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CLEAVER
La rage au ventre

Après les Parisiens d’Anna Sage et leur excellent première galette éponyme, voici venu un autre combo français intéressant aux influences punk/hardcore modernes tout aussi percutantes matinées d’un metal sauvage et sombre très personnel : Cleaver. Originaire de Comercy dans la Meuse (55), pas facile pourtant de percer sur la scène du Grand Est. Mais c’est mal connaître la détermination et la rage de ses trois membres qui accouchent d’un prermier album fracassant qui laissera des traces, c’est certain. Rencontre avec son jeune batteur qui, derrière ses futs, risque sérieusement de relancer la mode du headbanging façon hélicoptère… [Entretien réalisé avec Léo-Paul Garelli (batterie) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Cleaver est né sous forme de duo puis très vite de trio en 2018 du côté de la Meuse (55). Généralement, un groupe qui évolue sous forme de trio dégage une énergie palpable et singulière dans le rock, et c’est ce que j’ai de suite constaté à la vue de votre premier vidéo clip « Sunset » extrait de votre premier album No More Must Crawl. D’après toi, quels sont les principaux atouts mais aussi inconvénients d’être un trio ? (sourires)
Comme tu dis, être un trio contribue à créer une musique énergique, quelque chose d’intense et de singulier à cette formation. Ça nous convient aussi très bien vis-à-vis de la communication au sein du groupe, on n’a pas peur de se dire les choses pour avancer en essayant de toujours faire mieux. Et puis, on peut aussi dire qu’au niveau de la logistique, être seulement trois simplifie énormément les choses, que ça soit lors des concerts, le transport du matériel, la place… En revanche, le fait de ne pas avoir de front man peut être compliqué en live, notamment pour s’emparer de la scène et aller chercher le public. Ça peut peut-être être perçu comme un inconvénient, mais pour nous pas vraiment, ça nous oblige à nous déchirer à chaque concert pour transmettre le plus d’émotion au public, c’est un mal pour un bien.

Comment vous, les frères Garelli, avez-vous recruté et intégré le troisième élément qu’est Franck Fortina au chant/basse au départ ? Aviez-vous d’emblée les mêmes influences et la même vision des choses artistiquement parlant au sein de Cleaver ?
On commençait à écrire des morceaux mon frère et moi, sans forcément avoir l’objectif de fonder un groupe. Ensuite, les évènements dans nos vies personnelles nous ont fait rencontrer Franck. Le courant est très vite passé, on était rassemblé par notre passion pour la musique. Franck avait déjà une certaine expérience dans ce domaine, on a décidé un jour de faire une répète avec lui au chant, et ça a très bien fonctionné. On s’est poussé mutuellement, convainquant Franck à prendre la basse et Mathis à chanter. Ce fut la naissance de Cleaver. On a tout de suite été sur la même longueur d’onde artistiquement parlant, et on avait tous les trois les mêmes objectifs pour notre groupe.

Cleaver est déjà le nom de deux groupes de metal européen (un norvégien de death/thrash et un autre italien plutôt orient death/black), mais aussi le dernier album studio en date des Irlandais de Therapy?. Pourquoi avoir alors choisi ce nom ?
Notre musique est très personnelle et parle très souvent de notre famille et des moments difficiles dont on peut faire face, elle contribue pour nous à faire sortir nos démons. On a trouvé le nom Cleaver de cette manière, en pensant à une anecdote de notre famille, c’est Mathis qui y a pensé pour être plus exact, et ce nom nous a tout de suite plu.

Quel est le concept ou le projet artistique de Cleaver exprimé à travers votre musique ? A l’écoute de No More Must Crawl, on ressent comme un magma de violence et de noirceur prêt à s’exprimer à la face du monde dans un melting-pot d’influences…
Notre musique est pour nous quelque chose de très personnelle, elle fait effet de thérapie en quelque sorte. Elle nous permet de nous dépasser à chaque fois davantage et de faire sortir au grand jour notre tristesse et nos angoisses. Dans la vie on peut paraitre posé et pudique, mais quand on joue nos musiques, c’est comme si on se dévoilait vraiment au grand jour, c’est une libération. On a essayé de transmettre toutes ces émotions de la plus honnête des manières dans notre premier album No More Must Crawl. C’est comme un chagrin, pesant et oppressant, mais qui permet de nous sentir mieux.

