
Attendu depuis 9 ans, voici Embrasement, le véritable nouvel album studio de MISANTHROPE, car oui, le précédent album studio, Alpha X Omega, remontant à 2017. Et quel embrasement ! Si Les Déclinistes en 2023 regorgeait de réenregistrements, puis Tribute To Their Majesties contenait des reprises marquant le 30ème anniversaire du groupe en 2025, précédé de Live – Immortal Wars in Eden qui était donc, comme son titre l’indique, un album live, à présent, il s’agit là du 13ème album (tout confondu, tribute et réenregistrement, hors live) de MISANTHROPE, l’un des leaders et vétérans de la scène death metal française depuis plus de 35 ans ! Et coup double, car en fin de compte, Embrasement, nous avons droit à 2 nouveaux albums puisque Embrasement se décline également en une version anglaise Conflagration, comme nous l’a conté son charismatique chanteur Philippe Courtois, alias « SAS de l’Argilière ». Ce dernier revient ici sur la genèse de cet album tant attendu, de son enregistrement, de son concept (la suite des aventures d’Alceste ?), des performances de ses acolytes tout en n’omettant pas l’impact qu’a eu son groupe sur la scène et évidemment de Holy Records, le label indissociable de l’histoire de @MisanthropeOfficial . Un entretien sans langue de bois avec un artiste passionné et qui, fort de son expérience, porte un regard lucide sur notre scène metal contemporaine. Merci à S.A.S. de l’Argilière pour sa disponibilité, et grande fidélité envers METAL OBS et @Voyageaucentredelascene . Aeternitas ! [Entretien réalisé par Zoom avec Philippe Courtois, alias « SAS de l’Argilière » (chant, paroles) par Dave « Saint Amour » Asshole – Photos : DR]
->> Single « Comtesse Vampyr » par MISANTHROPE, extrait de l’album Embrasement (Holy Records) actuellement disponible.
Attendu depuis 2017 par les fans de MISANTHROPE – lequel n’avait pas chômé entre-temps en sortant des rééditions de ses albums les plus cultes (1666, Visionnaire…), en rendant hommage à ses idoles (via Tribute to Their Majesties), ou en remettant à jour certains de ses anciens titres sur Les Déclinistes ou en offrant un sublime double live – Embrasement arrive presque par surprise, même si quelques photos de l’enregistrement avaient fuité sur les réseaux sociaux… Temps modernes obligent !
Sur ce véritable onzième album studio (hors réenregistrement et tribute) du groupe de heavy/death metal unique en son genre, nous avons affaire à treize titres de très très haute volée, portés par une technique hors du commun, Jean-Jacques et Anthony étant incapables de faire des riffs simples, tout en ne tombant jamais dans l’esbroufe ou dans la démonstration pour la démonstration. Gaël, lui, n’a rien perdu de sa technique derrière ses fûts, que ce soit en matière de blasts beats ou son usage de la double grosse caisse, malgré ses soucis de santé. L’instrumental « Aube nouvelle » qui clôtura le disque est la parfaite représentation du travail de composition : c’est très complexe tout en restant très musical, la basse ouvrant le bal avant d’être rejoint par ses camarades de jeu ! Quant au chant de Philippe, on y retrouve ce mélange de brutalité, d’ambiance et ce petit brin d’arrogance qui servent parfaitement des paroles blindées de références au passé du quatuor français, sa passion pour l’Histoire (« Edificateur de l’Anjou » nous raconte l’histoire du leader angevin de l’an mille), son obsession de trouver le mot juste ou l’intonation qui marque, son refus d’un chant monocorde et cela, tout du long des douze titres chantés. Comme toujours, il faut les écouter en lisant les paroles pour ne rien manquer de la poésie macabre de Philippe Courtois, alias « SAS de L’Argilière ».
