BLUT AUS NORD : Ethereal Horizons

Ethereal Horizons - BLUT AUS NORD
BLUT AUS NORD
Ethereal Horizons
Black/dark metal atmosphérique
Debemur Morti Productions

Nous pourrions nous dire que la chronique d’un nouvel album de ce groupe majeur sur la scène black metal depuis trente ans, et pourtant discret, sera toujours ardue… Avec pas moins de quatorze albums et dix EP’s, du fondateur glacial Ultima Thulé (1995) au charnel Disharmonium, en passant par les périodes épiques de la saga Memoria Vetusta ou ceux nihilistes/minimalistes à la M.o.r.t., l’œuvre peut sembler écrasante…

Mais tout ce parcours nous semble disposait d’un lien, d’une constante : l’énergie de Blut aus Nord se diffuse entre terre et ciel, faisant voir la terre depuis son plus petit grain, vers bien au-delà du ciel, dans l’univers profond, l’inconnu, l’infini grand. La musique du mystérieux groupe français semble elle-même organique, vivante…, s’exprimer par elle-même, comme un flux, avec toutes les palettes de l’émotion (plus ou moins agréables…). Bon, dirigeons-nous maintenant sur ce millésime 2025 : Ethereal Horizons

Sans faire véritablement une revue « track by track », plongeons-nous corps et âme dans ces horizons éthérés… Dès le premier titre, « Shadow Breath First » (7’15), le décor (spatial) est posé : la courte intro, les riffs black rouleaux compresseurs couplés aux harmoniques aériennes, le chant black profond, les refrains au chant clair, le pont mystérieux et travaillé à mi-morceau avec les chœurs païens, et un final en chevauchée épique à la Ultima Thulé ou Memoria Vetusta. Il n’en faudrait pas beaucoup des titres, de ce calibre-là, pour justifier direct l’achat d’un tel album ! De l’essence Memoria Vetusta, ce nouvel opus en conserve une atmosphère située invariablement entre passé païen et avenir futuriste. Une musique finalement incarnée et charnelle reliée à l’Univers comme si des liens ancestraux « brisés » (par la rationalité ?) des hommes le jour, se recréaient la nuit, des ondes multicolores reliant de nouveau la terre et le ciel dans l’immensité intemporelle ! Les esprits reviennent alors habiter l’inanimé : les arbres, les ruisseaux, le vent, les montagnes…, les étoiles, la Lune… jusqu’au lendemain. Le black metal atmosphérique et expérimental de Blut aus Nord nous paraît alors recréer à chaque publication des liens ancestraux éternellement renouvelés.

Pour faire court, on va trouver dans Ethereal Horizons du blast tellurique (pour la terre), pour le ciel des riffs longs en élévations planantes, prenantes, hypnotiques, et des suspensions atmosphériques, avec un doux parfum new wave ou plutôt cold ou dark wave (respects à Joy Division et les premiers The Cure, comme sur « Shadows Breathe First »), notamment dans le chant clair (eh oui, pour ceux que ça pourrait surprendre ici !), mais une colère vocale grondante, signe d’orages, et enfin des chœurs païens lénifiants… Mention pour ce qui concerne le chant clair sur le magnifique single « The Ordeal », troisième plage. Quel souffle ! Du black metal, certes, bien armé, mais aussi un metal pour déconnecter son cerveau, en écoute le soir, dans l’obscurité, bien installé dans les coussins moelleux…, avec l’étrange sensation de voir au cinéma le corpus du film Avatar, dans sa photographie, ses effets… sans le scénario. Entre science-fiction spatiale outrepassant la perception, et magie païenne ancestrale dépassant la compréhension, le savoir…

Pas tous les jours que ce type d’album vous arrive entre les mains, et surtout les oreilles, afin d’être chroniqué. Voici une petite outro pouvant aider aussi à comprendre ce magnifique disque, et décoder au passage quelques autres de Blut aus Nord : « Spéciale dédicace à une femme, assise à côté, dans une voiture arrêtée sur un col solitaire, dans les montagnes plongées dans le crépuscule… au son de Dialogue With the Stars (Memoria Vetusta 2), et dont le bleu regard observant la voûte étoilée se perle de semblables petites lumières. En écoute, en osmose avec les éléments, ensemble… ». Alors, au regard de l’immense discographie du groupe, comment peut-on évaluer cet opus une nouvelle fois avant-gardiste ? Sur quel point de comparaison à l’intérieur de l’œuvre du groupe ? Par rapport à Memoria Vetusta 2 : Dialogue with the Stars ; ou Memoria Vetusta 3 : Saturnian Poetry, avec lesquels on pourrait voir notamment une filiation ? Ou bien en faisant fi du passé et de son œuvre globale, en se situant hors du temps, nu, sans référence ? Dans tous les cas, en pénétrant dans le palais, si l’on visualise le trône du black metal atmosphérique, en France, et ailleurs, Blut aus Nord a assurément au moins gravi quelques marches vers l’éternité et la magnificence tant son art est si singulier et riche en émotions. [Morbidou, avec la complicité de Seigneur Fred]

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