Selon vous, quelles sont vos principales influences musicales au sein du groupe ? Pêle-mêle, j’aurai tendance à citer des formations de punk/hardcore moderne comme The Dillinger Escape Plan (The DEP pour les intimes), Converge, Code Orange, du hardcore, mais pas que peut-être car il y a comme des influences aussi crust/grindcore, mais aussi free jazz à la batterie je trouve parfois (en plus violent, bien sûr)… Es-tu d’accord avec cela ?
Effectivement, on s’inspire énormément des codes du punk hardcore américain, avec des groupes notables tels que Code Orange, Full Of Hell, Nails ou encore Converge. On est de très grands fans du travail de Kurt Ballou et de tous les albums qu’il produit. Parallèlement à ça, on est également influencé par l’intensité que peuvent dégager des groupes comme Neurosis, Amenra, Type O Negative mais aussi Mastodon. On s’inspire aussi d’une certaine manière d’autres styles, tels que la folk avec Neil Young, la new wave, avec The Cure, ou encore effectivement du jazz à la batterie, comme tu l’as souligné, notamment d’Elvin Jones si nous devions en citer qu’un. Toutes ces influences se mélangent dans notre esprit pour créer quelque chose d’agressif et d’oppressant, toujours à notre image.

Comment a été composé ce premier album ? Assez rapidement ou bien lentement, en prenant votre temps à la maison durant ces deux dernières années paralysées par l’épidémie de covid-19 comme bon nombre d’artistes ne pouvant jouer live ?
Notre album a été composé assez lentement, on y travaille vraiment depuis 2019-2020 en fair. Notre processus de création est assez lent, on est plutôt perfectionniste et on se casse vraiment la tête pour rendre les musiques les plus efficaces possibles. Le confinement nous quand même assez aidé à nous recentrer sur nous afin de créer notre musique.

Quant à l’enregistrement, s’est-il fait de manière rapide et direct, avec peu de prises, en studio en France avant de confier le mixage au bassiste/producteur Tim De Gieter (connu pour son travail avec Amenra) en Belgique. Comment ça s’est passé avec lui d’ailleurs car votre musique a dû quelque peu le réveiller en studio par rapport à ce qu’il joue habituellement avec Amenra, leur dernier album De doorn étant assez atmosphérique… ? (rires)
De même pour l’enregistrement. Les prises de son ont duré environ une semaine mis bout à bout, mais étalé sur un ou deux mois. On a pu vraiment créer le meilleur rendu de telle sorte à ce que les musiques soient le plus fidèle à notre représentation intérieure. Ça s’est hyper bien passé avec Tim. C’est sûr que la musique d’Amenra est très atmosphérique mais elle reste extrêmement intense, elle transmet une énergie entrainante, et on peut dire que De doorn a un très gros son. C’est pourquoi on a tout de suite fait confiance à Tim, sa vision artistique a rendu notre musique encore plus énorme et massive, on ne peut que le remercier. De plus, c’est lui-même un très grand fan de Nails, la brutalité ça le connait.

Mais pourquoi avoir confié le mastering à l’Américain Brad Boatright (From Ashes Rise, The Cooter) et non pas à un Français ou un Belge plus près de chez vous/nous comme Alain Douches ou Francis Caste par exemple ?
On voulait un son américain, on connaissait Brad Boatright grâce à son travail sur les derniers albums de Full Of Hell qu’on trouve énorme. On a donc pensé que ça serait hyper intéressant qu’il s’occupe du master.

No More Must Crawl signifie littéralement : « Plus Besoin de Ramper ». Le dernier titre de l’album n’est pas « Death » mais s’appelle « Grief », autrement dit chagrin ou douleur, dans le sens moral ce qui revient au même en fin de compte… S’agit-il d’un album conceptuel autobiographique autour de la douleur, la maladie, et la mort que vous avez peut-être connu dans votre entourage proche en fait ?
Oui exactement, comme on l’a dit précédemment, notre musique agit comme une thérapie pour nous, en faisant sortir ce qu’il y a de plus sombre en nous. Notre album No More Must Crawl est dans la même veine, on évoque à travers lui une épreuve personnelle qu’on a vécue, qui est la perte d’un proche à cause d’un cancer. Cet album est donc une description de ce qu’on a vécu et de ce que constitue le cycle de la maladie. On y évoque les idées du malade au fil du déclin, le rapport avec les proches dans ce type de situation, l’espoir qui peut naître d’un progrès, mais qui est finalement vain, malgré le combat et la volonté. No More Must Crawl est une autobiographie de notre noirceur intérieure.

Votre premier single paru avant cet album s’appelait « Desperate » et figure sur le track-listing de No More Must Crawl, mais pas votre deuxième « Ghost of Us », pourquoi ne pas l’avoir rajouté afin de faire découvrir votre travail et bénéficier d’une mise à jour avec cette sortie chez Klonosphère ?
« Desperate » est la toute première chanson qu’on a écrite. En la réécoutant, on a tout de suite pensé qu’elle aurait sa place dans l’album, grâce à sa violence et à sa continuité avec notre ressenti artistique. En revanche, « Ghost of Us » ne nous a pas fait le même effet, on a jugé qu’elle n’aurait pas eu sa place au sein de la tracklist de l’album. On a préféré la qualité à la quantité, de telle sorte à ce que le disque soit le mieux ficelé possible, et qu’il ne parte pas dans tous les sens artistiquement.

