DAMAGE DONE : Pas si étranger que ça…

Originaire de Nantes, Damage Done est un nouveau venu dans le paysage rock français, avec déjà une identité musicale qui lui est est propre et que l’on pourrait qualifier d’« acoustic progressive rock » navigant entre le grunge, la folk acoustique et le rock alternatif avec une atmosphère unique… [Entretien avec Romaric Lamare (guitare/chant) et Florian Saulnier (guitare) par Pascal Beaumont/Laurent Machabanski – Photos : DR]


La formation Damage Done est très récente comment tout a débuté finalement ?
Romaric : Je suis chanteur, lead et guitare rythmique dans Damage Done. Avec Florian, on a commencé le groupe tous les deux. Cela remonte un petit peu mine de rien, on s’était rencontré en 2023 si je ne me trompe pas et on allait dans un pub à Nantes pour faire des sessions acoustiques ou des musiciens se réunissaient et le feeling passait bien. J’avais dans l’idée de monter un combo acoustique, cela faisait un moment que je voulais le faire en plus de ma formation metal (Ndlr : Malkavian) dans lequel je ne chante pas de cette manière-là. J’ai pensé à Flo et ça s’est super bien passé.

Vous avez donné un concert le 26 mai 2024 avec Klone au Ferrailleur à Nantes (44), l’un de vos fiefs. Comment s’est passé ce concert et quels souvenirs en gardez vous ?
Florian : Au niveau des concerts avec Klone, cela fait trois fois que l’on joue avec eux. Ce sont des gens avec qui on a l’habitude de jouer un petit peu on va dire, en ce qui concerne le Ferrailleur cela doit faire trois ou quatre fois aussi. C’est toujours plaisant de jouer là-bas et le plateau colle plutôt bien parce que Klone a fait des concerts complétement acoustiques. Nous on est un groupe qui évolue avec des guitares acoustiques aussi finalement sur les lives qui passent en acoustique ou en électriques qui passent plutôt bien. C’est toujours plaisant d’ouvrir pour eux.

Vous êtes une toute nouvelle formation originaire de Nantes et vous nous proposez Stranger Skies votre tout premier opus comment s’est déroulé la conception et l’élaboration des morceaux, j’imagine que ça a été un long travail ?
Florian : C’est vrai c’est un travail de longue haleine, en fait comme je te l’ai dit au début on était plus sur des reprises, on s’est mis à composer. Cela a mis un certain temps pour les premières compositions puis après cela s’est accéléré. C’est pas mal de boulot, on a composé plein de petits bouts de chansons, des petits morceaux et finalement pour les morceaux complets il y en a juste deux ou trois qui n’ont pas trouvé leur place sur l’album. Après il y a un travail d’arrangement, on a peaufiné les morceaux et le travail de production mine de rien a pris un certain temps pour apporter des morceaux qui soient vraiment matures.

Stranger Skies a été enregistré et mixé et masterisé au Spearhead Sounds Studio à Nantes par Korentin Mens. Comment avez-vous vécu cette première expérience studio ?
Romaric : Pour le studio cela a été fait en plusieurs fois, on a enregistré l’opus sur trois ou quatre mois si je ne dis pas de bêtise. On a eu d’abord les prises batteries, la basse et puis les guitares qui se sont rajoutées ensuite. Cela a été vraiment très long ce qui nous a permis de réarranger en cours de route et de modifier quelques trucs avant le passage des guitares qui étaient le plus long.
Florian : C’est très exigeant la guitare acoustique parce que le moindre couac s’entend très facilement. Il y a eu d’innombrables prises pour que ce soient le plus propre possible, c’est quelque chose qu’il faut vraiment travailler et s’appliquer on va dire avant les prises, sinon il n’y a pas vraiment eu de morceaux qui ont posé plus de problèmes que d’autres. Enfin vous l’entendrez tous sur l’album. Ce n’est pas méchamment technique du tout, il y a quelques passages au bottle neck qui sont plus compliqués à jouer plus proprement que d’autres quand on est en studio.

