IN THIS MOMENT : Witch

Witch - IN THIS MOMENT
IN THIS MOMENT
Witch
Metalcore
Better Noise Music

« Mine de rien, cela fait plus de vingt ans qu’IN THIS MOMENT sévit sur la scène metalcore américain, plus exactement du côté de L.A. en Californie, menée par le duo fondateur Maria Brink (comme la banque mais sans « s » à la fin) à la chevelure blanche/Chris Howorth, l’une étant en charge du chant, et l’autre de la guitare principale. Difficile parfois de se renouveler, les années avançant et les modes passant aussi. Et si en premier extrait de Witch, le single « Crawl », plutôt et heavy et rythmé, fit son petit effet il y a quelques mois, il sonnait étrangement comme une fusion entre une chanson des Italiens HAND OF JUNO (« We’Ve Built The Line »), OTEP (la chanteuse Shamaya venant d’annoncer qu’elle reprenait du service mais dans un registre hors metal a priori), et un refrain proche d’un LINKIN PARK, aussi bien période Chester Bennington qu’Emily Armstrong, le côté hip hop de Mike Shinoda en moins. Mais en fait, plus on plonge dans ce neuvième album qui s’inscrit, sans surprise, dans la lignée thématique et l’univers artistique du correct mais pas non plus renversant Godmode paru en 2023, il faut bien avouer que la qualité est au rendez-vous avec une esthétique tant visuelle que sonore bien léchée et qui fait l’effet d’une petite bombe. Et cela commence d’emblée par l’excellent et percutant « Shame » aux teintes néo metal, revisitant faussement, pour nous Français de la génération X, le « Shame on you » de notre Ophélie Winter nationale, disparue des ondes et du PAF il y a vingt ans… ce qui n’est pas un mal. Ici, IN THIS MOMENT frappe déjà très fort avec « Shame » en ouverture de Witch, notamment dans la prestation vocale de Maria Brink, avant de tout de suite devenir plus mélodique et poppy sur « I Want 2 Believe » en duo avec leurs copains post hardcoreux d’Orange (Californie), DAYSEEKER.

Mais très vite, les démons reprennent forme, et passé le single « Crawl » évoqué précédemment, très heavy et rythmé, on évolue aussi dans les limbes électro/pop/metalcore (le très beau « Into The Dark »). Partout ça groove, entre trap metal (presque) sur « Sleeping With The Enemy », et n’oublions pas que le manager qui boosta la carrière d’IN THIS MOMENT se nomme Rob « Blasko » Nicholson, bien connu pour avoir accompagné Ozzy Osbourne et avoir évolué au côté de PRONG, DANZIG, mais aussi Rob Zombie. Tout cela aide dans la carrière d’un groupe. Mais par moment, le groupe américain semble hésiter, ne pas aller à fond sur le registre metal, et veut flirter un peu trop avec les tendances pop et électro du moment qui se mêlent, il est vrai, très bien au metalcore d’aujourd’hui (le bien emballé « Wrapped Around Your Finger », le touchant « Father », le dispensable « Without Me There’s No You »). Dès lors qu’il entreprend une collaboration plus foncièrement metal, il explose alors les codes et aussi nos tympans, comme avec l’artiste KIM DRACULA, chanteur/rappeur de metal nawak à la mode, sur « Heretic », où à la fin, on a l’impression d’écouter SLIPKNOT se mettant au black metal.

Et quand la bande de Maria Brink et Chris Howforth vient à reprendre PINK FLOYD et le fameux « Another Brick In The Wall », en collaboration avec l’artiste Kat Von D (interviewée dans METAL OBS Magazine en 2024), il surprend là encore, mais n’ose lâcher les chevaux véritablement. Dommage. La fin d’album aurait pu être plus intéressante et explosive. Non, finalement, le soufflet retombe avec l’ultime « Something I Can Never Have », une sorte de ballade électro avec piano aux faux airs de « Something In The Way » de NIRVANA, très soporifique mais n’apportant rien de plus à l’ensemble du disque, si ce n’est peut-être un côté apaisant, un lâcher prise. Et justement, comme on aurait aimé davantage de lâcher prise de la part d’IN THIS MOMENT sur ce neuvième album studio ? Mais bon, leur évolution artistique a donné naissance à cette sorcellerie de metalcore polymorphe, à la fois séductrice mais aussi destructrice. Leur sort en a donc été décidé autrement. A voir néanmoins ce que vont donner ces onze morceaux en live qui peuvent attirer une nouvelle génération de fans alors que le quintet américain, comme dit en préambule de cette chronique, a fêté ses vingt ans l’an passé en 2025. [Seigneur Fred]

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