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PALISADES
Seuil hypercritique


Depuis Erase the Pain, paru en décembre 2018, Palisades s’était fait bien discret… Et pour cause : troubles de l’anxiété, addictions, trahisons et pertes de proches (décès du père d’Aaron Rosa, départ de Lou Micelli, l’ancien chanteur), voici les auspices sous lesquels étaient placés les quatre musiciens américains originaires du New Jersey. Ce sentiment de tout perdre, ils l’ont réellement vécu e c’est pour tendre la main à tous ceux qui en auraient besoin que Reaching Hypercritical, leur sixième album, a été conçu. [Entretien avec Brandon Elgar (chant/basse) par Marie Gazal – Photo : DR]


Comment te sens-tu à quelques jours de la sortie de Reaching Hypercritical ?
Je suis incroyablement excité, mais aussi soulagé ! Ça fait tellement longtemps que nous écrivons cet album, deux ans, en fait. Nous avons jusqu’à penser que nous n’arriverions jamais à le sortir. Nous ne savions pas ce qui allait se passer, ni même si nous serions toujours un groupe. Ça soulage et les gens ont été tellement positifs à propos des singles qui sont sortis. Ça semble irréel, je me pince toujours pour me réveiller !

Qu’est-ce qui a changé pour toi et pour Palisades ces deux dernières années ?
Pour moi, personnellement, beaucoup de choses ont changé : j’ai été confronté à des luttes avec moi-même, à ma stabilité mentale. J’ai aussi été diagnostiqué agoraphobe durant la pandémie. J’ai connu des problèmes d’anxiété et un état dépressif. J’ai été mis sous médicaments pendant un moment, mais ça ne fonctionnait pas vraiment, donc maintenant je me traite de manière plus naturelle. Tous les membres du groupe ont connu des choses difficiles. Certains ont coupé les ponts avec des relations, d’autres ont divorcé. Aaron [Rosa, batteur] a perdu son père d’un cancer pendant le covid. Nous avons tous traversé des épreuves, c’était intense. Mais le bon côté des choses, c’est que nous pouvions vraiment compter les uns sur les autres pendant tout le processus. Nous sommes des frères. Nous ne sommes pas seulement des membres d’un groupe, mais nous sommes nos meilleurs amis. Ça nous a aidés à écrire cet album, ça nous a aussi donné des histoires à raconter. Nous avons tous beaucoup changé, dans le bon sens : nous grandissons. Et on l’utilise comme carburant pour devenir meilleurs en tant que personnes et artistes. Je pense que l’album reflète tout ça.

A l’écoute de Reaching Hypercritical, on est frappé par beaucoup d’émotions… Dans quel état d’esprit étiez-vous lorsque vous l’avez écrit ?
Quand nous avons écrit l’album, nous nous demandions encore ce que Palisades allait devenir. Quand nous avons commencé, rien n’était encore arrivé : la pandémie démarrait, le père d’Aaron était toujours parmi nous, donc nous étions juste excités. Mais au fur et à mesure, j’ai déménagé à Nashville (Tennessee) et c’est là que tout a commencé à déraper. Ecrire après tout ça fut difficile. Ça faisait un an que la pandémie avait commencé. On se disait qu’on faisait de la musique sans aucune raison. Donc nous avons décidé de profiter de l’expérience pour la disséquer et en parler. Nous espérions que les gens l’écouteraient mais sinon nous l’aurions fait pour nous-mêmes et nous aurions fini par en sortir quelque chose de magnifique. Il y a eu donc beaucoup d’émotions tout au long du processus mais finalement je suis très fier de ce que nous avons fait. C’est le meilleur album que nous pensons avoir fait.

Je voulais te parler d’un morceau dont les paroles sont puissantes : « Sober ». Quand tu chantes « I wish I was sober to feel the pain », cela renvoie-t-il à quelque chose que tu as vécu directement ?
Bien sûr. « Sober » parle de ce que j’ai traversé lors de mes crises d’anxiété au début de la pandémie. L’alcool est la raison pour laquelle je suis tombé dans mes problèmes d’anxiété. Quand la pandémie a débuté et que j’ai cru avoir tout perdu, je suis allé dans un endroit très sombre avec de l’alcool et je m’y suis en quelque sorte noyé. Je noyais ma douleur tous les jours jusqu’à ce que je me retrouve avec mon trouble de l’anxiété au point de mourir. C’était terrifiant. « Sober » parle donc de ce voyage et de comment une substance peut affecter la vie de quelqu’un. Peu importe à quel point tu sembles heureux de l’extérieur, ce qui compte c’est ce qui se passe à l’intérieur. Nous voulions parler de ça et avertir sur les risques engendrés par l’abus d’alcool. Ça a aidé des gens, nous avons d’ailleurs eu beaucoup de réactions au clip.