Aviez-vous un son en tête en entrant en studio on sait que c’est très important notamment au niveau du premier opus qui détermine un peu l’identité sonore d’une formation ?
Florian : Je crois que l’on voulait quelque chose d’assez naturel et organique tout en gardant quand même une touche moderne. Je ne sais pas Rico si tu as d’autres idées là-dessus mais je crois que c’est l’idée globale qu’on avait à la base, quelque chose de naturel que l’on voulait garder.
Romaric : L’idée c’était vraiment de garder ce côté naturel et d’arriver à trouver un son qui soit à la fois moderne mais en même temps intimiste, chaleureux mais qui ne parte pas non plus dans un son country ou trop folk des années 1970’s. On voulait vraiment trouver le lien entre toutes ces influences dans le son.

On vous décrit souvent comme un combo de genre : « acoustic progressive rock », et c’est vrai que la guitare acoustique revêt une part importante dans votre musique. Alors d’où vient cette envie de mettre en avant l’acoustique ?
Florian : C’est une appétence particulière pour la guitare acoustique aussi. Cela fait depuis mes six ans que j’en joue, chose qui me tient énormément à cœur et je ne pense pas reprendre l’électrique un jour. C’est quelque chose qui me parle plus qu’autre chose.
Romaric : Moi de mon côté, c’était parce que du coup initialement j’ai commencé en chantant dans un registre plus rock que grunge on va dire. Après je me suis mis à faire du metal et j’ai joué exclusivement ce style pendant des années. En fait c’était que de la voix saturée pratiquement et à un moment donné j’ai eu envie de revenir au source et de pouvoir retrouver et explorer une autre facette. Moi perso c’est ce qui m’a motivé, la guitare acoustique j’en fais depuis que je suis ado. Comme Flo c’est quelque chose qui me parle beaucoup.

On vous définit entre un croisement entre Alice in Chains, Klone et Porcupine Tree. Est-ce que vous vous reconnaissez dans ces références ?
Romaric : Pour Alice In Chains, oui c’est sûr ! C’est un groupe qui nous a vraiment influencé ne serait-ce que même avec le travail sur les harmonies vocales aussi qui est une marque de ce combo. Je pense qu’on peut difficilement le renier et on est très content si ça se ressent un petit peu mais après il faut que ce soit digérer. Klone c’est pareil, c’est un groupe que l’on a beaucoup écouté pour les avoir côtoyés plusieurs fois et de les apprécier aussi en tant que personne, donc c’est un plaisir. Porcupine Tree je sais que j’en écoute moins. Flo c’est l’une de de ces influences, je ne suis pas trop étonné non plus.
Florian : Complètement d’accord avec ce que dit Rico je crois que l’on se rejoint sur l’amour d’Alice in Chains aussi qui fait partie intégrante des aspirations. Concernant Porcupine Tree c’est quelque chose que je développe peu à peu. C’est pareil, c’est très progressif, touche que l’on devrait ressentir sur le CD mais je pense aussi beaucoup plus sur les prochains.

« Into The Storm » est le premier titre extrait de cet opus c’est une chanson importante à vos yeux ?
Florian : Celui-ci n’a pas été clippé, c’est le prochain qui va l’être “Abyss“ qui sortira en mars un peu avant l’album, on annoncera la date bientôt. “Into The Storm“ est un morceau qui permet d’introduire un peu l’opus en réunissant différentes facettes qui est surtout l’accessibilité du morceau. Il y a deux facettes sur l’album, l’une un peu plus grunge et l’autre facette un peu plus rock justement.

Vous avez signé avec Klonosphere un excellent label qui fait beaucoup pour les groupes français c’était une évidence pour vous ?
Romaric : J’avais échangé avec Guillaume à ce sujet-là. Cela s’est fait naturellement. Guillaume nous a croisé pas mal de fois et on se connait par notre autre combo. Il a bien aimé l’album. Il a été chaud pour travailler avec nous. Nous nous étions très chaud pour travailler avec eux aussi.

