NYTT LAND : Songs Of The Shaman

Nous avions découvert NYTT LAND en concert au Motocultor Festival (FR) en 2019 (notre live report ici). Retrouvez à présent notre interview inédite du fantastique duo russe, sans maquillage ni maquillage, originaire de Sibérie !! On y aborde leurs racines, leur style musical unique, que l’on pourrait qualifier de « folk rituel sibérien », et leurs nouveautés. NYTT LAND s’inscrit dans la lignée de HEILUNG ou WARDRUNA, mais avec ses propres spécificités culturelles (et cultuelles), et atouts. En 2025, ils sortent leur nouvel et dixième album studio, sobrement intitulé : Songs Of The Shaman, disponible le 16 mai 2025 (Prophecy Records). Un grand merci à Anatoly et Natalia d’avoir jouer le jeu de l’interview en anglais, langue qui est loin de leur culture ! [Entretien vidéo réalisé par Zoom avec Anatoly Pakhalenko (chant, chant de gorge, tambours chamaniques) & Natalia Pakhalenko (chant de gorge, talharpa, flûtes, percussions, guimbarde) par Seigneur Fred – Photos : DR]

->> Single « Hailambi Xulembi (The Ritual of Exorcising an Evil Dead Spirit) » par NYTT LAND extrait de Songs Of The Shaman (Prophecy Productions) :

Songs Of The Shaman - NYTT LAND
NYTT LAND
Songs Of The Shaman
Siberian ritualistic folklore
Prophecy Productions

« Dans les montagnes, on a tout sous la main : aussi bien le bois que les animaux. Nous avons opté pour le crin de cheval, les tendons et les boyaux séchés », indique un fabricant d’instruments de musique sibériens… Par ces mots préliminaires à cette chronique, vous avez un aperçu de la profondeur d’ancrage, oserions-nous dire, viscérale du groupe (couple de shamans) de Kalatchinsk qu’est Nytt Land depuis bien des années déjà. L’ancrage, toujours, avec la pochette… comme une gravure sur bois (de bouleaux de la toundra de l’Oural ?), très belle dans sa simplicité, avec une luxuriance qui symboliserai le ressenti de la transe. Mention bien à ce dixième album au digipack magnifique qui contient nombre de dessins illustratifs. Une photo montre Natalia et Anatoly Pakalenko, en habits rituels, devant un étang calme et sauvage de Sibérie. On respecte le format « album » dans la musique metal, c’est bien connu et reconnu, sauf qu’ici, on n’est pas du tout dans le trip metal. En effet, on parle de folklore rituel sibérien. Cela n’en est que plus vrai ici tant cette offrande musicale semble un tout indissociable. Le track by track ne paraitrait même pas vraiment pertinent. On vogue du chant de Natalia (volontairement répétitif pour être hypnotique, aérien et habité) à celui d’Anatoly (profond, puissant et mystérieux), selon les morceaux. Parfois ensemble, avec un cumul des puissances. C’est une immersion total en terre inconnue, pour nous, Européens occidentaux. tribal originel qui nous paraît la plus roots du genre (moins léché dans le son que Wardruna) Les morceaux sont courts, changeants, dépouillés (au contraire d’Heilung).

L’ensemble est ressenti plus éthéré, dans un contextuel presque de « musique de chambre » bien typique de la culture shamanique : où l’on ne peut de toute façon pas être plus de vingt personnes dans une yourte bien remplie. En instrumentation, le tambourin à grelots se taille la part de… l’aigle, le khomous à lamelle et la flute rituelle dans la bouche apparaissent dans le single « Cingelji Ingelji », et d’autres morceaux quelque peu redondants mais tout cela est volontaire dans cette démarche transcendantale. Des percussions sur bois à la Garmarna, surviennent sur « Hobage Yebage », des bruits de nature aussi ici et là mais sans abus (les corbeaux sur « Hailambi Xulembi »…). Les synthés sont là et donnent un fond, mais très en retrait, comme une volute magique, la majorité des instruments employés ici étant rudimentaire et les effets numériques discrets. C’est de l’artisanal tout ça. Les titres peuvent être emphatiques, puis plus rythmés ou atmosphériques, etc. Les ambiances varient donc au gré des morceaux, au gré du vent sur les steppes sibériennes.

Nytt Land reste difficile à cerner dans son approche musicale finalement plutôt singulière, surtout sur Songs Of The Shaman (dark folk, folk pagan, shamanic ritual folk,…) mais peu importe… Dans l’idéal, il faut le vivre en concert pour mieux comprendre et cerner leur démarche culturelle mais aussi cultuelle. En tout cas, nous le savons, ce n’est pas du metal… même s’ils font partie de la famille et on les croise souvent dans les festivals mêlant folk et metal. Les pures métalleux ne trouveront pas leur miel ici, sauf pour s’immerger peut-être dans ce qui sous-tend la scène pagan (on pense Arkona, Grai,…) dans l’esprit le plus dépouillé. Personnellement, nous avons testé la méditation devant les vagues de l’Océan Atlantique, dans une communion avec les éléments, que même les mouettes au sol, tout près, semblaient appréciées. [Morbidou]

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