Voici un pionnier de la scène extrême japonaise (le groupe a signé son premier album, Scorn Defeat, sur le label du regretté Euronymous) sur METAL OBS TV ! Depuis plus de 30 ans, SIGH propose un black metal avant-gardiste d’une grande richesse, un mélange parfait entre la musique occidentale et celle du Pays du Soleil Levant, puisant dans ses racines et sa culture. Leur nouvel album, Goh-Ka, est le quatorzième opus d’une discographie remarquable, et vient de sortir le 4 septembre 2026, chez Peaceville Records. SIGH s’apprête également à venir répandre sa bonne parole en Europe en octobre 2026. Nous avons eu l’occasion de discuter longuement et passionnément avec leur leader, Mirai Kawashima. Dans un anglais parfait, il nous a parlé de sa musique, des thématiques du nouvel album Goh-Ka, de sa superbe pochette et de la tournée à venir, mais aussi des collaborations prestigieuses présentes sur le disque — avec notamment Fred Leclercq (Kreator, Amahiru, Sinsaenum, Loudblast…) à la basse, Mike Heller (ex-Fear Factory) à la batterie ou encore Mikael Åkerfeldt (Opeth, ex-Bloodbath) — sans oublier la scène metal japonaise : une scène vivante et riche, mais souvent méconnue en Europe, tant dans sa réalité que dans la manière dont elle est perçue au Japon. [Entretien vidéo réalisé par Zoom avec Mirai Kawashima (chant, multi-instruments) par Dave « Asshole » – Photos : DR]
Le pays du Soleil levant est connu pour ses musiques d’animés, souvent teintées de grosses guitares et de rythmes frénétiques, mais sa scène metal reste encore trop souvent ignoré du grand public, si l’on met de côté les incontournables Loudbness. Sigh se présente comme l’un des chefs de file de la scène black metal nippone, mais pas que. Alors qu’elle officiait dans une musique assez crue voire primitive au début des années 90, la formation menée par Murai Kawashima a évolué petit à petit vers quelque chose de bien plus riche, mixant metal occidental et influences orientales, offrant le meilleur des deux mondes, notamment par l’intégration d’instruments traditionnels japonais au sein de titres complexes, riches et surtout prenant régulièrement l’auditeur par surprise.
Goh-Ka ne fait pas exception à cette règle et ce dès le premier morceau « Kuso-shi 1,2 and 3 » (« Kuso », un terme que l’on peut traduire par « merde »), un titre long de 9 minutes et qui explore toutes les facettes énoncées ci-dessous : des orchestrations étranges, des claviers parfois dissonants, des passages quasi folk, un chant qui navigue entre voix d’outre-tombe, déclamations purement black et moment presque opératiques, une structure qui prend son temps d’installer ses (grosses) ambiances, le tout servi par un son puissant et d’une clarté presque cristalline quand il s’agit d’inclure les instruments traditionnels. Car si le trio de Tokyo a enregistré dans divers studios, c’est le mixage et le mastering signé Lasse Lambert (Alestorm ou Svarstot par exemple) au LSD Studio (Allemagne) qui crée ce liant si spécial, permettant à Goh-ka de nous évader très loin. « Kuso-shi » va d’ailleurs se continuer tout au long du disque, avec deux autres portions (« 4,5,6 » « 7 » et « 8,9 – Mettaikajugo ») avec à nouveau cette volonté de surprendre et ne pas s’enfermer dans un carcan trop restrictif.
Tout au long du disque, on voyage donc dans des ambiances parfois très douces (la première partie de « Azenshokon »), ponctuées par de riches et courts instrumentaux comme « Sosho », évoquant des ambiances dignes des meilleurs films d’horreur japonais, alimentés par des bruitages franchement flippants. Concernant la richesse de sa musique, Murai déclarait qu’il avait évolué en tant que musicien et que surtout ses années de pratique l’avaient rendu meilleur et plus audacieux. A l’écoute des dernières productions de Sigh – au hasard Shiki ou Heir to despair – on ne peut qu’approuver cette volonté de ne pas se contenter à un style mais plutôt de le pousser dans ses derniers retranchements…
Mais que les amateurs de black « classique » ne s’inquiètent pas ! Les deux parties de « Jigoku-Zoshi », deux morceaux situés au début et à la fin de l’album leur donneront leur dose de rapidité , de blast et d’agressivité ! On y retrouve le Sigh des débuts mais sublimé par un son toujours parfait ! Le sens du mot « Jigoku » ? Tout simplement l’enfer !
Il est vrai que Murai sait s’entourer ! Outre sa fille Million, son fils Billion et son épouse Mika (Dr Mikannibal), du guitariste Nozomu Wakai qui l’épaulent musicalement , la section rythmique de Goh-Ka est composée de notre compatriote Fred Leclerc, ami de longue date de Murai et de Mike Heller (ex-Fear Factory). On a connu pire comme duo, non ? Et vu que ne suffisait pas, Mikael Akerfeldt (Opeth) se fend d’un superbe solo de guitare sur « Uputenpu ». Quand on vous dit que Sigh c’est la rencontre de l’occident et de l’orient, la mention de ces noms en est un parfait exemple !
Lors de l’interview pour Metalobs.Tv, Murai a évoqué avec nous sa peur de vieillir et de mourir et cette peur lui a inspiré le thème de cet album. Les morceaux étant principalement chantés en japonais, à nous de faire nos propres interprétations de Goh-ka , un mot qui a une triple signification, chacune dotée de ses idéogrammes. Ainsi 業火 est le feu infernal qui brûle les pécheurs, 劫火 le feu qui détruira le monde à la fin des temps et 業果 le karma. Dans l’interview , Murai penche pour la première signification.
Et à disque exceptionnel, il fallait une pochette exceptionnelle ! Celle de Goh-ka reprend justement cette idée de la mort au travers du cadavre d’une jeune femme dont la beauté ne lui a pas permis d’échapper à la faucheuse. Dans ce paysage serein et champêtre, les couleurs pastels donnent une image bucolique avant que l’horreur nous saute aux yeux. Celle qui git dans ce champ de fleur se décompose petit à petit ! Parfaite illustration de la musique de Sigh qui cache énormément de choses sous ses oripeaux enchanteurs ! Il est dommage que l’éloignement du groupe de l’Europe l’empêche de venir nous rendre visite plus souvent, même si notre continent a été visité lors de ce mois de septembre, avec une halte à Paris d’ailleurs. D’autant plus que, comme nous l’a confié Murai, la technologie et les samplers lui permettent de reproduire sur scène les richesses de ces albums.
Quoiqu’il en soit, que cela ne vous empêche pas de vous intéresser à Goh-Ka si vous êtes friands d’expériences musicales inédites ! Certes, il faut faire un petit effort pour entrer complètement dans cet album mais il est ensuite très compliqué d’en décrocher, tel une douce accoutumance dont la musique serait notre opium. D’autant plus qu’il n’existe pas vraiment d’équivalent à Sigh à notre humble connaissance. S’en passer serait donc criminel ! [Dave « Asshole »]

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