ADOPERTA TENEBRIS : Seul au monde, ou presque…

Cocorico ! Encore une belle surprise cet automne chez le label français Les Acteurs de l’Ombre avec la sortie d’Oblivion, second album studio du one-man band nantais de Black Metal Adoperta Tenebris, enfin one-man band, pas tout à fait… Alors nous avons fait connaissance avec son mystérieux auteur et multi-instrumentiste pour savoir qui se cachait derrière cette musique si froide et sombre, idéale pour la saison… [Entretien intégral avec G. (multi-instruments, chant) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Question classique mais comment est né Adoperta Tenebris du côté de Nantes, je crois ? S’agit-il d’un projet solo qui s’est accéléré durant ces deux dernières années marquées par plusieurs confinements successifs et cette épidémie sanitaire ayant favorisé l’émergence de nombreux projets musicaux studio récemment ?
Adoperta Tenebris existe depuis plus de dix ans maintenant. J’enregistrais régulièrement des morceaux ou des idées à gauche à droite, en guise de défouloir. Des groupes plus importants me prenaient pas mal de temps et Adoperta Tenebris n’était qu’un simple side-project jusqu’à fin 2019. À ce titre, la situation sanitaire et les confinements n’ont joué aucun rôle. Simple hasard. Ma décision de mettre Adoperta au premier plan de mes projets musicaux était antérieure.

En fonction de ta précédente réponse, peut-on parler de groupe pour Adoperta Tenebris ou bien de « one man band » car il me semble qu’il n’y a qu’un seul membre qui s’appelle G., peut-être le diminutif d’un prénom, ou un clin d’œil au fameux « point G » peut-être… ? (rires) Non, plus sérieusement, quel est le line-up officiel d’Adoperta Tenebris car j’ai vu de nombreux musiciens et chanteurs dans les crédits du nouvel album Oblivion ? Es-tu un multi-instrumentiste autodidacte en charge de toute l’interprétation musicale sur tes albums ?
En effet, j’ai toujours un peu de mal à appeler Adoperta Tenebris un groupe puisque j’en suis le seul membre. Je lui préfère le terme de projet ou d’entité. Cela dit, j’invite en effet du monde à poser des voix ou des instruments sur certains morceaux. Je suis, pour ma part, seulement guitariste, et autodidacte, oui. Quand la décision de rentrer en studio a été prise, j’ai donc estimé qu’il fallait un vrai batteur derrière les fûts. Äaerzerath (Natremia, Defenestration, Lunar Tombfields) a donc enregistré toutes les parties batterie de l’album.

Je sais qu’il y avait un premier album publié en 2017 : Perdition: The Path of Agonies mais on dirait qu’Adoperta Tenebris a mûri depuis et, un mal pour un bien d’une certaine façon (un peu comme le développement de nouveaux services dans les entreprises, les commerces, la remise en cause de notre fonction économique en circuits longs pour favoriser les circuits courts, mais aussi donc le caractère indispensable de la culture dans nos sociétés !), cette pandémie t’a-t-il permis alors d’avoir le temps et les conditions de concentration propices à la composition, écriture, et enregistrement de ce second album Oblivion ?
Comme je l’évoquais un peu plus haut, j’ai décidé de me consacrer en priorité à Adoperta vers octobre ou novembre 2019. Les morceaux étaient, à ce moment, quasiment tous finis. Le coronavirus m’a seulement permis de faire des préproductions, disons, plus audibles, et ainsi de mieux me préparer à l’enregistrement en studio.

A l’écoute de la musique d’Adoperta Tenebris, on ressent un côté lourd, très dark, dans les chansons d’Oblivion : The Forthcoming Ends (nom complet du nouvel album). Tes chansons sont sinueuses et brumeuses, à l’image du nouvel artwork d’Oblivion conçu, je crois, par Dina Christophersen. Qui est cette artiste qui semble spécialisée dans les paysages nordiques ?
La recherche de la pochette de l’album n’a pas été facile. Certains visuels qui me semblaient convenir un jour apparaissaient sans intérêt le lendemain. D’autres propositions, après recherches, avaient été déjà utilisés par d’autres groupes. Puis je suis tombé un peu par hasard sur cette photographie de Dina Christophersen dans laquelle j’ai instantanément vu la pochette de l’album. Cette ambiance froide et massive apparaît comme une irrésistible invitation, une porte vers un monde hostile, dur et pourtant irrémédiablement envoûtant. De plus, cette photo avait un lien évident avec la pochette du premier album. Le travail de Dina est, à mon sens, un parfait témoignage de la puissance et de la beauté de la Nature. Et donc, par extension, du statut bien inférieur voire insignifiant de l’Homme.

