SEPULTURA : Carpe diem

Peut-être n’est-ce qu’un au revoir après tout ? C’est ce que l’on s’est dit quand on apprit fin 2023 que le légendaire quatuor brésilien SEPULTURA allait mettre fin à sa carrière, avant une ultime tournée d’adieu en 2024 qui reprend actuellement jusqu’à une date indéterminée… Celle-ci voit donc se prolonger les hostilités, pour le plus grand bonheur des fans qui ont été marqués par des albums cultes comme Schizophrenia, Beneath The Remains, Arise, Chaos AD, ou encore Roots avant l’implosion, et pour certains, une perte croissante d’intérêt malgré la volonté de ne pas se répéter chez les membres de SEPULTURA… Mais preuve de leur éternelle sincérité et générosité, histoire de ne pas partir les mains vides, les thrasheurs brésiliens nous gratifient d’un ultime EP 4 titres intitulé The Cloud Of Unknowing, savant prétexte à repartir en tournée une dernière fois. Plus inspirés que jamais paradoxalement, Derrick Green, Andreas Kisser, Paulo Xisto, et leur toute nouvelle recrue à la batterie Greyson Nekrutman, vont donc arpenter les scènes et festivals du monde entier, tels des éternels nomades… Alors devant un tel évènement, avant de tourner la page de quarante-deux années au service du (thrash/death/groove) metal, il nous était impossible de ne pas s’entretenir avec son charismatique guitariste Andreas Kisser, toujours aussi sympathique, humble et disponible, même pour cet ultime effort de promotion. Entre souvenirs du passé (forcément), présent, et futur… Chapeau l’artiste ! Obrigado ! [Entretien réalisé par Zoom avec Andreas Kisser (guitares) par Seigneur Fred – Photos : DR]

The Cloud of Unknowing EP - SEPULTURA
SEPULTURA
The Cloud of Unknowing EP
Thrash/death metal
Nuclear Blast

Un format plutôt inédit que nous livre là Sepultura avec cet ultime EP 4 titres qui marque officiellement le début de la fin pour la légende du thrash/death metal apparue sur la scène nationale en 1984, puis internationale dès 1987 avec l’album Schizophrenia, puis Beneath The Remains chez le label Roadracer Records en 1989. Ces deux classiques dans la riche discographie des Brésiliens marquèrent alors l’arrivée à la guitare lead d’un certain Andreas Kisser. Le reste appartient à l’histoire (implosion du groupe en 1997)… Sur cet ultime enregistrement studio officiel donc que l’on a entre les mains aujourd’hui succédant au réussi Quadra, une drôle d’appréhension nous envahit. On s’interroge : quel est l’intérêt ? Et pourquoi pas un album studio, ou quelque chose d’un peu plus festif ou copieux envers les fans de Sepultura ?

Certes, il y a cette tournée entamée en 2024 avec Jinjer, et qui repart pour une durée indéterminée à travers les scènes du mondes entier, et les festivals de renom pour plusieurs années, mais c’est un maigre à défendre sur scène. Bien sûr, le quatuor brésilien va jouer en live ses classiques sur sa tournée qui a débuté en Australie en mars dernier. Mais Andreas Kisser nous a confirmé en entretien (voir vidéo en haut de cette page) qu’ils interpréteront ces nouveaux morceaux dont certains riffs étaient dans la tête du guitariste et principal compositeur depuis des années, à commencer par le premier single « The Place » à l’intro plutôt atmosphérique et progressive… Assez surprenant avec son riff dissonant réfléchi (à la limite d’un TOOL) suivi d’une montée en puissance, l’arrivée du chant, et des guitares plus heavy (plusieurs couches de grattes ont été enregistrées tranquillement en studio), ce titre tout en progression rappelle les digressions des albums quelque peu sous-estimés A-Lex ou The Mediator Between Head and Hands Must Be the Heart. « The Place » conclut en fait l’EP sauf qu’on a une drôle de sensation. En effet, si ce dernier s’avère plutôt intéressant, on reste sur sa fin car cela pourrait ouvrir une suite, mais le format EP est un peu court pour ça a contrario.