La pochette représente la photo d’une falaise typique de la Normandie je crois que c’est toi Romaric qui a pris ce cliché ?
Romaric : Oui c’est moi qui ai pris la photo, il y avait beaucoup de vent ce jour-là, mais pour te dire les secrets de la photo, cela a été pris dans un lieu qui est très connu. Sur la falaise d’Étretat, en haute Normandie, je suis de la région à la base et cette photo a pas mal de symboliques ; elle reflète bien le titre Stranger Skies, un peu d’inconnu et à la fois en fait c’est tout l’album qui reflète une espèce de mélange entre un combat, un peu de déracinement d’une part et plein d’expériences que l’on peut avoir dans la vie. Aussi l’espoir et aussi s’aventurer dans des territoires inconnus. Tout cela collait très bien à cette photo. Je n’ai pas pris cette photo pour le disque cependant elle collait parfaitement à l’ambiance de l’album et encore plus au titre Stranger Skies.

Il y a un côté grunge dans votre musique mais c’est aussi très ambiancé c’est-aussi cela que vous avez envie de transmettre ce genre d’atmosphère ?
Florian : Oui c’est une certitude quand on écoute l’album il y a une grosse part de mélancolie qui s’en dégage tout de même. Ce n’est pas un album qui est hyper joyeux, c’est le moins que l’on puisse dire mais c’est ce que l’on voulait faire et cela retranscrit quelque passage de nos vies aussi. C’est la mélancolie quelquefois la torture, le mental, l’errance et l’espoir aussi. Ce sont tous ces thèmes que l’on a essayé de retranscrire aussi en musique.

Est-ce que vous essayez aussi de le retranscrire à travers les textes ?
Romaric : Tout à fait. On parlait de ce qui nous avait donné envie de faire ce projet, c’est aussi le moyen de s’exprimer de manière pas forcément personnel directement car ce n’est pas non plus un journal intime mais ça permet d’exprimer des émotions, des sentiments, des mal êtres des espoirs qu’on a pu ressentir à des moments de nos vies et qui permettent d’insuffler dans la musique quelque chose de plus sincère en tout cas et de plus habité. C’est ce que l’on veut transcrire également.

Sur sept morceaux dont tu as écrit tous les textes est ce qu’il y en a un plus important à tes yeux, qui résonne plus en toi ?
Romaric : Personnellement dans tous les morceaux qui figurent sur l’album même si je les ai tous écrits ils viennent tous de quelque chose que j’ai vécu ou ressenti. Cela reste un peu métaphorique, après le réel sens je le garde aussi pour moi. Celui dont je me sens le plus proche aujourd’hui sera le dernier morceau “A Place To Call My Own“ qui est le plus proche de ce j’ai pu expérimenter. Fait récemment et le plus vibrant quand je le joue.

A travers ta manière de chanter il y a beaucoup d’émotions et de nostalgies qui se dégage, une forme de tristesse, c’est ce que tu tentes de transmettre ?
Romaric : Complètement. Personnellement je fais de la musique pour transmettre des émotions. Après l’idée n’est pas de forcer le trait, c’est un résultat qui est important si j’ai pu transmettre de l’émotion, c’est la chose la plus importante.

Stranger Skies est un titre un peu étrange qui colle parfaitement à la pochette je suppose qu’il y a une thématique derrière ?
Romaric : C’est un ciel étranger, ce sont des cieux étrangers, l’inconnu le déracinement et en même temps l’espoir comme je te le disais. C’est un peu les deux. C’est la symbolique de la vie en générale ; quand on avance dans la vie il y a des choses qui sont difficiles à quitter, d’autres qui sont devant et pas forcément bien définis où l’on peut craindre l’inconnu mais en tout cas toujours essayer d’avancer malgré les difficultés. En gros c’est ce que cela veut dire.

C’est beaucoup d’espoir aussi ?
Romaric : Oui, c’est de l’espoir, ce ne sont pas que des sentiments négatifs.

J’imagine que vous avez beaucoup d’ambition avec Damage Done comme ouvrir pour un groupe important et faire des concerts à travers la France ?
Florian : L’objectif du projet est de le pousser le plus loin possible finalement, bien entendu refaire des concerts et des albums parce qu’il y a pas mal d’idées, il y a pas mal de choses à transmettre encore, l’idée est poussée le projet plus loin. Oui des premières parties, des concerts nous-mêmes nous serons en solo. Tout est ok à partir du moment où on avance dans la bonne direction.