Peux-tu nous décrire à présent justement le concept ou les principaux thèmes de ce nouvel album Oblivion : The Forthcomings Ends, au titre peu réjouissant d’ailleurs au passage ? Vois-tu en l’avenir aucun espoir et une fin inéluctable de l’Humanité comme souvent le véhicule le Black Metal par sa noirceur et sa vision apocalyptique et infernale des êtres humains ?
Les textes sont souvent le fruit des mes lectures tout au long de l’écriture de l’album. Et, pendant cette période, je me suis essentiellement nourri des classiques de la littérature dystopiques. C’est en lisant ou relisant ces œuvres que je me suis rendu compte
que, pour la plupart, l’aspect autoritaire d’une société dystopique n’est que le résultat d’un long processus d’Oubli voulu par ces régimes. Le passé est un puissant vecteur de la pensée et donc, de la critique. Ainsi le régime ayant pour idéal l’annihilation de toute opposition aura, en amont, la volonté de « promouvoir » l’Oubli. En oubliant le passé, on éradique toute critique du présent. Lorsque des caméras sont installées dans les rues ou des puces implantées sous la chair, le processus totalitaire est déjà avancé. L’erreur est de considérer que ces éléments en sont les prémisses. L’Histoire est un perpétuel travail de recherches dans lequel tout intrusion du politique est un signe qui devrait alerter. C’est l’idée qui traverse l’essentiel de l’album. Mais tous les morceaux ne traitent pas de cela. Certains sont plus introspectifs voire mystiques. Et je serais bien incapable d’en donner les raisons.

Toujours à propos du magnifique artwork d’Oblivion : celui-ici m’a immédiatement fait penser à The Wretched End, le groupe scandinave de Samoth (notre dernière interview en date de Samoth en 2016 à retrouver ici) quand j’ai découvert les nouveautés du label Les Acteurs de l’Ombre Productions au début de l’automne. Il m’a fait penser précisément à l’artwork du dernier album en date de The Wretched End (ex-Zyklon si l’on veut) intitulé In These Woods, From These Mountains (Indie Recordings, 2016) (chronique à retrouver ici). Pour rappel : The Wretched End étant le dernier groupe actif (mais plutôt discret et endormi actuellement) du guitariste norvégien Samoth, en parallèle d’Emperor. Autre remarque en lien avec Samoth d’Emperor (mais aussi Scum, ex-Zyklon B, Zyklon donc, etc.) : sur une photo live d’Adoperta sur Metal Archives, on te voit, G., jouer avec une guitare Jackson aux frettes aux dents de requin et avec un logo sur la table près de ton chevalet rappelant celui de Zyklon justement… Alors étant grand fan d’Emperor, Zyklon, etc. : ma question est, si tu te demandes où je veux en venir : Zyklon, The Wretched End et l’œuvre en général de Samoth, musicien surtout connu pour Emperor, sont-ils des influences chez toi dans ta musique avec Adoperta Tenebris car il y a ce côté Black/Death Metal froid, comme peut le jouer Samoth, et a pu le faire au cours de ses diverses collaborations artistiques (je pense aussi à Gorgoroth dans le passé où il a joué) ?

Bravo ! Tu as un sens de l’observation très aiguisé, je dois le reconnaître. Effectivement l’oeuvre de Samoth semble être un fil rouge de mon cheminement musical. J’ai commencé en prenant une claque avec Emperor lorsque je me suis intéressé au Black, puis une autre avec Zylkon quand j’ai plongé dans le Death quelques années plus tard, et encore une autre avec Scum dans une période un peu plus Rn’R. Et The Wretched End aussi, forcément. Si tu ajoutes à ça toutes ces apparitions dans des groupes essentiels (Gorgoroth, Satyricon…), tu vois que le mec sait ce qu’il fait. D’ailleurs, pour faire écho à une de tes précédentes questions, un des visuels « de travail » durant l’enregistrement de l’album, était une photo de porte en bois pourri que Samoth avait posté sur son compte Instagram. Bref, je m’arrête là, ça fait un peu trop fanboy (rires), alors que ce n’est pas le cas… Pour info, c’est bien le logo de Zyklon sur la gratte, là encore tu as vu juste, par contre c’est une Ibanez comme guitare électrique, pas une Jackson. (sourires)