Si ce premier single placée en conclusion de cet EP, semble entrouvrir des portes vers l’inconnu qui en fin de compte vont se refermer bientôt, les trois autres morceaux qui précèdent sont différents. Plus directs et courts, les deux plus basiques « Soul Arising » et « Sacred Books » montrent un Sepultura féroce et rentre-dedans, pourrions-nous dire, avec une agressivité thrash d’antan retrouvée. D’une durée moyenne de trois minutes, là encore on reste sur notre faim, même si Derrick Green s’époumone une dernière fois au micro (lui qui fut longtemps décrié après le départ de Max Cavalera) et Andreas balance des riffs incisifs. A la batterie, le petit nouveau Greyson Nekrutman booste des compositions simples mais fait des merveilles, quelle sentiment de frustration ! Le format des morceaux, et du EP plus globalement là encore, contraint ici la capacité artistique des musiciens au crépuscule de leur carrière. Le successeur de l’excellent Eloy Casagrande (parti en 2024) et Igor Cavalera (2007), ne peut pleinement s’exprimer sur quatre malheureux morceaux. Quel gâchis ou presque, serait-on tenter de dire ! Car le jeune percussionniste en a sous la (double) pédale, sa carrière, déjà prometteuse, ne faisant que commencer (ex-Suicidal Tendencies, ex-Trivium (live)…) ! Surtout que les percussions ont toujours eu un rôle prédominant chez Sepultura, qui, pour rappel, lança la mode du thrash metal tribal dans les années 90’s, certainement la décennie de son apogée, et influença moult formations de par le monde, dans ce style qui deviendra/s’appellera le groove metal plus généralement (Ill Niño, Extomorf, etc.).

Cependant, une chanson se démarque par son atmosphère mélancolique et son calme, avec un côté bluesy : « Beyond The Dream ». Si la basse s’entend un peu (Paulo Xisto (autrefois Junior) a toujours été relativement discret mais efficace sur disque à partir de l’album Arise car c’était Andreas Kisser, à l’instar d’un Kerry King chez Slayer, qui enregistrait généralement ses parties de basse en studio, c’est le chant qui nous séduit. Là, Derrick nous surprend une dernière fois par son timbre vocal chaleureux quand il entame comme un blues sur de belles mais simples parties de guitares au son clair. Il y a comme un spleen pour dire au revoir aux fans. Cela s’inscrit dans un contexte particulier, mais en fait il y a derrière tout un concept lyrique recherché et fort intéressant : le nuage de la non connaissance.

Comme nous l’a expliqué en interview, Andreas (et Derrick) se sont inspirés pour le titre de l’EP, et tout ce qui est contenu, par la théorie à la fois philosophique et mystique apparue à la fin du Moyen-Âge. Le Nuage de l’inconnaissance (en anglais, « The Cloud of Unknowing ») est un écrit anonyme en moyen anglais de la fin du XIVe siècle. Ce texte compte parmi les écrits mystiques anglais les plus influents, avec ceux plus contemporains de Julienne de Norwich, de Walter Hilton et de Richard Rolle. Derrière tout ça, il y a un sens, un message, et rien que cette chanson contenue dans cet EP mérite finalement qu’on s’attarde sur cet ultime enregistrement studio, car Sepultura nous offre un présent plus recherché qu’on pourrait le croire, et surtout le fait sans pression, naturellement, sans se forcer non plus, mais avec ce qu’il avait envie de proposer et jouer sur le moment, prétexte aussi à repartir sur les routes pour cette étrange tournée d’adieux, au goût à la fois doux (à l’écoute de cette belle chanson/ballade) et un peu amer aussi toutefois. Une page se tourne. Après Slayer qui raccroche plus ou moins mais n’offrira, a priori, plus de disque, Sepultura lui conclut sa discographie studio par ce The Cloud Of Unknowing qui nous laisse sur un sentiment ambivalent : il faut savoir partir tant qu’il est temps, mais en même on aurait aimer davantage. Mais pour ça, on peut se replonger dans leur riche discographie. Obrigado por tudo, Sepultura !! [Senhor Fred]

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