PRO-PAIN, qu’on aime ou n’aime pas, demeure l’un des fleurons du hardcore/metal new-yorkais qui groove, celui qui cogne et continue de marteler haut et fort ses messages depuis 1991, et ce, malgré les tempêtes et autres épreuves de la vie… Alors qui de mieux pour incarner cet résilience et ce retour sur le devant de la scène avec un nouvel et dix-septième album studio intitulé Stone Cold Anger, que le fondateur du groupe américain lui-même pour répondre aux questions de Metal Obs ? [Entretien avec Gary Meskil (chant/basse) par Norman « Sargento » Garcia – Photo : DR]

Tu as formé le groupe PRO-PAIN en 1991 (!), est-ce que tu te rends bien compte du chemin parcouru depuis, et s’il y avait quelque chose à changer dans ta carrière musicale, qu’est-ce que ce serait ?
PRO-PAIN a connu de nombreuses réussites au cours de ces trente-cinq dernières années. Il est difficile de croire que cela fait si longtemps, pourtant c’est le cas. En ce qui concerne la réflexion sur les changements dans ma carrière musicale, j’ai accompli beaucoup plus que ce que je n’avais jamais rêvé d’accomplir en tant que musicien, donc je ne changerais rien.
Cela fait onze ans que Voice of Rebellion est sorti. Quand as-tu commencé à penser que ce ne serait en fait pas le dernier album de Pro-Pain ?
On a toujours eu l’intention de continuer à écrire et à publier du nouveau son, mais nous avons eu quelques revers malheureux qui ont contribué à une pause beaucoup plus longue que prévu. Par exemple, j’ai eu un grave accident en 2017 qui m’a demandé beaucoup de temps et de récupération. En 2020 et 2021 (les années Covid), certains membres de notre groupe ont décidé de s’essayer à d’autres projets. Le processus d’écriture pour Stone Cold Anger a commencé en 2023 mais n’a pas été achevé avant 2025. Et qui plus est, j’ai une contracture sévère de Dupuytren sur ma main gauche et une contracture modérée pour la droite ! Donc, c’est presque impossible pour moi d’écrire de la musique à la guitare sans un collaborateur. Quand Eric Klinger a rejoint notre groupe en 2024, il a alors comblé ce vide.
Effectivement, ce nouvel album marque aussi le retour de ton ancien guitariste, Eric Klinger. Alors comment s’est passé ce retour justement ?
À l’été 2024, on avait besoin d’un guitariste rythmique pour remplacer Matt Sheridan lors de quelques concerts, car Matt avait des problèmes de visa à l’époque. Nous avons contacté Eric parce qu’il vit actuellement en Europe en Belgique et qu’il connaissait déjà une grande partie de notre répertoire. Il a accepté, et le reste appartient à l’histoire…
Je suppose que les dix titres qui figurent sur ce nouvel album n’ont pas tous été composés en même temps et qu’il a fallu alors en choisir parmi plusieurs, non ?
La majeure partie des dix morceaux a été composée en quelques mois. Environ 200 riffs ont d’abord été écrits et placés dans des dossiers. Ensuite, ces riffs ont été étiquetés selon leur BPM (battements par minute). Les riffs séparés par seulement quelques BPM ont été envoyés dans des sous-dossiers, puis étiquetés selon leur utilisation potentielle (c’est-à-dire intro/pont, couplet, refrain, outro, etc.). À partir de là, les meilleurs riffs ont été sélectionnés pour les arrangements. Après, il ne restait plus qu’à mettre en place le phrasé et d’écrire les paroles. Tout ce qui concerne les leads et le contour, la forme des morceaux, je veux dire, ont été écrits en dernier dans le cas de Stone Cold Anger.
Et comment s’est ensuite passé l’enregistrement de ces nouvelles compos de Stone Cold Anger ? Le processus a certainement dû évoluer au fil du temps avec toutes ces péripéties, non ?
La seule différence majeure entre nos sessions d’enregistrement plus anciennes et plus récentes, c’est que nous avions l’habitude d’enregistrer la basse avant les guitares rythmiques pour certains de nos anciens albums. Pour des raisons de réglage, ce process a pris fin. On choisit maintenant d’enregistrer nos instruments dans l’ordre suivant : batterie, guitares rythmiques, basse, chant, ornements, arrangements des guitare, et leurs soli. Toutes les autres techniques sont à peu près les mêmes, tu sais, rien que certains engrenages changent de temps en temps.
Quelle a été la chanson la plus difficile à enregistrer pour Stone Cold Anger et pourquoi ?
« The Sky’s The Limit ». C’est la seule chanson de l’album que j’ai entièrement écrite, et ce fut un processus très difficile et émotionnel pour moi. La chanson est un hommage à mon neveu (Corey Meskil) qui s’est suicidé malheureusement en 2024. C’était une belle âme et un rappeur en devenir qui s’appelait Meskilator. Ma chanson préférée de Meskilator s’appelait « Snakebite », et il avait un tatouage sur la poitrine qui disait « The Sky’s The Limit ». Toutes ces choses m’ont inspiré pour écrire cette chanson très personnelle, qui parle donc principalement de perte, de deuil et de repli sur soi.