S’il fallait donc résumer les influences d’Adoperta Tenebris, quelles seraient-elles ? Scandinaves pour la plupart, je dirai. J’y entends notamment (aussi) des sonorités Dark et Black un peu à la Marduk dans ses derniers albums, mais avec des influences lourdes, parfois proches du Death Metal. Qu’en dis-tu G. ?
Outre les grands classiques du Black (scandinaves ou non), il est vrai que j’aime beaucoup insérer des éléments d’autres styles ça et là. Et même des choses qui n’ont pas grand chose à foutre là… (rires) Je suis influencé par tellement de trucs qu’il ne me semble pas incohérent de mélanger Darkthrone avec Electric Wizard, Immolation avec Opeth, ou Primordial avec Amenra ; faire des tests, voir ce qui fonctionne ou non, et de mettre tout ce petit monde « à la sauce » Black Metal. Je crois qu’Adoperta Tenebris doit ressembler un peu à tout ça.

Sur Oblivion : The Forthcoming Ends, il y a pléthore d’invités je crois, et notamment un vrai batteur, ce n’est donc pas ici une boîte à rythmes comme bon nombre de projets solo actuellement sortant chez LADLO (Blur Thrower, Cepheide…) mais bel et bien une batterie acoustique interprétée par un certain Äaerzerath du groupe nantais de Death Metal Defenestration. Peux-tu m’en dire plus sur cette collaboration ? Puis le choix des autres invités (musiciens, chant) figurant sur Oblivion ?
Une fois la décision prise d’enregistrer avec un batteur, j’ai voulu me reposer sur quelqu’un de compétent et fiable. Connaissant Äaerzerath depuis quelques années, je savais qu’il était capable de jouer ce que je lui demandais et suffisamment « autonome » pour proposer des idées qui apporteraient de la cohésion aux morceaux. Il en a été de même avec les autres invités de l’album : des types qui apportent à cet album tout ce que je ne pouvais pas donner. Un recul et un regard extérieur qui apporte une densité viscérale à Oblivion : The Forthcoming Ends

Ton chant est terriblement caverneux et haineux à souhait. As-tu doublé, triplé, etc. les pistes de chant pour renforcer la voix en studio ? J’avais l’impression d’entendre par moment Legion, autrefois chanteur de Marduk (puis Devian) devenu tatoueur par la suite du côté de Norrköping en Suède, il me semble, depuis qu’il a raccroché après Devian…
N’ayant aucune technique et encore moins de talent à ce poste, je chante un peu comme je peux. Mes cordes vocales ne supporteraient pas de doublage ou triplage des pistes. Si ça te semble caverneux et haineux, alors tant mieux. Mais puisque tu parles de Marduk, je préfère de beaucoup le chant de Mortuus à vrai dire. Mes influences vocales sont plus proches en fait de Deathspell Omega, Funeral Mist ou Svart Crown.

Si la musique d’Adoperta Tenebris est violente et sombre, froide, on trouve cependant un certain groove apporté par des breaks puissants (ex. les titres lancinants puis qui se développent avec ce groove : « We Were Giants », ou « A Farewell To Hope »), grâce notamment à la batterie humaine je pense jouée par Äaerzerath. Pensais-tu à d’éventuelles performances live en groupe lors de l’écriture et composition pour ce rendu sonore très vivant et puissant ?
Paradoxalement, même si j’ai toujours considéré Adoperta Tenebris comme un projet solo, j’estime que les morceaux doivent être jouable en live, c’est ma manière de composer. Ça évite de partir dans des délires qui ne me ressembleraient pas, de multiplier les pistes, les effets, les samples, tout ça. Comme dit le poète : « le Black Metal, c’est pas la kermesse », alors, inconsciemment peut-être, certains passages peuvent sembler taillés pour la scène. Un exhibitionnisme refoulé, qui sait…

