DOMKRAFT : Sonic boom !

Fans de riffs stoner et sludge bien heavy mâtinés de pédale wah-wah, d’ambiance fumante et de longues digressions, alors Domkraft risque de devenir votre nouvelle drogue douce tant ses chansons sont puissantes et hypnotiques. En l’espace de trois albums, le trio de Stockholm s’est progressivement imposé sur la scène européenne malgré la concurrence. Leur précédente galette, Seeds, publiée en 2021 fit d’ailleurs l’objet d’une performance live en streaming à huis clos remarquée où l’on pouvait tout de même vivre ces montées en puissance totalement folles alors que la pandémie perdurait. Place à présent à leur nouveau bébé tout aussi réussi : Sonic Moons. [Entretien intégral avec Martin Wegeland (basse/chant) par Seigneur Fred – Photos : DR]



En mai 2021, vous avez joué live lors d’un concert plutôt spécial sans public diffusé sur internet, comme beaucoup d’artistes l’ont fait pendant la pandémie de covid-19. Durant ce Day of Doom Livestream Performance, vous avez interprété tout votre précédent album Seeds à défaut de pouvoir tourner. C’était génial et très immersif, hypnotique. Vous souvenez-vous de cette performance live spéciale diffusée en streaming à travers le monde sur internet et quel était votre état d’esprit à ce moment-là ?
Je ne suis pas un très grand fan de la musique live en streaming en général, mais à cette époque et à cet endroit, nous sentions que nous devions simplement faire quelque chose. Quelque chose qui ressemblait au moins à de la musique live dans une certaine mesure. Mais, évidemment, ce n’est rien de comparable avec un concert en public. Cela dit, je pense que ça s’est bien passé. On a des amis qui nous aidaient avec tout le matériel, pour le tournage vidéo et le mixage, la salle, etc. En ce sens, ce fut une bonne expérience.

Plus tard toujours en 2021, vous avez fait la reprise d’AC/DC « Night Prowler » dans le cadre d’une participation au
Best of AC/DC Redux (Magnetic Eye Rec.). Le résultat était très fort, lourd et typiquement Domkraft ! Pourquoi avoir choisi cette chanson plus qu’une autre, et comment est né ce projet ?
L’idée de faire le truc Redux est venue du label Magnetic Eye, et l’idée initiale était de reprendre « Highway to Hell » dans son intégralité. Donc, nous avons rapidement décidé que nous voulions faire cette chanson, et puis finalement on a fait « Night Prowler » car nous pensions que nous pouvions probablement lui donner son propre caractère plus facilement, en plus c’est une super piste.

Avez-vous eu des échos de la part d’Angus Young ou Brian Johnson d’AC/DC peut-être après la sortie de ce single ? (sourires)
Pas de retour du groupe lui-même à ce jour, heureusement ! L’idée même de faire des reprises d’AC/DC n’a pas vraiment de sens quand on y réfléchit car c’est un groupe si unique, donc moins ils ont entendu notre version, et mieux c’est. (sourires)

Doit-on considérer Sonic Moons comme la suite logique et directe de l’album Seeds ? Parce que dans les structures des chansons, dans les riffs et les voix, dans le son en général, tout sonne très similaire parce que pour l’enregistrement. Vous êtes retournés d’ailleurs au même Welfare Sounds Studio près de Göteborg et avez travaillé une fois de plus avec les chefs de studio Kalle Lilja et Per Stålberg qui tous deux ont contribué à façonner votre son. Quant au mixage, il a été réalisé par Karl Daniel Lidén (Greenleaf, Katatonia, Lowrider)…
Je ne pense pas que nous ayons prévu de faire une suite directe à Seeds, mais, bien sûr, du point de vue du son, il y a absolument une relation étroite entre le précédent et nouvel album. Je suppose que cela a plus à voir avec le fait que nous ayons une façon d’écrire et d’interpréter des chansons qui est en quelque sorte reconnaissable maintenant. Notre idée était cependant de faire un album plus direct, plus ciblé et plus précis que Seeds – mais je n’ai aucune idée si c’est comme ça que ça s’est passé au final… Ce n’est pas vraiment à nous d’en juger. (sourires)

