriksen, prennent alors davantage de puissance et de sens, tous aussi bon les uns que les autres. Que ce soit le dernier single en date « Ferdamann », au mid tempo puissant et fédérateur, inspiré par les bons vieux SATYRICON, DARKTHRONE ou GORGOROTH (école norvégienne oblige) ou « Torden » taillé pour la scène avec ses passages épiques aux chœurs en voix claire, tout est au rendez-vous pour headbanguer et laisser exprimer ses instincts les plus sauvages. Sur la chanson d’ouverture, les ombres d’IMMORTAL (mais que devient Demonaz ??), 1349, et SATYRICON (période Nemesis Divina) planent dans la lueur de la nuit dans une sombre forêt norvégienne. Plus loin, « Skrømt » vous entraine davantage dans l’univers lugubre et sauvage de MORK, mais toujours avec cette grande musicalité où chaque élément est pesé : ponts, breaks, chants. Des passages épiques bienvenus dans cette noirceur par laquelle s’exprime Thomas surviennent à plusieurs reprises d’ailleurs comme sur la fin de « Skrømt » ou « Ferdamann », ou le plus posé et nuancé « Inn i en annen sfære ». On pense aussi parfois à SARKE et KHOLD pour les passages emplis de groove et de black’n roll, un peu à la Now, Diabolical de la bande à Satyr et Frost, sans jamais rentrer toutefois dans la caricature volontaire d’un DARKTHRONE (période Circle The Wagons ou F.O.A.D.).

Un autre single fait mouche lui aussi : « Ødelagt ». On pense forcément ici à du GORGOROTH là encore, mais aussi à CARPATHIAN FOREST ou bien 1349 (qui se produira au Muscadeath en septembre 2026 en France !). Outre le maquillage de corpse paints, les cartouchières et les artifices de rigueur, MORK frappe très fort et avec intelligence, alliant atmosphères glaciales old school et structures de morceaux plus contemporaines, exit cependant les quelques expérimentations de Syv, pourtant intéressantes, que ce soit sur des passages progressifs et/ou folkloriques. Tout ici a été travaillé dans un esprit plus synthétique et moderne, enfin tout est relatif, et ce, dans les moindres détails (la fin presque Frostienne de « Ødelagt »). Chaque morceau nécessite une réécoute systématique pour découvrir un break, un autre riff ou bien une partie de chant en duo (entre Thomas Eriksen et Øyvind Kaslegard, le nouveau bassiste (DISINTEGRATION, SVART LOTUS)), comme sur « Ødelagt » une nouvelle fois. Et n’importe quel fan de black metal qui se respecte, et apprécie un tant soit peu la seconde vague black metal scandinave, ne peut que succomber au groove contagieux et belliqueux de MORK.

Alors si vous aimez à la fois le black metal norvégien d’obédience old school mais recherchez tout de même un minimum de nouveauté et de fraîcheur, sans chichi ni clavier, avec une belle musicalité et technicité, notamment grâce à l’apport du batteur Asgeir Mickelson qui est ici indéniable dans la section rythmique (excellent musicien qui se fait rare et qui ne tournera pas en concert malheureusement avec MORK, remplacé par Eivin Brye (DISINTEGRATION)). Quant aux paroles signées Eriksen, elles sont très personnelles et d’une grande sensibilité malgré les ce que l’on pourrait croire (« Martyr », « Jutul »). Jusqu’à la fin, Monolitt arrive à nous tenir en haleine, à nous surprendre encore, comme sur l’ultime « Utryddelse », à la fois heavy, sauvage, aux licks de guitares à la 1349 limite thrashy. Bref, du travail d’orfèvre, certes noir, mais du travail d’orfèvre qui ne demande qu’à se confirmer en live prochainement. Assurément l’un des meilleurs crus black metal de l’an 2026. [Seigneur Fred]

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