La prod’ sonore y fait pour beaucoup aussi dans l’impact des nouvelles chansons. D’ailleurs c’est très (trop ?) propre et massif. Ce second album Oblivion : The Forthcoming Ends a été enregistré, sonorisé, produit et mixé par un certain Nerik au Darkened Studio, à ne pas confondre avec le « Endarker Studio » de Magnus « Devo » Anderson en Suède, l’ex-bassiste de Marduk(sourires) Peux-tu m’en dire davantage sur le processus d’enregistrement dans ce studio ? C’est la première fois que tu y enregistrais, G. ?
Des compositions mélodiques et techniques impliquent forcément un son « propre ». Même si j’aime beaucoup les productions étouffées et denses, je me voyais mal appliquer ce type de son aux morceaux d’Oblivion. Il fallait quelque chose de simple, efficace et direct. Bosser avec Nerik au Darkened Studio, c’est un peu comme bosser chez soi : pas de pression, pas de prise de tête. Puisqu’il a fallu gérer les différentes périodes de confinement ou de restrictions de circulation pour les sessions d’enregistrement, il était essentiel d’enregistrer avec quelqu’un qui sait travailler vite, bien et qui comprend rapidement ce que tu souhaites.

Au niveau des guitares, pour les guitaristes amateurs parmi nous : comment es-tu accordé et quel est ton équipement en gros si ce n’est pas trop te demander ni top secret ? Quel(s) type(s) de matériels utilises-tu sur Oblivion ? (micros guitares, amplis, et effets de distorsion ainsi que ton accordage de guitare et modèles de guitares…)
N’étant pas tellement guitar geek, mon équipement est assez basique. J’ai une LTD Eclipse 1000 et une Gibson Les Paul Studio branchées sur une Engl Screamer 50. Pour l’enregistrement, je me suis dégoté une Orange Rocker 15 Terror. Et je crois me souvenir que Nerik a branché tout ce p’tit monde sur un 4 x 12 d’Engl. Voilà. Outre un accordeur et une pédale Wah Wah dont je me sers peu, pas grand chose à se mettre sous le pied. Tous les morceaux sont joués en accordage un demi-ton, soit en Mi bémol : « comme Slayer ». (sourires).

Sur le morceau #5 « Utter Manifest », on entend un sample d’une voix masculine. On aurait dit George W. Bush, un peu comme Ministry l’avait fait sous forme de pamphlet anti-Bush et maintenant Trump dans un autre genre musical, industriel celui-ci. De qui s’agit-il précisément si je me trompe et quelle est le sujet de cette chanson signifiant en français « Manifeste total » au juste stp ?
Ce sample est extrait du film La planète des Singes de 1968. Même si Hollywood a pas mal dénaturé les propos de l’œuvre originale de Pierre Boule, j’ai trouvé que cet extrait énonçait justement la nature auto-destructrice de l’espèce dominante, le côté cyclique de toute civilisation, chacune étant vouée à s’effondrer… J’en reviens ainsi au « thème » principal de l’album. L’oubli est l’origine, le berceau de tout déclin, comme un memento mori que personne ne veut entendre. Pour la petite histoire, j’ai piqué ce sample à Remorse qui l’avait utilisé en VF en clôture de leur géniale démo Grind Cutter de 2003.

Enfin, avant de conclure, que souhaiterais-tu ajouter à propos de ce nouvel album Oblivion : The Forthcoming Ends pour les lecteurs de Metal Obs et ceux qui parfois peuvent être réticents à l’idée d’écouter du Black Metal, français qui plus est, genre qui n’est plus aussi à la mode de nos jours qu’au milieu des années 90 ?
Il ne faut jamais laisser quiconque vous dire quoi penser, quoi lire, quoi écouter. Il faut avoir un minimum de curiosité et d’ouverture d’esprit pour écouter ce style et suffisamment de sens critique pour savoir si on en écoute pour les bonnes raisons. La connaissance naît rarement de la paresse.

Enfin, quels sont les projets d’Adoperta Tenebris pour fin 2021 et 2022 ? Y’at-il des projets de concerts, même limités et à petite échelle, comme Cepheide, ou Borgne par exemple qui en font aussi tout en demeurant des groupes créatifs essentiellement en studio, ou bien à l’instar de Darkthrone de nos jours : Adoperta Tenebris reste exclusivement un groupe de studio désormais ?
Il ne faut jamais dire jamais, mais il me semble très peu probable qu’Adoperta Tenebris se produise sur scène un jour. La composition du troisième album avance. À son rythme…

Merci beaucoup pour tes réponses. Prends soin de toi en ces temps difficiles pour la musique, et bonne chance avec ce nouvel album très dark et contagieux. Bravo ! Cocorico !
Merci pour ta chronique, pour ton soutien et l’intérêt que tu portes au projet.