C’est votre première fois chez le label autrichien Napalm Records. Peux-tu nous expliquer pourquoi vous avez choisi de rejoindre ce label qui n’est pas spécialisé hardcore ?
Je pense qu’ils étaient un bon choix pour nous parce que malgré le fait qu’ils soient devenus un acteur majeur sur la scène, ils se spécialisent dans les groupes historiques qui ont déjà une empreinte importante au sein de leurs propres genres. Donc, je pense que Napalm Records était un choix judicieux pour nous.
Stone Cold Anger est un manifeste contre les gouvernements et les pouvoirs politiques, donc rien n’a vraiment changé depuis Foul Taste of Freedom ?
Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes ! Le monde semble être dans une spirale perpétuelle vers le bas, il n’a donc pas été difficile de trouver l’inspiration au fil des années. Je suis passionné par les événements mondiaux et ma curiosité m’a souvent amené à m’y perdre. Une grande partie de mes paroles parle de ces voyages.
Enfin, si tu devais faire un classement de tes albums préférés de PRO-PAIN, quels seraient tes trois premiers et pourquoi ?
J’exclurai Stone Cold Anger parce que c’est encore assez nouveau pour mes oreilles. Donc, voici mon Top 3 des 16 albums précédents de PRO-PAIN :
Foul Taste Of Freedom – L’album qui a mis PRO-PAIN sur la carte. C’était un nouveau style, un nouveau son, et les paroles sont tout aussi pertinentes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient quand elles ont été écrites.
Act Of God – Un changement de donne pour nous en termes de production. Les chansons sont toutes solides et accrocheuses. Pour moi, cet album ne vieillit jamais.
Straight To The Dome – L’un des albums les plus méconnus de notre catalogue, je pense, car il a été publié par un très petit label allemand en 2012. Cet album est venimeux dans tous les sens du terme. La production est brute, les chansons sont toutes solides, et les paroles sont à peu près aussi énervées que possible.
Et au contraire il y a-t-il un album que tu aurais aimé faire d’une autre manière si tu en avais eu la possibilité ?
Pour moi, chaque album est un marqueur du temps. Il est facile d’écouter avec les oreilles d’aujourd’hui et de repérer certaines choses que je n’aime plus ou que j’aurais faites différemment si l’occasion m’avait été donnée. Cela dit, je pense qu’il est préférable de laisser les choses exactement telles qu’elles ont été créées au départ… Merci pour cette interview et merci aux lecteurs et fans français pour leur soutien !
Onze ans sans nouvel album, c’est long, très long ! Mais les circonstances atténuantes (voir l’interview) sont bien là et permettront de pardonner à Gay Meskil et sa bande cette longue attente. Mea Culpa donc. Et Stone Cold Anger, dix-septième enregistrement long format des Ricains, arrive à point nommé pour nous rappeler au bon souvenir du hardcore new-yorkais. Et avec comme premier titre « Oceans of Blood », pas d’intro foireuse ni de fioriture, PRO-PAIN rentre directement dans le vif du sujet sur un tempo élevé, riffs incisifs, solo old-school, et bien sûr un groove, ce groove imparable.
On sent donc déjà la patte d’Eric Klinger, de retour au bercail, et ça se vérifie sur l’éponyme « Stone Cold Anger » où la voix reconnaissable de Gary Meskil continue à faire parler la poudre. Et l’énergie mise en place par le quatuor ne faiblit pas sur ce « March Of The Giants », bien gras et groovy. On tient donc là un premier tiers d’album plutôt solide et convaincant. PRO-PAIN, c’est encore du solide en 2026 ! Poursuivons cette petite trentaine de minutes affichées au total de Stone Cold Anger.
On enchaîne ensuite avec « Uncle Sam Wants You », très punk hardcore et encore porté par un solo de Klinger, là encore, alors que « Demonic Intervention », « Rinse & Repeat » et « Hell Or High Water » reviennent durcir le propos avec riffs classiques mais incisifs, et toujours ce petit solo bien placé au 3/4 des morceaux. Tout cela reste bien heavy jusqu’à présent. Puis « Scorched Earth » s’autorise de nouveau des sing-alongs punk/hardcore tandis que « Lonestown Punch » s’avère être très direct mais à la structure semblable aux autres titres jusqu’à présent. Il est alors temps de conclure avec un « Sky’s The Limit » rappelant SICK OF IT ALL par endroit, autre célèbre formation made in NYHXC, mais aussi avec une note quasi positive sur les parties en chant clair, ce qui détone par rapport au reste de l’album. Une petite prise de risque en fin de disque en 2026 de la part de PRO-PAIN qui sort légèrement de sa zone de confort.
Au final, malgré une légère baisse d’intensité en fin d’opus, PRO-PAIN signe un retour plutôt réussi et homogène (nous nous passerons de commentaire sur la pochette car ça n’a jamais été l’atout de la bande à Gary, avec tout le respect qu’on lui doit, rappelez-vous Round 6 en 2000 chez Nuclear Blast), alors certes sans prise de risque ni véritable surprise hormis à la fin, set i ce n’est celle d’être toujours maître en matière de hardcore à tendance métallisée… [Norman « Sargento » Garcia]

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