DESPISED ICON : Usual Suspects

Les Montréalais de DESPISED ICON auront mis six longues années avant de livrer un digne successeur à Purgatory. Mais l’attente en valait vraiment la peine. C’est notre cousin, le guitariste Eric Jarrin qui a bien voulu nous parler, entre autres, de la genèse de leur septième album intitulé Shadow Work. Et cette nouvelle bombe de deathcore des maîtres canadiens en la matière est aussi percutante et dévastatrice que le laisse entrevoir la pochette du disque réalisée encore une fois par l’incontournable artiste Elira Kantor (Kreator, Loudblast, Soulfly, Hatebreed, Izegrim, Abigail Williams, etc.). [Entretien avec Eric Jarrin (guitare) par Norman « Sargento » Garcia – Photos : DR]

Six ans séparent Shadow Work et l’excellent Purgatory, on peut dire que vous avez pris votre ton temps pour composer votre nouvel album. Comment l’expliques-tu ? On peut tout de même parler de Déterré qui est sorti en 2022…
Oui nous avons certainement pris le plus long chemin possible pour celui-ci et avons effectivement décidé de prendre notre temps. Je suppose que c’est ce que la pandémie nous a appris. Être coincé chez soi et passer beaucoup de temps seul, à revivre cette ambiance où le temps s’arrête et plus rien n’a besoin d’être précipité. Tu sais qu’à ce stade de notre carrière, il n’est pas vraiment plus nécessaire de sortir un album tous les deux ans. Nous pouvons simplement prendre le temps dont nous avons besoin jusqu’à ce que nous soyons satisfaits du résultat, donc si cela doit prend quatre, cinq ou six ans, et bien soit. Cette période nous a également permis de reparcourir certains de nos anciens matériaux comme les démos. C’était amusant de puiser dans nos racines et c’est là que nous avons décidé de sortir « Déterré », qui en français se traduirait plutôt par exhumé.
 
Pas de Yannick St-Amand cette fois pour l’enregistrement du nouvel album (je crois qu’il a perdu sa maison dans un incendie en 2024, non ?). Pourquoi ? Peux-tu nous expliquer ce choix ?
En fait, si. Yannick a quand même enregistré toutes les batteries avec Alex « Grind » et toutes les guitares avec moi. Il n’était par contre pas disponible pour enregistrer la basse, et Alex a aussi voulu produire et enregistrer toutes les voix lui-même… Oui, malheureusement, Yannick a perdu sa maison dans un incendie en mars 2024 et cela lui a coûté cher. Mais lui et sa famille ont été sains et saufs et maintenant il est de retour à 100%.

Et donc comment s’est passée l’écriture de cet album, le processus a-t’il été différent de celui de Purgatory ?
Oui, le processus a complètement été différent pour Shadow Work, parce que pendant un an et demi nous n’avons pas pu nous voir pendant les confinements, donc la moitié des chansons de l’album ont été écrites individuellement. Ensuite, quand nous avons pu nous revoir et écrire ensemble, c’est à ce moment-là que nous avons écrit le reste de l’album et l’avons terminé.

C’est l’artiste israélien Eliran Kantor (NDLR : qui avait aussi collaboré sur le précédent album Purgatory) qui a réalisé la pochette de l’artwork de Shadow Work. Quel est le message derrière cette couverture ?
L’idée du personnage qui utilise sa propre mâchoire comme couronne est venue d’une discussion que nous avons eue avec Eliran lors de notre dernière tournée européenne. Alex lui a expliqué le concept du travail de l’ombre et a suggéré que nous ayons un personnage ouvrant sa cage thoracique sur la couverture de l’album pour montrer ses entrailles, ses émotions, de manière métaphorique. Alex voulait aussi que ce personnage ait une couronne d’épines, mais Eliran a dit que Jésus nous avait battus dans ce domaine ! (rires) C’est alors qu’Eliran a suggéré d’avoir un personnage qui se couronne avec sa mâchoire, fusionnant les deux idées ensemble…
 
Vous avez au moins trois invités sur ce septième album studio… Comment sont nées et se sont passées ces collaborations ?
Il ne s’agissait pas seulement d’avoir des chanteurs avec une voix très distincte, mais aussi d’avoir des personnes qui avaient une histoire avec Despised Icon. Nous avons tourné avec chacun de ces gars et leurs groupes respectifs dans le passé. Nous sommes devenus de bons amis, et nous pensons que les chansons que nous avons choisies pour eux convenaient à leur style vocal. Nous leur avons demandé de proposer leurs propres répliques afin de transmettre plus d’émotion et sonne simplement plus authentique dans l’ensemble.
 
