TITAN : Lacrimae Mundi

Lacrimae Mundi - TITAN
TITAN
Lacrimae Mundi
Heavy metal
Adipocere Records

Titan ! Comète heavy speed metal apparue dans les années 80 (de 1986 à 1989 très exactement) au Pays-Basque français (Pyrénées-Atlantiques), fondée en partie sur les cendres de Killers et emportée, comme une énorme partie de la scène heavy metal française, par la lassitude du public mais aussi, et ce n’est qu’une hypothèse personnelle, par l’arrivée d’une nouvelle scène aux dents longues, bien plus agressive, par de jeunes loups nommés Agressor, Massacra, Loudblast, Mercyless, Mutilated ou encore Nomed ! Une étoile filante, donc, mais ayant laissé comme un héritage tout de même un très bon premier album éponyme en 1986 et un live Popeye the Road à tous les fans de heavy speed francophone. Trente ans plus tard, Titan se reforme en 2017, aligne les scènes prestigieuses comme le Hellfest en 2022 (l’année de l’éditon du siècle où le festival de Clisson s’étendit sur deux weekends), sort un nouvel album Palingenesia en 2021, fort mal promu et passé quasi inaperçu aux yeux de beaucoup, ce qui ne l’empêche pas de refaire parler la poudre sur scène entre-temps, de changer de chanteur – un challenge toujours risqué – avec l’arrivée de Peio Cachenaut en lieu et place de Patrice Le Calvez, et de balancer. C’est Adipocère Records, le label culte de Christian Bivel qui, au côté d’Osmose Productions et Holy Records, a redéfini ce qu’était le metal underground en France dans les années 90. Il continue donc son œuvre d’enrichissement et de diversification du catalogue, après le death de Mortuary ou celui de Carcariass, le stoner de Bloody Flow, le black de Himinbjorg ou d’Idolos. Avec Titan, il ajoute donc le heavy speed metal francophone à son vaste catalogue. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est plutôt une bonne pioche !

Après « Apophénies », une excellente introduction, le quintet méridional va donc aligner neuf brûlots qui mixent le meilleur de deux époques : une musique qui prend son ancrage dans les années 80 et une production moderne, sans non plus tomber dans une sophistication qui dépareillerait quelque peu. Car Titan n’a pas renié ses premiers amours, ses riffs boostés par une batterie puissante, n’hésitant pas à accélérer quand il le faut comme par exemple sur « Gambit » ou « Le sang des bêtes », à la limite du thrash, ou à surprendre via des breaks inattendus comme sur « Technocrature » ! Oui, Titan reprend sa route comme en 1988, mais en n’oubliant pas que depuis trente-sept ans, le metal a connu diverses évolutions…

Comme dans toute formation issue des années 80, les guitares se paient la part du lion via des solos incisifs, des duels de six cordes comme on les aimait quand on mettait un disque de heavy metal sur notre platine. Ecoutez donc le passage central de « Venin Mental » par exemple, et vous comprendrez le sens de cette phrase. Vocalement, l’arrivée de Peïo tranche avec la voix plus clivante de Patrice, typique du chant haut perché des années 80. Ses lignes vocales s’adaptent très bien à la musique de Titan, transformant la plupart des refrains en véritables hymnes à hurler à pleins poumons lors des concerts (« Cernés par les ruines » , « Prométhéen »). Et au milieu de tout ce déluge heavy, Titan ne peut s’empêcher de place une belle respiration avec « Mélancolia », tout du moins dans ses premières minutes avant de reprendre ses bonnes habitudes speed dans la dernière ligne droite. Cerise sur le gâteau, Titan conclut cet album par un enregistrement de « GI’s L’héritage », titre présent sur l’album éponyme et le live Popeye the Road. Une belle mise à jour qui ne dénote absolument pas avec le reste du disque.

Petit bémol qui peut gâcher l’écoute, les textes en français ne sont pas toujours à la hauteur des ambitions du groupe. Ainsi « Technocrature » peut faire penser à un mauvais tract politique, alignant quelque peu les clichés. On peut pondérer cette critique en faisant remarquer que si les paroles étaient en anglais, ces mêmes clichés passeraient nettement mieux. Comme quoi, nul n’est prophète en son pays. Mais cet écueil à part, Lacrimae Mundi ne pourra que plaire à tous les fans de heavy/speed metal, à tous ceux que les groupes français des années 80 faisaient alors vibrer (Sortilège…). Mais même si vous étiez trop jeune dans cette décennie, découvrir Titan en 2025 peut être une expérience enrichissante, montrant qu’au-delà du temps, la scène nationale offre toujours plus de diversité. Remercions Adipocère d’offrir à Titan une exposition digne de ce nom aujourd’hui, et souhaitons que cette nouvelle aventure et signature soit encore plus riche que la première. Une bonne idée serait aussi, au passage, de rééditer les premières armes de Titan, issues à l’origine du label Grec No Remorse Records (désormais introuvables). [Dave St Amour]

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