Attention, chef d’œuvre !! Encore un dans la discographie titanesque du collectif allemand THE OCEAN fondé à Berlin en 2000 sous l’impulsion de son guitariste et principal compositeur et parolier, Robin Staps… Après le très bon Holocene (2023), leur douzième enregistrement studio s’appelle Solaris et se veut une adaptation musicale du roman du même nom de l’écrivain polonais Stanisław Lem (1961), et surtout de l’une de ses adaptations cinématographiques, celle portée précisément au grand écran en 1972 par Andreï Tarkovski (un remake parut plus tard en 2002 avec George Clooney également au succès critique bien inférieur). Accrochez vos ceintures, prenez votre respiration, direction l’espace pour une odyssée musicale post metal entre sludge et prog’, tout simplement inédite et extraordinaire ! Et à cette occasion, nous avons pu nous entretenir une nouvelle fois avec son leader Robin Staps (guitare), entouré de ses deux nouveaux chanteurs Lane Oshi (USA) et Enrico Tiberi alias « Nrehk » (Italie) après le départ de Loïc Rossetti (2025) qui collaborent à présent avec les excellents Belges de HIPPOTRAKTOR dont le nouvel album sort également cet automne, tiens donc, sur le label de Robin Staps, Pelagic Records… Merci à Robin et THE OCEAN pour ce moment unique. [Entretien vidéo réalisé par Zoom avec Robin Staps (guitare, compositeur, parolier), Enrico « Nerkh » Tiberi (chant), et Lena Shy (chant, claviers) par Seigneur Fred – Photos : DR]
Attention, chef d’œuvre ! Voire carrément Album de l’Année 2026… Oui, oui, n’y allons pas par quatre chemins ni le dos de la cuillère, Solaris nous a littéralement assis cet été quand on l’a découvert en avant-première grâce à l’envoi du label Pelagic Records dont le boss n’est autre que Robin Staps lui-même (guitariste, compositeur et parolier et co-fondateur) du collectif THE OCEAN… Trois ans après le réussi Holocene sur lequel on entendit une dernière Loïc Rossetti au micro, tel le chant du cygne avant de rejoindre ses petits copains belges de HIPPOTRAKTOR (on vous en parle très bientôt car leur nouveau LP sort aussi cet automne chez Pelagic Records !!), THE OCEAN a encore évolué dans son line-up en 2025 pour accoucher de cet album conceptuel très ambitieux à présent, le groupe européen dépassant une nouvelle fois les frontières puisque deux nouveaux chanteurs font leur apparition : Lane Oshy (USA) issu du milieu underground artistique américain punk (pour résumer) et Enrico Tiberi alias « Nerhk » ayant un background, quant à lui, plutôt issu de la scène rock prog’ italienne. Rajoutons à cela l’excellent guitariste franco-bolivien Emmanuel Jessua des excellents HYPNO5E, qui apporte son touché par exemple sur quelques passages acoustiques de toute beauté mais en toute simplicité (l’intro façon GPS « 52°30’11″N, 13°26’12″E » ou sur la fin de « Simulacra »). La position GPS en titre de la première plage sonore correspond, pour les curieux, tout simplement le home studio de Robin Staps à Berlin, point de départ de cette nouvelle ode, ou plutôt odyssée, musicale où tout a été conçu. Rien que l’intro vous immerge dans Solaris. Tout cela promet une expérience unique, comme dernièrement L’Odyssée de Nolan dernièrement au ciné, c’est sûr !! Mais on s’éloigne du sujet là…
Côté concept lyrique ici, et on le sait, THE OCEAN aime se creuser les méninges. Il abandonne là son concept préhistorique ou de l’eau (quoi que, on vous laisse découvrir les premiers vidéo clips ci-dessous), même si on pourrait faire un lien ici avec peut-être le disque Heliocentric (2010), rien que par la référence à l’astre solaire. En effet, Solaris se veut une adaptation ambitieuse du roman de SF du même nom paru en 1961 signé de l’écrivain polonais Stanisław Lem (cela ne nous rajeunit pas, mais comme Dune ou La Guerre des Mondes bien avant, cela fait partie des références littéraires cultes dans le genre). Enfin petite précision, c’est surtout l’œuvre cinématographique portée au cinéma en 1972 par Andrei Tarkovsky dont s’est inspiré notre ami berlinois Robin Staps. En 2002, certains plus jeunes se souviennent peut-être du moins réussi Solaris avec George Clooney réalisé par Steven Soderbergh… Voilà le tableau. Cela aurait pu être L’Odyssée de l’Espace mais non,, Le collectif allemand centré sur le génie créatif de son guitariste a donc porté son dévolu sur Solaris, ce qui passe aussi visuellement par deux vidéo clips : les singles « Light Pollution » et « Ultima Esperanza » qui esthétiquement sont plutôt réussis avec, certes, des petits moyens côté mise en scène et effets spéciaux, mais cela s’inscrit un peu en fin de compte dans l’esprit du premier film sorti en salles dans les années 1960…
