Formé à Lisbonne (Portugal) en 2017 par le guitariste/chanteur Mike Rocha, STEREOPHOBIA mélange les sonorités américaines des années 90 entre post-grunge rock et new metal énergique, dans la veine de DEFTONES, KORN, PUDDLE OF MUD, STAINED, CHEVEL, etc. On pourrait les classer dans le metal alternatif, mais l’arrivée de nouveaux musiciens en 2022 a apporté de nouveaux talents et un nouveau groove au son des Lusitaniens comme le batteur Dani (également choriste) et le bassiste Bruno nous l’ont expliqué dans cette interview enregistrée l’été dernier (2025) par internet depuis leur pays natal que nous apprécions tout particulièrement en France. En effet, le Portugal est apprécié pour sa généreuse gastronomie, sa culture, son football, son vin et bien sûr, sa scène rock et metal locale dynamique depuis de nombreuses années. Mais on a surtout parlé ici de leur deuxième excellent album : Choke On This, paru fin août 2025 chez @eclipserecords . [Entretien réalisé par Zoom avec Bruno Santos (basse) et Dany Antunes (batterie) par Seigneur Fred – Photos : DR]
->> Single « Maggots » par STEREOPHOBIA, extrait de l’album Choke On This (Eclipse Records)
Ah, quand nous prend la nostalgie, un doux sentiment de rébellion nous rappelle notre jeunesse, en l’occurrence ici, celle des années 1990… Cela peut attirer et attire encore certaines oreilles plus anciennes mais aussi des nouvelles qui n’ont pas connu cet âge d’or, en contradiction avec la génération qui disait alors que c’était mieux avant (dans les années 1980’s), bref, dans la musique et comme dans tout, la mode est un éternel recommencement. Et musicalement justement, STEREOPHOBIA nous (re)plonge dans toute cette vague alternative, que ce soit dans le rock avec le grunge, emprunt de punk rock, de pop/rock et de hard rock, et plus précisément la vague post grunge (PUDDLE OF MUD, NICKELBACK en tête), mais aussi celle du nu metal, avec les KORN, DEFTONES, MUDVAYNE, SLIPKNOT, TAP ROOT, LINKIN PARK, etc. La liste est longue, essentiellement en provenance d’outre-Atlantique, alors que ces artistes perdurent sur la scène internationale en 2025, et tournent toujours ! Avec ce second effort studio, la formation portugaise nous a concoctés un généreux album, avec pas moins de quatorze morceaux (dont une intro « Xfile », une référence à la série TV culte avec Mulder & Scully ?) !!! Et c’est le single « Maggots » avec son vidéo clip et son riff d’entrée rappelant plus que « Blind » des Californiens de KORN qui nous fait jumper et secouert l’échine. Son break folk arabisant joué sur un oud acoustique nous charme, puis ça repart de plus belle. « Drown » nous évoque fortement les regrettés DOWNER qui n’explosèrent pas autant que l’aurait espéré en 2000 leur label Roadrunner Records mais fit son petit effet.
Côté batterie et section rythmique plus généralement, ça tabasse pas mal, ça groove même, plus qu’auparavant, grâce à l’apport indéniable de la paire Bruno (basse)/Dany (batterie), que nous avons d’ailleurs interviewés. Les compères ne cachent pas toutes ces influences totalement assumées, même s’ils adorent aussi le rock et metal progressif (TOOL en tête). Mais très vite, les influences communes qui font le ciment entre leur leader/fondateur Mike Rocha (guitare/chant) qu’on confondrait presque avec ses cheveux longs avec le guitariste Monkey (KORN) et les deux nouvelles recrues arrivées en 2022 dans STEREOPHOBIA. Et la fusion des trois artistes donnent par exemple aussi un titre comme « Uncle Clarke´s (Made Me Do It) » rappelant le meilleur de STAINED, avec un passage en son clair et appaisant, malgré un sujet sensible, visiblement en lien avec l’inceste d’un oncle ? Des paroles sur des sujets tabous dans la famille, tout cela représenté sur l’artwork signé Tatiana Ferreira. Les chansons s’enchaînent ainsi, copieusement, avec une production sonore très bonne (signée Miguel Camilo (M’VULA, THE BATELEURS) aux MC Sound Studios en collaboration avec le groupe lui-même) avec ce qu’il faut de distorsion et le tout reste très organique. Malheureusement, elles peuvent devenir redondantes malgré les breaks et l’alternance vocale entre chant clair et hurlé, soutenu par de bons choeurs. Un titre comme « Don’t Belong » groove et s’achève par une outro jouée en guitare acoustique doublée d’une classique, et l’on ressent ces diverses influences méditerranéennes, mais globalement les compositions sont souvent trop longues, et sur la totalité de l’album, on peut décrocher, malgré ce travail appliqué et cette volonté de bien faire de ses musiciens passionnés et dévoués. Certaines sortent davantage du lot, comme les singles précités, ou bien aussi « The Tourist » aux sonorités entre TOOL et DEFTONES, notamment par son intro de batterie, encore une fois signé par l’excellent Dany (non pas Danny Carey ici, mais à la limite plutôt Abe Cuningham…) derrière les fûts (de Sagrès ! (rires)). La basse et la montée en puissance de l’ensemble font mouche, avec le chant de son leader, plus posé, confère une atmosphère vraiment plaisante. Les ambiances sont cependant plus sombres parfois, voire décalées, et c’est là que STEREOPHOBIA sort un peu des chemins battus du new metal US, avec ses sonorités méditerranéennes précedemment évoquées (sur les breaks de « Maggots ») ou l’étrange « The Freakshow » au vidéo clip décalé, qui aurait presque pu servir de bande-annonce d’un film d’horreur sur Netflix pour teenagers, mais il y a 30 ans…
Dans la succession de généreux track-listing de Choke On This, si l’on ne s’étouffe tout de même pas à proprement parler comme le signifie son titre de disque, l’alternance de morceaux plus heavy (« Drop Dead ») avec d’autres plus rock alternatif/post grunge (« Everything’s done » au faux-air de « Lithium » de NIRVANA) est d’autant plus appréciable. Mais on dirait que nos trois Lisboètes donnent presque le bâton pour se faire battre, comme sur la chanson « Left in a box », interprété à la guitare acoustique et accompagné d’un superbe violoncelle très bien intégré) dont le titre pourrait presque faire référence à un classique d’ALICE IN CHAINS sur son cultissime album MTV Unplugged. Preuve encore de la générosité et volonté de diversifier son rock/metal alternatif, tout en restant les deux pieds dedans parfois. De même sur la bonus track, intitulée « Sweet Agony », sonnant comme THE SMASHING PUMPKINS… Nul doute qu’avec plus de temps, des influences plus digérées, des morceaux peut-être plus courts en durée (et d’autant plus efficaces), et, pour les concerts, une set-list live aux petits oignons mêlant leur premier opus et ce nouvel enregistrement studio, feront des adeptes et des étincelles, on l’espère, lorsqu’ils joueront sur les scènes européennes, et les grands festivals, c’est tout le mal qu’on leur souhaite ! Après tout, STEREPHOBIA n’a rien à envier aux formations américaines du même genre qui tentent encore de surfer commercialement sur cette vague de nostalgie. La différence avec nos Portugais, est qu’ils le font avec leurs tripes et leur cœur, ça se sent, notamment lorsque l’on parle tout simplement avec eux quand on les écoute, et que l’on écoute en fond tranquillement Choke On This dont ils peuvent être fiers dans tous les cas aujourd’hui. [Seigneur « Sagrès » Fred]

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