Il y a cinq ans précisément, nous assistions en avant-première à l’écoute du très bon The Nightmare of Being au concept passionnant lors d’une session de promotion distancielle pour la presse, et ce, pour cause de pandémie. Ce fut d’ailleurs le même cas pour DARK TRANQUILLITY avec le même label Century Media. Et malgré le contexte sanitaire morose de l’époque, nous avions pu interroger certains membres d’AT THE GATES, en l’occurrence le guitariste, Martin Larsson, plus réservé, et le frontman Tomas Lindberg avec sa casquette vissée sur la tête. Comment alors imaginer que ce dernier, avec sa bonhommie habituelle, ne serait plus parmi nous pour présenter lui-même le prochain et ultime album studio de la légende du death metal mélodique suédois… ? Fort heureusement, et déjà avec courage, le gaillard a pu enregistrer jusqu’au bout (avant une ultime opération dans sa maladie) toutes ses parties vocales sur The Ghost of a Future Dead que nous avons les mains aujourd’hui en 2026. Ce huitième album prend déjà ainsi des airs d’album culte du fait de la disparition en juillet 2025 de Tomas pour cause d’un cancer des glandes lacrymales. Mais que vaut ce disque post mortem très honnêtement ? Si l’on enlève le côté tragique de la chose, à la première écoute, The Ghost of a Future Dead au titre ironique et savamment choisi par ses auteurs se veut direct et efficace, à l’image du premier single « The Fever Mask » qui se veut un vibrant hommage au chanteur. Sans fioritures ni digression, du pur At The Gates ! La rage est là, mais plus contenue, peut-être.
Exit donc les digressions quasi progressives qu’avaient pu expérimenter les musiciens de Stockholm (les frères Björler (basse/guitare), Martin Larsson (l’autre guitariste), et Adrian Erlandsson à la batterie) sur le précédent album The Nightmare of Being en 2021 ou le plus copieux To Drink from the Night Itself (2018). Les riffs sont puissants et féroces, affûtés même, et le retour d’Anders Björler n’est d’ailleurs pas anodin. La production signée du maître suédois Jens Bogren renforce le côté heavy et en même temps très claire des compositions finement ciselées au Fascination Street Studios à Örebro, comme sur « Det Oerhörda » (« L’incroyable » en suédois) ou plus loin sur « Parasitical Hive ». On est même parfois proches d’un Slaughter Of The Soul, la jeunesse en moins, et l’expérience en plus, mais surtout une rage amère (le dynamique « The Dissonant Void », le costaud « The Unfathomable » avec son, break rageur), telle une résilience face à la mort qui rôde, voire un pied de nez face à la Faucheuse avec l’ironie que l’on connaît de Tomas Lindberg (« Tomb of Heaven » qui montre toute la consanguinité avec leurs copains de Dark Tranquillity, par exemple). Le blond chanteur en était bien conscient. malheureusement…
Quant aux soli de guitares, s’ils sont bons et assez inspirés (le tardif « The Phantom Gospel »), ils nous paraissent aussi plus concis et moins osés à l’oreille, voire même plutôt basiques il faut bien reconnaître. Néanmoins, ceux-ci procurent un peu de chaleur face à ce combat pour la vier, une brève lumière dans cette noirceur ambiante omniprésente, comme en témoigne l’artwork très sombre de l’artiste Robert Samsonowitz qui pose d’emblée le cadre. Par moment, At The Gates ralentit cependant le pas, sur un format majoritairement court (3’45 en moyenne), et on est alors souvent sur un rythme mid-tempo (le plaisant « In Dark Distortion »). Voilà pourquoi la drôle de sensation que l’ombre de la mort plane à chaque recoin. On devine déjà la fin, comme si l’on avait voir un film dont on connait déjà le triste et inévitable dénouement qui va arriver. Enfin, The Ghost of a Future Dead s’achève par la superbe outro « Förgängligheten » (= »Fugacité ») interprétée à la fois à la guitare acoustique et guitare électrique. C’est poignant. On se dit que la vie est éphémère, et que l’on aurait bien rebu une bière (sans ou avec alcool, ça c’est un autre débat) avec le défunt chanteur, surtout quand on connaissait un tant soit peu l’homme qu’était Tomas Lindberg, du moins en mode promotionnel, mais dans le metal, généralement ça ne triche pas en face-à-face. Et on repensera à lui qui officia dans moult combos scandinaves ou internationaux (Lock Up, Grotesque, The Great Conspiracy, Nightrage, Infestation, The Lurking Fear, etc.). Tous les métalleux, quels qu’ils soient, de l’amateur de thrash/death metal au metalcore en passant par le death metal mélodique ou pur et dur, le black/death metal, voire le death/grind, ont perdu dans tous les cas un artiste, un copain aussi, et peuvent au moins écouter cet ouvrage, et toute l’œuvre d’At The Gates, et du bonhomme en particulier pour éponger son chagrin car nous ne le reverrons plus sur scène. Une page du death metal mélodique scandinave se tourne donc avec la disparition d’un chanteur unique : Tomas Lindberg (R.I.P.). [Seigneur Fred]

Publicité