Pourquoi avez-vous enregistré Sonic Moons et Seeds à Göteborg alors que vous vivez à Stockholm ? Il n’y a pas assez de bons studios dans la capitale suédoise ? Et le studio d’Abba alors ? (rires)
Nous aimons vraiment ce studio – c’est la réponse courte. De plus, c’est bien pour nous de partir et de nous concentrer uniquement sur l’enregistrement lorsque nous faisons un album. Il y a aussi de très bons studios à Stockholm, bien sûr, mais nous travaillons bien avec l’ambiance de Kalle et Per au Welfare Studio. C’est un peu comme aller en colonie de vacances, tu sais, mais avec plein d’anecdotes rock et punk en prime. (sourires)

Vous avez toujours des illustrations très uniques et bizarres pour vos pochettes de disque, et le nouvel artwork de Sonic Moons n’échappe pas à la règle… Que représente-t-il ici ? On dirait la lune comme un virus (le corona virus ?) avec des yeux et une bouche, et il y a un bateau quittant ce monde avec des feuilles qui font office de voiles qui cherchent comme à partir… Qui en est l’auteur et d’où viennent toutes ces idées visuelles ?
C’est notre ami Björn Atldax réalise toutes les pochettes de nos albums. Nous discutons essentiellement d’un thème, puis il part de là. C’est toujours sa propre interprétation de la musique, et nous aimons tout ce qu’il fait. Cela ajoute toujours une nouvelle couche à la musique, et j’irais même jusqu’à l’appeler le quatrième membre du groupe. Il a cet esprit unique où tout est possible – et il aime vraiment la pêche, d’où tous les hameçons partout sur pratiquement tous nos albums. (rires)

Mais plus généralement où trouvez-vous votre inspiration pour vos textes, et plus particulièrement pour ce quatrième album Sonic Moons maintenant ? Dans votre environnement naturel du quotidien ? Dans la littérature ? Dans vos vieux vinyles peut-être ?
Honnêtement, je n’en ai plus aucune idée. Je suppose que c’est un mélange de tout cela et bien plus encore… Quand les chansons commencent à s’assembler, quand on obtient une ambiance claire, assez précise des choses, alors j’écris juste des trucs qui ont du sens avec le morceau. Et d’une manière ou d’une autre, cette fois, c’est devenu fortement biaisé vers des thèmes d’évasion allégoriques car nous avons eu l’idée d’ajouter plus d’espace et d’air à l’ambiance générale. J’ai toujours aimé les paroles assez simples et ouvertes à l’interprétation, donc je suppose qu’il y a aussi cet élément abstrait qui rentre en jeu ici.

Vous évoluez sous la forme d’un trio. Penses-tu qu’il y a une énergie spéciale qui convient parfaitement au rock et au metal quand l’on joue à trois, comme de vieilles légendes du rock aussi célèbre que The Police ou Nirvana (entre 1990 et 1993) ?
Il est déjà assez difficile de réunir trois adultes avec des familles et des emplois professionnels dans la même pièce au même moment, alors être plus que cela au niveau du nombre peut vite ressembler à un cauchemar logistique. Mais, oui, il y a à la fois des avantages et des limites qui accompagnent le format trio, et je pense qu’il y a beaucoup à gagner à travailler dans un cadre aussi clairsemé et « nu ». Il n’y a nulle part où se cacher, tous les instruments doivent faire leur travail pour que cela fonctionne et gérer l’espace. De plus, l’autre avantage, cela rend les voyages moins chers aussi pour partir en tournée. (rires)

Niveau matériel, qu’utilise Martin Wildholm (guitariste) pour obtenir ce son de guitare, si bien sûr, ce n’est pas un secret ? On veut tout savoir, s’il-vous-plait ! Quels types de micros ? Quelle pédale de distorsion et effets spéciaux utilises-tu ? (fuzz, overdrive, pédale Big Muff (soviétique ou petite version) d’Electro-Harmonix ? Wah-wah ? Et quel est ton type d’ampli : ampli à lampe ? Et enfin quel est ton principal accordage de guitare sur les albums Seeds et Sonic Moons ?
Martin Wildholm : Je joue exclusivement sur guitares Fender Jaguar. J’en ai quelques autres, mais les Jaguar sont celles sur lesquelles je compte. Actuellement, j’en possède deux. L’un est un modèle modifié de 1967, équipé d’un micro Quarter Pound dans le chevalet, tandis que l’autre est un Modern Player Jaguar avec un manche en aluminium, une création personnalisée d’EGC (Electrical Guitar Company). En ce qui concerne les amplificateurs, je m’en tiens à Orange par pure habitude. Au cours des deux dernières années, mon préféré a été le Custom Shop 50, car il est plus proche du son Marshall à l’ancienne. En ce qui concerne les pédales, je possède et utilise la Green Russian Big Muff et la Proco RAT pour tous mes besoins en saleté, complétées par une Space Echo et un déphaseur Small Stone des années 70. Bien sûr, j’expérimente beaucoup avec d’autres pédales en studio ou à la maison juste pour le plaisir, mais cela finit toujours par me ramener à ces fidèles compagnons. Et depuis l’album Seeds, on s’accorde en C standard (Do). C’est notre créneau préféré.

