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PAUL STANLEY
BACKSTAGE PASS

Après le Confess de Rob Halford et À quoi sert ce bouton ? de Bruce Dickinson, Talent éditions a publié la version française du second ouvrage signé Paul Stanley, de la formation hard-rock au succès planétaire Kiss

Faisant suite à Face The Music (2014), Backstage Pass n’est pas à proprement parler une autobiographie traditionnelle. Le charismatique chanteur-guitariste livre plutôt le fond de sa pensée, sa résilience après une réconciliation avec son paternel William (récemment décédé). Stanley détaille au fil des pages sa façon d’appréhender le succès et de bien vivre sa vie. De la maison familiale à New York au sommet de la scène rock, il nous livre ses combats de manière philosophique. On mesure ainsi le chemin parcouru au cours des cinq dernières décennies. L’artiste ne se veut pas moralisateur. Il ne donne pas de leçons au lecteur pour devenir une rock star ou pour réussir dans la vie mais livre néanmoins un conseil pour prendre son destin en main : « Ce n’est pas toujours facile, mais nous devons avoir ce petit plus de détermination, ce petit pas supplémentaire que d’autres ne feront pas, pour parvenir là où nous le voulons. »

 

Le livre est profond et les thèmes évoqués délicats. Le frontman de Kiss parle sans tabou de la famille, la religion, la différence, la vieillesse, la mort : « Nous jouons tous à Beat The Clock et nous perdons. Le temps gagne toujours. »

Il déroule également les domaines de son éclatant succès : la gestion de carrière, ses réussites d’artiste en général dans le monde du rock, sa forme olympique, sans oublier son amour pour la peinture (une sorte de purge pour évacuer un maximum de douleurs et de tourments), mais aussi d’autres centres d’intérêt comme le théâtre voire même la cuisine. Le passé est exploré mais l’auteur n’est pas pour autant nostalgique : « Je pense que le vivier de talents a considérablement augmenté de niveau. Ce que nous avons vu dans les émissions Ted Mack and the Original Amateur Hour – qui passaient à la télé quand j’étais enfant – était juste horrible comparé avec le niveau de The Voice. »

 

Qu’on ne s’attende pas à des révélations fracassantes après Face The Music, Stanley n’en avait sans doute aucune en réserve. Il revient tout de même sur quelques galères comme la tournée Creatures Of The Night (Kiss a joué dans des salles à moitié vide aux USA en 1982) ou son embarras par rapport à l’album Carnival Of Souls : The Final Sessions, un enregistrement sombre qui a marqué la fin de l’ère Stanley-Simmons-Kulick-Singer et ouvert un nouveau chapitre, celui de la reformation du line-up originel avec Peter Criss et Ace Frehley en 1996. « Mon problème avec ce disque est que je n’avais jamais voulu écrire des chansons qui reflètent l’insatisfaction et la détresse, ou bien qui porte un regard trop négatif dur le monde. Porter le masque de la misère me paraît fallacieux – parce que je crois qu’il faut se battre, parce que j’ai un optimisme fondamental. » Le chanteur-guitariste grimé explique dans le même registre les conséquences des expérimentations musicales à l’aube des années 1980 et l’échec de l’opéra-rock The Elder, un album molesté à sa sortie : « une tentative désespérée de recherche de validation de la part de gens qui de toute façon ne valideraient jamais Kiss. »

 

Le livre remet aussi les choses en balance. Les apports respectifs des membres de Kiss y sont décortiqués : « Avec le maquillage, Gene (Simmons) est le visage de Kiss, j’ai toujours été par essence la voix » (entendez le maître créatif) en rappelant que le groupe a évolué au travers des crises et des changements de personnel. Si ses rapports avec Ace Frehley (guitare soliste) sont devenus moins complexes ces dernières années – la cible de ses flèches est le batteur Peter Criss, dépeint comme une personne négative et frustrée. Et, bien entendu, Paul explique habilement le secret de son groupe : « Une partie de ce qui fait l’immortalité de Kiss est due au fait que nous ne changeons pas. Nous entretenons l’illusion. Je ne suis pas éternel, mais je suis heureux. »


On lira donc, au fil de ces quelque 250 pages traduites par Olivier Bougard, beaucoup d’anecdotes, parfois inattendues, racontées par un homme qui avait rêvé très tôt de devenir une rock star universelle et qui a su transformer ce rêve en réalité, et l‘entretenir. Un must pour les fans comme pour les amateurs plus distants.

[Philippe Saintes]