FLOTSAM AND JETSAM : Rats In The Temple

Quarante ans après le légendaire Doomsday For The Deceiver (1986) auquel participa un certain Jason Newsted avant de partir rejoindre METALLICA, beaucoup de groupes se contenteraient de capitaliser sur la nostalgie et un passé plus que productif… Pas question pour FLOTSAM AND JETSAM, qui continue sans relâche malgré les années et les modes, à progresser après l’excellent I Am the Weapon (AFM Records/2024). En 2026, les Américains nous livrent Rats In The Temple, un dix-septième opus qui s’avère d’entrée de très haut niveau ! On vous l’assure ! Car depuis The End of Chaos (2019) et Blood in the Water (2021), nous assistons à une véritable résurrection de la formation de Phoenix (Arizona), l’arrivée de de Ken Mary à la batterie au palmarès long comme le bras (Tko, Chastain, Fifth Angel, Bonfire, Alice Cooper, House of Lords, Accept, Metal Church) en 2017 n’y est certainement pas pour rien. Une véritable dynamique créative s’est ainsi emparée de nos thrasheurs vétérans, pour le bonheur de nos cages à miel...

Rats In The Temple - FLOTSAM AND JETSAM
FLOTSAM AND JETSAM
Rats In The Temple
Heavy/thrash metal
Napalm Records

Porté par une renaissance créative impressionnante le quintet revient donc enfoncer le clou. Avec Rats in the Temple, ils signent leur toute première sortie chez les géants de Napalm Records avec treize brûlots impitoyables de heavy/thrash à l’ancienne. Bref, un véritable manifeste de thrash metal pour toutes générations confondues. Nous avons droit ici à une avalanche de riffs et d’une complexité technique impressionnante tant le niveau est élevé. Dès l’ouverture sur « Harvesting The Hate », l’affaire est pliée : une introduction lyrique trompeuse avant que les guitares de Michael Gilbert et Steve Conley ne sortent les crocs et vous atomisent. Ce single met tout le monde d’accord et sert d’ouverture explosive à l’album dès les premières secondes. Le batteur légendaire Ken Mary y impose un tempo frénétique basé sur des patterns de double pédale ultra-méthodiques et rapides. Ce tapis rythmique offre une assise bétonnée au morceau. La paire de guitaristes composée apparaît au sommet de son art, en totale osmose. Le morceau enchaîne des riffs acérés typiques de la scène speed/thrash US des années 80. Les harmonies de guitares sonnent dantesques et un solo chirurgical qui rappelle l’excellence des débuts fait office de cerise sur le gâteau d’anniversaire, quarante ans après leur album culte Doomsday For The Deceiver (Metal Blade Records/1986). Malgré la brutalité instrumentale, le titre brille par son sens inné de la mélodie avec des crochets vocaux (« hooks ») massifs conçus pour être repris en chœur en festival.

Puis survient « Damnation » qui met en valeur une section rythmique titanesque, quelle puissance ! On est face à un mur de guitare impitoyable qui vous atomise les neurones en quelques secondes : le batteur Ken Mary pilonne les fûts avec une précision chirurgicale qui donne le tournis, pas de doute, c’est un des titres les plus fantastiques. Le sommet de l’album réside sans doute dans son morceau éponyme, « Rats in the Temple ». Qualifié par le combo lui-même comme « l’un des morceaux les plus complexes techniquement de leur histoire », le titre justifie pleinement cette réputation avec ses harmonies de guitares dantesques et ses cassures de rythmes incessantes qui donne le vertige. Sorti en tant que deuxième single officiel accompagné d’un vidéo clip sur YouTube, il est le parfait condensé du style actuel de FLOTSAM AND JETSAM : à la fois technique, rapide et profondément théâtral. La bête est lâchée et ne va plus s’arrêter tout au long des treize morceaux. Ici pas de pitié pour les rats qui quitteraient le navire, pas de quartier, aucun prisonnier ! Le quintet de Phoenix élague à grand renfort de riffs titanesques, la superbe pochette en est d’ailleurs un vrai symbole, bien plus réussie que leur premier album, certes, devenu culte…

“Blame The Knife“ le bien nommé va ensuite vous liquéfier. Et que dire de “The Ghost behind my Door “et “First on the Spike“, invoquant l’excellence de leurs débuts avec une menace moderne et dévastatrice ? Un peu plus loin, “The Edge of Nowhere“ n’est pas en reste et installe un suspense insoutenable avec une mélodie en intro heavy et terriblement entêtante, avant d’élever encore l’intensité avec “Last Rites“, un autre titre phare de Rats In The Temple. Le légendaire duo rythmique composé du batteur Ken Mary et du bassiste Bill Bodily est à l’honneur sur l’hymne antimilitariste “A Taste for War “, dont la syncope méthodique évoque des images de chars et de bottes au sol. “Her Blood your Pain“ déploie des arpèges de guitares médiévales ornementés avant que “Anthem for the Broken“ ne déchaîne toute sa puissance et que “Not Going down that Way“ ne frappe l’auditeur avec des riffs lourds et des vérités encore plus dures. Rats In The Temple captive de bout en bout, offrant aux auditeurs un accès privilégié aux multiples facettes du metal du groupe, et proposant un échantillon raffiné et éclectique d’influences tout en effectuant un véritable retour aux sources, un ADN pur et intact qu’ils ont enfin retrouvé.

Au-delà de l’instrumentation et d’une grande inspiration dans les riffs de guitares (la base dans le genre musical qu’est le thrash metal), c’est la performance vocale du sexagénaire Eric “A.K.“ Knutson qui hypnotise (en interview très prochainement sur notre chaîne YouTube, Metal Obs TV !). Sa voix, reconnaissable entre mille, alterne entre lignes mélodiques puissantes et cris hantés, transperçant le mur de guitares et la rythmique blindée. Ses paroles explorent des thématiques ténébreuses et contemporaines : récits de mort, d’abus de pouvoir, de trahison et de guerre comme sur « A Taste For War“ qui n’est pas sans rappeler un de leurs albums My God (Metal Blade Records/2001). Le disque s’équilibre parfaitement entre agression pure et variations d’ambiances, à l’image des accents presque médiévaux de « Her Blood Your Pain » ou de la charge héroïque sur ‘ »Anthem For The Broken“… Et comment ne pas penser aux regrettés SANCTUARY (en reformation) ou NEVERMORE (en pleine tournée suite également à leur reformation avec un nouveau chanteur turc) dont l’influence de FLOTSAM a peut-être été à un moment donné au départ le détonateur ? Que ce soit dans les harmonies de guitares (certes, plus modernes chez NEVERMORE étant donné qu’ils jouent accordés bien plus bas) mais aussi vocales ?

Bref, ce nouvel opus est une pure tuerie heavy/thrash metal old school que signe là FLOTSAM AND JETSAM, prouvant par la même occasion qu’une vieille bande de vétérans peut et sait vieillir comme un grand cru bordelais sans perdre une seule once de sa hargne, ni de sa vélocité. Nos Américains sont plus que vivants à l’écoute de Rats In The Temple, et ne sont pas encore prêts à lâcher les gants, contrairement à SLAYER (et son faux départ en retraite finalement). Ils demeurent une véritable référence en thrash metal en 2026. Et grâce à une production moderne, massive, qui laisse toutefois respirer chaque instrument au milieu du chaos, l’effet est d’autant plus agréable. Comme l’a si bien résumé Eric A.K. durant notre entretien : « Baissez les lumières, prenez un verre, mettez vos écouteurs et montez le son ! Vous ne le regretterez pas ! ». [Pascal Beaumont]

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