CHRONIQUE ALBUM

ADOPERTA TENEBRIS
Oblivion : The Forthcoming Ends
Black/Dark Metal
Les Acteurs de l’Ombre Productions

C’est sur une intro lourde et lancinante que s’ouvre lentement mais sûrement ce second album d’Adoperta Tenebris, obscur one man band originaire des Pays de la Loire. Lentement tout d’abord, car ce premier long morceau, nommé « We Were Giants », d’une durée tout de même, démarre vraiment sur un rythme lent et écrasant, presque hypnotique. D’influence essentiellement Black Metal scandinave, on est parfois plus proche d’un Black Doom suicidaire à ce stade, un peu comme le faisaient fort bien jadis les regrettés italiens de Cultus Sanguine avant leur disparition, ou leurs compatriotes de Forgotten Tomb avant leur mutation. Attention cependant, il faut attendre les 3’30 mn pour que les choses s’énervent sérieusement après un break intéressant, car la présence d’un vrai batteur de session studio (en la présence de Äzh (Natremia, Defenestration, Lunar Tombfield) s’avère ici une réelle plus-value (et non d’une programmation sur boîte à rythmes comme bon nombre de one man bands dernièrement, pour des raisons pratiques évidentes car sur ordinateur, on peut tout faire de nos jours !). Sûrement aussi car Adoperta Tenebris n’en est pas à son premier coup d’essai, et avait déjà sorti l’auto-produit Perdition: The Path of Agonies en 2017. Mais avec cette nouvelle signature avec le label nantais LADLO, nul doute que l’on possède là un gage d’assurance qualité.

Très vite, les choses évoluent sur Oblivion, grâce à l’apport de parties rythmées, des blasts beats à bon escient, mais pas que. Le black metal d’Adoperta Tenebris est viscéral, et presque groovy pourrait-on dire, ces rythmiques apportant une réelle dynamique à chaque composition. Quand on pourrait croire que la monotonie va s’installer, propice au genre musical, une cassure survient, et les choses s’intensifient soudainement. Les riffs de guitares de son maître d’œuvre G. se complexifient, toujours très travaillés avec une recherche de mélodies intenses et prenantes. Ces mêmes mélodies sont alors appuyées par des rythmiques vivantes (« Vultures over the Mass Grave » flirtant presque avec Dissection, ou le premier single « In Our Mazes » extrait de l’album) et des soli de guitares lumineux (« A Farewell to Hope »).

On note aussi des influences palpables Death Metal qui boostent littéralement les sept péchés musicaux que compte Oblivion : The Forthcoming Ends. L’ensemble sonne par conséquent massif et puissant (l’album a été enregistré, mixé et masterisé par Nerik au Darkened Studio), et pas simplement dépressif et sans âme. De plus, il y a une réelle vélocité chez les deux principaux musiciens qui laissent présager plein de bonnes choses à l’avenir chez Adoperta Tenebris. Peut-être justement est-ce lié à la présence du batteur Äzh, aussi nommé « Äaerzerath » dans son groupe de Death Metal Defenestration…

Mais le principal compositeur et surtout interprète, c’est-à-dire l’homme à tout faire (sauf la batterie donc) est un certain G. Ce mystérieux artiste nous emmène ainsi peu à peu dans son monde froid et mélancolique, sans lumière, ou alors très peu. Le superbe artwork signé Dina Christophersen n’y est certainement pas étranger d’ailleurs, avec ses montagnes et forêts nordiques embrumées qui posent déjà l’ambiance pour cet hiver…

Sur Oblivion, G. a su s’entourer, il n’y a qu’à voir la liste des invités ci-dessous qui apportent chacun leur pierre à l’édifice tout en conservant l’homogénéité du projet. Ce second opus se révèle extrêmement bien ficelé mais il requiert une certaine attention de l’auditeur pour en percevoir dans la brume toutes les subtilités et richesses artistiques. [Seigneur Fred]

Publicité

Publicité