Comment ça se passe dans la région de Nantes pour vous au niveau scénique ?
Romaric : Dans la région Nantaise on a commencé à faire des concerts, on a pas mal tournée avant de faire l’album. Ce n’était pas trop compliqué de trouver des dates, il y avait un microcosme de musique alternative de rock qui était très fournie, très vifs et vivaces. En plus nous avions un certain réseau localement ce qui n’est pas forcément un souci. A vrai dire on n’a jamais trop cherché les dates. Maintenant l’objectif est d’aller plus loin, c’est encore un voyage vers des cieux étrangers pour reprendre le titre de l’album.

Pour vous connaître un peu plus j’ai envie de vous demander comment s’est passée votre jeunesse, les souvenirs de vos premières années ?
Florian : Pour ma part ce sont plutôt des chansons qui m’ont marqué, plutôt vers l’adolescence vers quinze ou seize ans où tu tombes sur des formations comme Alice in Chains qui te bouleversent un petit peu et tu as envie de reprendre ces morceaux, tu prends ta guitare, tu regardes un peu les accords tu commences à chanter, tu développes et c’est quelque chose qui est encore marqué dans la manière de chanter aussi parce que ce sont des trucs que l’on garde, ces mimiques. Même dans la composition c’est un groupe qui marquera toujours ma composition. Ce sont plutôt ces déclics. Surtout ce groupe et quelques morceaux ultra connus qui m’ont bouleversé.
Romaric : Je vais reprendre une partie de ce qu’a dit Flo avec Alice In Chain et le grunge c’est là que j’ai commencé à jouer de la guitare. Après j’ai laissé la guitare de côté, et j’ai fait beaucoup de metal en tant que chanteur, trash, death metal ce n’est pas du tout le même registre. A un moment donné je me suis mis a écouté pas mal de Neil Young qui m’a fait revenir à la base notamment à la sortie de Heart of Gold où il avait fait plusieurs concerts en acoustique qui m’avaient beaucoup touché et m’ont donné envie de revenir à la guitare folk. Par la suite j’ai découvert au cinéma en regardant Django Unchained de Tarentino l’artiste Brother Dege avec le morceau “Too Old to Die Young“. En fait j’ai retenu le morceau pendant tout le film après je suis rentré chez moi, j’ai foncé sur YouTube, j’ai essayé de retrouver avec les paroles que j’avais retenu qui c’était. Cela a été vraiment un déclic qui m’a ultra motivé à reprendre la guitare folk et à rechanter. C’est sur cette dynamique que l’on s’est rencontré avec Flo. Quelques années après on a eu la chance de jouer avec cet artiste. C’est génial. Je ne sais pas si tu connais mais malheureusement cette personne est décédée il y a peu. C’est un artiste de la nouvelle Orléans qui a lui aussi été dans un registre avec un résonateur qu’ils ont souvent dans le sud des Etats-Unis. Il jouait de la musique folk mais un peu psychédélique, parfois cela partait un peu en délire pour la petite histoire.

Enfin, si vous croisez quelqu’un qui ne connait pas le groupe, comment lui présenteriez-vous le groupe ?
Florian : Ce n’est pas facile, j’ai toujours un peu de mal à dire ce que l’on fait. Quand je parle de manière brute aux gens je leur dis que c’est quand même acoustique avec des chansons pas très joyeuses, dans le délire un peu progressif, acoustique légèrement rock teinté de grunge mais c’est difficile à décrire.
Romaric : C’est vrai que souvent cela catégorise un petit peu trop le combo dans le coté grunge, année 90s mais c’est vrai que de parler de MTV Unplugged c’est quelque chose qui permet de montrer l’énergie qui peut en ressortir même si cela va un petit peu au-delà. Acoustique mais une approche qui n’est pas purement acoustique, pas comme s’il n’y avait que deux guitares. Cela va un peu plus loin.

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