Côté concert, à quoi doit-on s’attendre quand on va voir Cleaver live ?
En concert, notre musique est un bain d’agressivité et de brutalité sans artifice. On se met à nu, et on se défonce en live pour que le public ressente ce que nous on ressent lorsqu’on joue nos morceaux.

Vous avez déjà joué avec Lofofora ou Crowbar par exemple. Lofo devait se produrie au festival The Outbreak mais leur show fut annulé le 25/03/2022 à Blois (41) pour cause de cas de covid-19 au sein du groupe, les concerts du lendemain ayant été maintenus cependant avec Loudblast, Gorod, Déluge, et Point Mort. Êtes-vous toujours en contact avec Reuno et sa bande, et peut-être Kirk Windstein ? D’ailleurs avez-vous écoutez le dernier album de Crowbar récemment interviewé et présenté dans Metal Obs d’ailleurs ?
Oui, c’est exact, on avait eu l’honneur de jouer avec Crowbar le 23 juin 2019, depuis leur album est sorti, du bon gros son comme ils savent faire avec des riffs très cools. Pour ce qui est de Lofofora, on a eu l’honneur de nous produire sur scène en leur compagnie la dernière soirée avant le premier confinement. On avait d’ailleurs énormément discuté avec Reuno et toute l’équipe, on en garde un souvenir incroyable. On avait échangé quelques messages avec eux après le concert, on espère les recroiser sur scène au plus vite !

Enfin, pour conclure, quels sont vos projets de concerts et festivals cette année ? Peut-on espérer vous voir dans le coin ?
On a pour projet d’organiser une tournée en France pour promouvoir notre album, on espère vous croiser sur scène ! N’hésitez pas à nous suivre sur les réseaux, et à regarder nos actus. Merci beaucoup !

CHRONIQUE ALBUM

CLEAVER
No More Must Crawl
Punk/hardcore/metal
Klonosphère

Mais pourquoi tant de haine ? Ce premier album des Meusiens de Cleaver fait tout simplement office de véritable bombe en pleine tronche, comme si l’on en avait pas assez de violences et de troubles à l’heure actuelle dans notre monde de brutes… Véritable catharsis artistique pour ces trois membres après avoir connu la perte d’un proche et vécu les différentes étapes de la maladie (le choc initial ; le déni ; la révolte ; négociation / réflexion ; acceptation), No More Must Crawl exprime ici des sentiments très personnel de ses frères Léo-Paul et Mathis Garelli, à l’instar de ce qu’avait pu faire notre ami guitariste Greg Mackintosh avec son side-project Vallenfyre (devenu par la suite Strigoï) pour faire le deuil de son paternel. Autre point commun avec ce dernier sans pour autant faire d’amalgame, leurs influences punk et metal. Ainsi le grindcore et le crustcore renforcent tout du long cette sauvagerie exprimée à fleur de peau par les frères Garelli et Franck Fortina qui les a rejoints rapidement à la basse et au chant après leur drame familial. Cependant, Cleaver évolue dans un registre foncièrement punk/hardcore résolument moderne qui ravira les fans de Code Orange, Converge, Nails, voire The Dillinger Escape Plan. Frontal, électrique, nerveux, noisy, leur premier single single « Sunset » résume formidablement les atouts du jeune trio français qui fait parler la poudre avec émotions et breaks dévastateurs. Leur musique de Cleaver est aussi, et en surprendra plus d’un, comme un riff à la old Mastodon (« Grief ») ou Gojira par ci (la chanson-titre « No More Must Crawl »), ou bien encore un passage industriel (« Light On »). Toutes ces touches et influences déjà savamment digérées font donc toute la fraîcheur et l’intérêt de No More Must Crawl. Si l’impression de spontanéité et rage au ventre prédomine, son batteur nous confiera toutefois l’attention et le travail porté avec détail sur ce premier long enregistrement où rien n’a été finalement laissé au hasard, la production sonore signée Tim De Gieter (Amenra) n’y étant pas étrangère. L’artiste belge a dû déceler leur talent en misant sur ce jeune poulain français. Cleaver délivre un premier album vraiment prometteur qui ne demande qu’à prendre vie sur scène et s’exprimer live, tant leur punk/hardcore est brutal et poignant, sombre et cinglant, mais aussi très personnel. N’hésitez pas alors à les voir en concert près de chez vous car ils devraient enflammer les pits des clubs cette année dans l’Hexagone très bientôt. [Seigneur Fred]