Mais passé l’intro GPS de Berlin comme point de départ évoquée précédemment, le premier gros morceau s’appelle « Departure Song » dont le nom est parfait. D’une durée de huit minutes, il constitue le véritable départ de cette ode incroyable. Ah oui, on vous avez pas prévenu ? Ici on baigne dans un post sludge metal mélodique de plus en plus cinématographique (concept du livre/film Solaris oblige), et qui dit post, dit expérimental et progressif, les chansons sont donc très souvent longues… Donc accrochez vos ceintures pour ce voyage musical et interstellaire, et laissez vous captiver par les atmosphères mais aussi montées telluriques tout du long. Si les riffs sont gras et appuyés comme on aime, et que les growls d’Enrico Tiberi font des merveille dans un registre vocal légèrement plus grave que celui du Suisse Loïc Rossetti, un passage suivant peut très bien venir contre balancer le tout sans forcément que cela reste binaire et prévisible. Les chants d’Enrico et Lane viennent alors s’entremêler et l’on part dans des envolées alors lyriques sous la puissance hardcore/metal typique de THE OCEAN. Bien sûr, certains riffs peuvent nous paraître familiers, comme sur « Ultimate Esperanza » ou le frontal et belliqueux « Belligerence » mais justement, c’est ce qui fait la patte sonore, depuis déjà moult albums, du collectif allemand, enfin européen.
Savamment pensé, le track-listing de Solaris, quoiqu’un un peu court (seulement huit plages), nous fait passer par tout un tas d’émotions, de découvertes, de terrains sonores plus familiers faits de redécouvertes, on y trouve des références à d’anciens albums, mais une fois encore THE OCEAN ose, va au-delà des barrières, et ose expérimenter, innover, que ce soit instrumentalement (guitare acoustique, samplers, orgues Hammond, et surtout une prédominance des cuivres dont nous parle Robin Staps à un un moment donné durant notre passionnant entretien), que vocalement (le duo vocal énervé entre Enrico et Enrico). Et c’est en cela que l’arrivée du guitariste d’origine bolivienne, Emmanuel Jessua, connu également en tant que fondateur de l’excellent combo français HYPNO5E, apporte beaucoup dans les compositions, surtout leur interprétation dans son touché de guitare, apportant un peu de chaleur (l’outro » 51°28’30 » S, 73°6’11 » W ») et aussi cette dimension cinématographique comme il a l’habitude de développer dans son propre groupe. Côté batterie et section rythmique, peut-être que celles-ci ont été plus complexes par le passé, comme à l’époque de Paul Seidel (ex-BURNING SKIES, NIGHTMARER…), mais son remplaçant arrivé en 2025, Jordi Farré, se débrouille comme un chef derrière ses fûts, avec une frappe sèche très percutante. Et que dire des passages trip hop/électro sur le titre « Milk Of My Dreams » avec en invité les copains berlinois de TANEGERINE DREAM nous ramenant au meilleur de TRICKY à l’aube des années 2000 ?
Tout cela amène au point d’orgue final « 51°28’30 » S, 73°6’11 » W », huitième plage de Solaris. Cette seconde et dernière position GPS livrée ici par le génial Robin Staps pointe alors à la pointe sud du Chili, en plein dans l’eau d’un fjord, comme dans le livre/film où l’eau et l’espace ne font qu’un… Et là on se dit : « Ouah ! Quel voyage ! ». Bien entendu, comme souvent chez THE OCEAN, plusieurs écoutes seront nécessaires pour tout comprendre dans ce concept album complexe et en apprécier la substantifique moelle, mais pas tant que ça au final, car il demeure assez accessible, Robin Staps ayant voulu synthétiser certaines choses et ne pas trop charger le disque pour rester digeste (souvenez-vous de Precambrian à sa parution en 2007 avec ses 2 petits CD’s (Metal Blade Records), se limitant ici tout de même à ne pas trop en mettre partout, sinon l’album durerait bien plus longtemps !! A commencer par ces huit seuls morceaux qui en fin de compte en auraient bien appelé encore une ou deux autres chansons ou instrumentales encore, car on est presque abasourdi et on redemanderait presque déjà tellement THE OCEAN a la faculté de vous transporter. Maintenant, reste à performer et être capable de réinterpréter tout ça en live sur scène, avec pourquoi pas tout l’album à jouer d’une traite en concert ? Après tout, ils l’ont bien fait dans le passé comme sur Precambrian lors du dixième anniversaire (enfin onzième) du disque en 2018… [Seigneur Fred]

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