Quel est ton morceau préféré de l’album et pourquoi ?
Si je devais en choisir un, ce serait « Invincible (Die Down) ». Ce morceau est sorti de nulle part. Quand j’ai écrit le refrain, je me rappelle que j’ai attrapé mon téléphone, en mode enregistreur sonore, et ma guitare, puis j’ai commencé à gratter quelques accords basiques, avec ces paroles et cette mélodie. Je l’ai envoyé au groupe et on a monté une session pour ça. C’était dingue de voir ce morceau venu d’une simple idée enregistrée sur un téléphone se transformer en vrai titre. Ce morceau parle aussi des pressions que je ressens. J’ai la pression parce que je ne veux pas décevoir ma famille, ni mes amis. J’ai l’impression de devoir faire tellement pour être seulement digne de leur amour parfois. Ce morceau aide à oublier ça, oublie l’anxiété, car ma famille est fière de ce que je fais. Je leur dois tellement. Je me dis que je dois faire en sorte que le groupe marche.

Quelle pression, en effet…
Clairement ! Et ce morceau parle de ça, de cette fatigue de devoir impressionner et satisfaire tout le monde, tout le temps… Ce morceau est important pour moi. Je voulais aussi montrer les différentes dynamiques de voix que nous avons maintenant et que nous n’étions pas capables de faire auparavant. L’album est une sorte de vitrine de ce dont je suis capable vocalement.

Après le départ de Lou Micelli, tu as pris le lead sur le chant. Alors comment l’as-tu vécu ?
J’étais vraiment excité de le faire. J’ai toujours été chanteur dans mes autres groupes avant Palisades. J’étais guitariste aussi mais il y a des années. Donc quand ils m’ont demandé de les rejoindre pour jouer de la basse et faire un peu de chant, j’étais inquiet. Endosser le rôle de chanteur s’est fait tout en douceur parce que ça fait longtemps que je suis avec eux, l’alchimie est bien présente. C’était triste de se séparer de Lou mais je pense que c’était le mieux pour nous deux. Il voulait faire autre chose, ce qui est complètement ok, parce que tout le monde grandit de manière différente. Nous nous sommes quittés en bons termes, c’est notre ami, nous continuons à sortir ensemble. Endosser ce rôle a été un défi d’abord parce que c’est difficile de satisfaire tout le monde dans cette industrie quand un tel changement se produit, mais on savait que c’était la meilleure décision pour nous de me choisir plutôt que de prendre quelqu’un de l’extérieur. Tout s’est si bien passé. Comme notre façon d’écrire ensemble : c’est tellement naturel, si simple. On s’aime fort et on s’entend si bien, ça fonctionne bien. J’ai besoin cependant encore de travailler sur ma présence scénique. Comme je n’ai plus de guitare maintenant, il faut que j’apprenne à danser, à trouver mes mouvements, en bref à devenir un vrai frontman ! (sourires)

CHRONIQUE ALBUM

PALISADES
Reaching Hypercritical
Rock alternatif/Electro rock
Rise Records




Quelle profondeur et quelle intensité dans ce nouvel album de Palisades, Reaching Hypercritical ! Après le départ de Lou Micelli au micro, c’est Brandon Elgar, jusque-là bassiste et chargé des chœurs, qui a brillamment repris le flambeau. La maîtrise de sa voix est manifeste et rend hommage à toute la palette d’émotions qui font véritablement vivre ce sixième opus : tristesse, frustration, anxiété, colère… Il faut dire que la vie n’a pas épargné les quatre Américains : entre les divorces, la perte de proches et la dégringolade dans la spirale de l’alcool, le bilan des années covid est lourd. Comme un chemin de croix, le combo de Nashville délivre une magnifique prestation sur Reaching Hypercritical, avec des morceaux très entrainants, comme « My Consequences », qui ouvre l’album sur un heavy rock dans la veine de Skillet ou Three Days Grace, avant de poursuivre l’emploi d’éléments électroniques sur la chanson-titre, et la mise en avant des capacités vocales de Brandon dont les envolées lyriques sur « Invincible (Die Down) » sont un vrai régal. Notons également l’émotion à l’état brut de « Fray », qui incorpore un message vocal du père d’Aaron, emmené en deux mois par un cancer du pancréas, ou encore l’agressivité et la colère foncièrement metal de « Sick of the Attitude ». Un bon album qui redéfinit les frontières du rock au sens large, et donne le ton pour le futur qui se dresse devant Palisades ! [Marie Gazal]