Vous serez notamment en tournée avec un autre groupe tout aussi violent, Sanguisugabogg, qui vient de sortir un super album de death metal (Hideous Aftermath, Century Media Records – 2025). Que pensez-vous de l’évolution de la scène musicale metal dite « brutale » ?
J’adore à quel point la scène de death metal est diversifiée en ce moment. Cette résurgence d’un death metal plus old-school des années 90 résonne en moi. J’ai grandi en écoutant des groupes comme Obituary, Morbid Angel et Deicide, donc je me retrouve définitivement dans des groupes comme eux.

Il y a beaucoup de thèmes sur la résilience et la réflexion intérieure dans les chansons de ce nouvel album, alors penses-tu que le monde d’aujourd’hui est encore plus rude qu’avant ?
Avec tout le vacarme et les distractions auxquels nous sommes exposés quotidiennement, oui, je pense qu’il est plus difficile de rester ancré et connecté à son moi intérieur. Alex a écrit 100% des paroles de l’album, mais les thèmes qu’il exprime sont tellement familiers que quiconque les lira comprendra ce qu’il a essayé de transmettre.

Pour terminer, quelles sont les nouvelles concernant Obey the Brave (NDLR : où officie Alex Erian) ? Les membres du groupe d’ailleurs ont-ils des projets parallèles de ce genre ?
Non, pas vraiment. Le principal objectif de tout le monde dans le groupe est Despised Icon. Au moins pour l’instant. Mais nous sommes tous des musiciens et restons ouverts à tout ce qui se présente à nous. C’est juste que maintenant nous nous consacrons à 100% à notre groupe afin de présenter Shadow Work, merci de lui avoir donné une chance !

Shadow Work - DESPISED ICON
DESPISED ICON
Shadow Work
Deathcore/djent metal
Nuclear Blast

On ne vous présente plus Despised Icon, l’un des pionniers et piliers du deathcore nord-américain depuis le début des années 2000. Et ce n’est pas un doux euphémisme d’affirmer que l’attente fut longue pour arriver à donner naissance au successeur de Purgatory, sorti il y a déjà dix ans ! Une pandémie après, voici donc Shadow Work, produit par Alex Erian, l’un des deux vocalistes du sextet canadien, et par le guitariste Eric Jarrin. On est donc là sur du « fait maison », même si le mixage et le mastering ont été confiés à Christian Donaldson, connu pour être également le guitariste de Cryptosy… Pas un manche donc. On rentre alors directement dans le vif du sujet avec le morceau de la chanson-titre de l’album : « Shadow Work ». Celui-ci fait office de bon cocktail molotov en pleine tête, avec sa rapidité d’exécution, un premier breakdown et ses courts soli de guitares. C’est explosif et résolument brutal. Le second morceau « Over My Dead Body » est sans doute l’un des must have de ce nouvel opus. Cela sonne plus hardcore, et figure en invité Matt Honeycuut (Kublaï Khan).

On se retrouve alors confronté à un monstre à trois têtes, avec tous ces vocaux alternés d’Alex Erian, Steve Marois (qui lâche ses premiers pig squeals) et donc Honeycutt. Des influences black metal sont également toujours présentes, notamment sur « Death Of An Artist » qui mêle blast beats et cris d’outre-tombe. Que dire également du final de « Corpse Pose » qui est juste tonitruant. !! On pourrait ainsi parler de blackened deathcore ou même d’« horror metal » sur un titre comme « The « Apparition », tout de même entrecoupée d’une partie plus…groovy (!) et revenant à du pur hardcore avec ses sing alongs et son breakdown fracassant en fin de morceau ! Puis survient « Reaper », morceau qui se démarque par ses pig squeals (encore !), se payant le luxe au passage de faire intervenir, non pas un, mais deux invités de marque : Tom Barber (Chlesae Grin) et Scott Ian Lewis (Carnifex). Et quel final encore une fois, avec toutes cette panoplie de vocalises. C’est très varié, trop peut-être. Pas vraiment le temps de souffler en tout cas, les Québécois en profitent même pour s’essayer à quelque chose de plus « symphonique » (enfin tout est relatif ici) avec l’intervention de Misstiq aux claviers et des parties chantées à la Chuck Billy ou Niklas Karlsson (Orbit Culture), dont nous avons adoré le récent dernier album. Mais ce n’est pas sans compter sur la ténacité du groupe de Montréal à entretenir son lien avec ses racines hardcore, la preuve avec le retour des sing alongs donc (« Obsessive Compulsive Disaster »). C’est vrai qu’ils commençaient à manquer aux plus « coreux » d’entre-nous ! Et nous sommes gâtés avec un « Contre-coeur » très old school hardcore, et en français s’il-vous-plaît ! Il est alors temps d’achever le travail, avec « Fallen Ones » qui se veut être un bon condensé de ce que nous propose finalement Shadow Work. Les Montréalais sont donc en grande forme ici. Ils signent un retour plus que réussi, enragé et violent, avec en point d’orgue cet artwork délirant signé une nouvelle fois Eliran Kantor. [Norman « Sargento » Garcia]

Publicité

Publicité