Décidément, les amateurs de black metal sophistiqué sont à la fête en ce début d’automne. Après Sigh avec leur surprenant Goh-ka en provenance du Pays du Soleil Levant, et alors que les Vikings d’Enslaved, eux, s’apprêtent à nous offrir le superbe Mið, ce sont les Teutons de
Firtan qui nous ont surpris ici et séduit en ce début du mois d’octobre avec leur cinquième opus studio intitulé Helios, quelques mois après la publication de leur excellent enregistrement en public en 2025, Live At Summer Breeze (disponible ici sur YouTube). Long de plus de 63 minutes et proposant une musique alliant à la fois les éléments attendus du genre (blasts beats, voix sombres et agressives de son leader Phillip Thienger, riffs tranchants et ambiance mortifère) à des éléments plus inattendus (violons, voix claires et lumineuses, ambiances quasi solaires), le tout porté par une imagerie qui s’éloigne assez des codes du black metal avec de subtiles racines folk/pagan.
Dès l’intro « Himsa », on sent qu’il va se passer quelque chose et qu’on va voyager très loin dans le temps et dans l’espace. Cette impression se confirme sur « Kalika’s Tongue », l’un des singles phares du disque, où l’on évolue moment dans une musique puissante et énigmatique, très black et très sombre, le titre s’ouvrant avec une montée progressive aux synthés et au violon de Klara Bachmair – dans un registre qui peut faire penser d’abord penser à la façon dont feu The Sins of Thy Beloved, groupe norvégien hélas disparu au début des années 2000 et qui utilisait également cet instrument pour enrichir sa musique – tout en offrant plusieurs timbres de voix. L’ambiance est déjà hypnotique. On ressent, certes, des certaines influences scandinaves (comme les premiers Solefald, ou Arcturus), mais aussi helléniques (Rotting Christ pour les passages les plus martiaux et folk). Attention, Firtan ne sombre pas dans le plagiat pour autant. Sa musique, elle, est toute personnelle, parfois mélancolique, parfois brutale et cherchant sans cesse à surprendre l’auditeur pour l’entraîner vers l’inconnu…
Helios se poursuit et l’on pénètre toujours un peu plus dans l’univers prenant, heavy et atmosphérique du sextet allemand qui a parfaitement soigné ses arrangements ici, ce qui fait la force et la finesse des compositions. Ainsi « Solis Curus » part d’une base relativement convenue mais en y intégrant un arpège dans sa toute première partie avant de ralentir son tempo et de laisser s’exprimer la basse et à nouveau le violon. Un énorme travail sur les ambiances qui font que chaque morceau se différentie du précédent et offre à l’amateur de sensations fortes son lot de surprises ! Et ce jusqu’à la pièce maîtresse de l’album, « The Hierophant Way», long encore une fois de onze minutes et parfait condensé de tout ce que Firtan aura mis en place depuis le début de cet ouvrage passionnant et captivant ! On y retrouve en invité le nouveau chanteur australien des excellents Ne Obliviscaris d’ailleurs (également connu pour sa participation sur les chœurs de la musique du jeu vidéo Doom Eternal en 2020). Un titre tellement fouillé que ses riffs et sa succession d’ambiance pourraient servir de fondation à un album entier ! Le break à mi-parcours nous emmène très loin du black metal avant de revenir au fondement de cette musique ! Et à l’instar d’un « Satan’s Fall » de Mercyful Fate, le temps semble se dilater mais ne donne jamais le temps de durer, tant le morceau passe finalement en un éclair. Toutes les caractéristiques d’Helios y sont alors résumées. Et qu’importe la durée, pourvu que l’on ait l’ivresse. Cependant, il n’est pas aisé de passer après un tel titre. Nos voisins allemands font alors le choix d’achever notre périple sonore avec deux pièces toute simples « Shadow of a Base Unborn » agrémenté d’un saxophone très eighties et « Man of Iron ». Après ce déluge d’énergie et d’idées, il fallait bien à l’auditeur le temps de reprendre son souffle et de faire redescendre la pression.
Et que dire de cette pochette, à la fois mystérieuse et lumineuse, reflétant le thème de ce chef d’œuvre, le fait de s’élever , de devenir une version plus forte, plus claire de soi même. Car en grec, « Helios » signifie la lumière, le soleil. Et cette luminosité rejaillit sur la musique de Firtan dès les première notes. Si l’on veut résumer en quelques mots cette chronique, Firtan vient donc de frapper fort avec Helios qu’il a déjà commencé à tester et promouvoir sur scène avec de belles réactions (cf. Philipp Thienger et Klara Bachmair dans notre entretien, et les extraits live sur YouTube) offrant au monde un nouveau disque puissant et ésotérique dont l’approche n’est sans doute pas facile pour le commun des mortels – plusieurs écoutes sont nécessaires pour en comprendre toutes les nuances subtiles – mais qui, à l’époque où certains formations pensent leur musique comme une succession de singles, refuse toute facilité, tout compromis mais exige juste de son auditeur qu’il s’ouvre à la lumière de son black metal. [Dave « 666 » Asshole]
->> INTERVIEW OF PHILLIP (guitars, growls, keyboards) and KLARA (violin, clean vocals) OF FIRTAN VERY VERY SOON HERE !!

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