Ainsi, « Le couvent des maudites » ou « Sous moi coule le Léthé » renouent avec la veine occulte du groupe tandis que « L’affrontement » évoque le destin du personnage d’Alceste, un destin funeste si l’on en croit les dernières lignes et qui ouvre la voie à l’histoire développée dans la trilogie des albums d’Argile ! Et il y a ce son. Embrasement a été enregistré et mixé au studio Hénosis de Frédéric Gervais (Orakle, Monolithe, Khôra, etc.), qui prouve une fois plus qu’il est bien au delà d’un simple technicien. C’est au contraire un vrai magicien du son qui sait magnifier chaque orchestration, chaque riff, chaque break et qui a participé de manière active à la construction de l’album. Tout est clair, précis et une écoute au casque s’impose. Elle vous le prouvera dès les premières secondes du premier titre « Le diagnostic des aiguilles », plutôt mid tempo, qui permet d’entrer dans l’album en douceur avant de se déchainer avec le single « Helloïse ». Son travail est titanesque et on ne peut qu’encourager les groupes qui veulent une production béton à le contacter ! Inutile d’aller dépenser vos euros à l’étranger quand un tel technicien est à votre disposition dans l’Hexagone, même avec les techniques actuelles à distance.
On pensait que Misanthrope avait mis entre parenthèse sa volonté de créer de l’inédit. On avait tort, car dans l’ombre, les bâtisseurs fourbissaient leur armes, composaient, expérimentaient, tels des alchimistes… Chaque disque paru depuis 2017, y compris le somptueux troisième album d’Argile, tendait vers Embrasement en fin de compte, aboutissant à cette œuvre totale qui ne s’embarrasse d’aucun compromis, ne cherche pas à titiller la mode et qui arrive donc par surprise, sans crier gare, comme dans les glorieuses années d’avant Internet. Oui, on a bien eu quelques petits teasers en image, montrant le groupe en studio, mais c’est tout. Le quatuor angevin s’est acharné pendant des mois à coucher sur cire ce nouveau chef d’œuvre. Une telle réussite valait bien quelques cachoteries, après tout.
En sus de cela, le travail sur la pochette est tout simplement magnifique, voire titanesque, avec ses couleurs chaudes évoquant la fin d’un monde. Définitivement une œuvre qu’il faut avoir en 33 tours afin d’en admirer tous les détails. Evidemment, Embrasement existe aussi en CD et en même en picture K7. Mais le vinyle contient trois titres supplémentaires, des versions anglaises de « Edificateur de l’Anjou », « L’affrontement » et « Helloïse ». Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, le frère jumeau d’Embrasement, intitulé Conflagration, son pendant dans la langue de Shakespeare est également disponible ! Mais attention, tirage limité à 666 exemplaires. Certes, on eut aimé que, comme pour Aenigma Mystica, le groupe nous propose une édition collector avec les deux versions dans le même boitier mais qu’importe. Phil, dans une interview exclusive accordée à Metal Obs TV, nous a expliqué qu’il est plus simple d’exporter des CD cristal en Amérique du Sud que des doubles digipack ! Chaque titre cache des morceaux de bravoure, que cela soit « Comtesse Vampyr », dont le début évoque « Reine Martyre » de l’album Metal Hurlant et qui a fait l’objet d’un joli vidéo clip teinté d’une certaine mélancolie.
Citons encore le très violent « Edificateur de l’Anjou » et ses blasts insensés, ou encore « Rapace » doté d’un passage central ravageur ! Non, Misanthrope n’a rien perdu de sa puissance, ne s’est pas assagi avec le temps, et a mis ici tout son âme dans ce nouvel album avec une belle maturité musicale. Passer à côté serait criminel ! On espère maintenant que les organisateurs vont les programmer à outrance dans les gros festivals à venir ! Car on le sait, Misanthrope sur scène, c’est toujours la garantie d’une claque énorme ! Bref, un disque indispensable, un « must have » comme on dirait en anglais (n’oubliez pas cette version . Embrasement s’avère grandiose, à la fois puissant et intimiste, rassurant et surprenant, une offrande noire pour tous les amateurs du groupe culte français et surtout un mélange de tous les styles extrêmes joué à la perfection. On ne sait pas si un douzième album il y aura, mais en attendant, profitons de l’instant présent et de cet Embrasement ! L’été sera chaud, sur les vinyles et dans les pogots ! Aeternitas ! [Dave « Saint Amour » Asshole]

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