Vous avez déjà sorti deux extraits de Sonic Moons : « Snowburner » et « Whispers » qui sont tous les deux très heavy, puissants et psychédéliques. Penses-tu que ces nouveaux singles définissent bien ce qu’est le son de Domkraft en 2023, et es-tu à l’aise avec cette étiquette musicale « psychedelic sludge » pour décrire votre musique ? Ou bien vous faites juste du rock, et le reste, vous vous en fichez ? (rires)
Nous avons tendance à dire que nous jouons du « gros rock ». (sourires) Il y a des éléments de toutes sortes de musique heavy dans ce que nous faisons, mais nous pensons que c’est un peu limitatif de dire que nous sommes tel ou tel groupe, alors nous laissons à l’auditeur le soin de nous classer dans ce qui lui convient. Et je dirais que « Slowburner » est probablement le morceau le plus simple de l’album, tandis que la structure de « Whispers » est plus représentative de ce que nous faisons aujourd’hui.

A l’écoute de votre musique, il y a quelque chose de spécial tout de même, de magique. Cela peut prendre du temps mais on peut l’écouter pendant des heures et des heures sans s’ennuyer… Il y a comme une accoutumance, une dépendance. Est-ce votre but lorsque vous composez de nouvelles musiques comme vous l’avez fait pour Sonic Moons ?
Tout d’abord, merci ! C’est bon à entendre. Cependant, nous ne pensons pas si loin lorsque nous écrivons des chansons. Notre ambition, du moins depuis Seeds, est toujours de faire des chansons qui fonctionneront bien en live. Et lors de l’enregistrement, nous essayons de transformer ce sentiment en quelque chose qui portera cet esprit sur l’album.

Enfin, Martin, je voulais savoir si au chant tu utilisais des effets spéciaux à ton micro car je crois avoir vu deux micros collés ensemble quand tu chantais lors de sur internet ?
Non, c’était juste pour le flux en live – un microphone était pour l’enregistrement, un autre pour les retours des moniteurs. Et il n’y a pas d’effets spéciaux sinon non plus, je dis généralement aux mixeurs/ingénieurs son en concert d’ajouter beaucoup de delay (retard) et de mettre les voix au milieu du mix plutôt qu’au-dessus. Le truc du delay est en fait très important, il ajoute une sensation d’air et, éventuellement, de désolation. Sans ça, ma voix peut devenir un peu trop percutante car j’ai tendance à chanter assez fort et agressif parfois – elle sonne alors presque comme une voix hardcore si l’on perd les effets. Donc, oui, le delay est important. C’est mon effet solitude, comme si je criais depuis une île déserte… (rires)

Et que souhaites-tu ajouter sur Sonic Moons aux lecteurs français de Metal Obs Magazine ?
Si vous êtes généralement ouverts d’esprit et que vous aimez vous faire masser la tête et le corps au moyen de sons lourds, alors vous devriez essayer. (sourires)

Bon, c’est pas tout ça, mais on vous revoit quand en concert en France ?? Pourquoi ne jouerais-tu pas dans certains festivals d’été français comme Motocultor ou Hellfest l’an prochain ? A moins que vous ne préfériez jouer dans des festivals américains comme le Desert Fest à New York (vous avez déjà joué au European Desertfest mais en Belgique et en Allemagne), ou mieux : peut-être que votre rêve est de jouer au festival The Burning Man dans le désert du Nevada aux USA peut être ?
Oh, nous aimerions beaucoup jouer en France ! Invitez-nous et nous serons là. Cela dit, les tournées sont difficiles de nos jours, tu sais. Il y a tellement de groupes et pas assez de lieux/de créneaux dans les festivals. Mais on joue autant qu’on peut. Pas trop sûr pour le Burning Man cependant… Pour un festival dans le sable, nous préférerions de loin faire le Duna Jam si nous y sommes invités un jour… (sourires) (Ndlr : festival rock psyché branché très sélect ayant lieu sur une plage secrète généralement)

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