DRAGUNOV : Vepr

Vepr - DRAGUNOV
DRAGUNOV
Vepr
Post sludge metal/dark indus
Autoproduction

Troisième bombe sonore pour ce qui est un peu les Daft Punk du post sludge metal français pour ainsi dire. Il s’agit de Vepr, signé du duo ligérien Dragunov, ou plutôt Ievgueni Dragounov du nom de son concepteur russe, comme ses membres Tristan (batterie) et Sébastien (guitares, arrangements) nous l’ont expliqué en interview. Le Dragunov était une arme de guerre soviétique de précision durant la terrible guerre froide… Il s’agit du fameux fusil SVD équipant les snipers de l’Armée rouge à partir de 1963. Tout un programme, donc, qui depuis leurs débuts en 2013, nourrit l’univers sombre et froid du duo français qui évolue dans une sorte de post sludge/dark metal instrumental. Ce point est justement l’autre caractéristique de Dragunov puisqu’aucun d’entre eux ne chante, c’est leur parti pris. Ils gèrent à deux seulement leur musique, que ce soit sur disque ou sur scène. Enfin, sur disque, pas tout à fait, puisque sur Vepr justement, il y a une exception à la règle plus que réussie. Sur l’un des singles « The Great Hour », on retrouve au micro exceptionnellement un de leurs camarades et amis de Psychonaut, Stefan de Graef pour un terrible featuring détonnant. Le chanteur belge apporte ainsi un effet immédiat et un peu de vie à l’ensemble qui reste très sombre et relativement expérimental. En fait, le nouvel opus se compose ainsi de sept plages sonores dont cette unique véritable chanson.

On a donc à faire ici à tout un concept sonore pensé et conçu par les deux Français, avec aussi un concept visuel (ils apparaissent masqués au début du concert mais ne jouent pas l’intégralité de leurs sets ainsi, ayant besoin de respirer un peu une fois l’ambiance installée). Vepr signifie pour information sanglier en russe, mais c’est aussi une arme de guerre mise au point par les Ukrainiens en 2003, offrant une variante du fusil mitrailleur russe AK-74. Cela prend donc à contre-pied en quelque sorte le nom Dragunov, l’arme russe. Tout cela est donc bien concret, et c’est le titre « Makhno » qui pose l’ambiance ici justement en ouverture durant ses neuf minutes, avec ses quelques samples de paroles en russe, et les sirènes d’alarme qui retentissent. Cela fait en fin de compte référence au conflit ukraino-russe qui a lieu en Europe de l’est depuis déjà bientôt trois ans. Avec tout de même un parti pris politique en faveur de l’oppressé toujours envahi à l’heure actuelle, Dragunov donne avec sincérité et à sa manière simplement sa vision artistique ici à travers son style de metal proche de l’indus. Un style donc froid comme l’hiver. Survient « Holodomor » dans un format plus court (4’48), avec une intro qui va crescendo avec ses boucles électro alors que la batterie, elle, est bien acoustique. Interprétée par Tristan, celui-ci se met alors à sérieusement bucheronner derrière ses fûts. C’est prenant, le rythme s’emballe, avec un lead de guitare poignant. Plus loin, c’est l’atmosphérique « Bialowieza » qui nous calme un peu avant une nouvelle montée en puissance dans les Grande, Belle, et Blanche Russies d’autrefois totalement divisée plus que jamais aujourd’hui. Ce titre succède à l’immédiat « The Great Hour » précédemment évoqué, qui lui est taillé véritablement pour le live (le chant sera certainement enregistré et diffusé comme bande sur scène car aucun des deux musiciens ne chante dans Dragunov comme déjà dit). Sur des chants slaves lointains, « Orange » introduit un morceau presque dansant, aux relents électro/indus où l’on trouve un autre invité ici, le guitariste Vincent Barbaud (du groupe de metal progressif Abysse), qui intervient pour un solo façon shredding du plus bel effet. Ce qui est appréciable aussi chez Dragunov, c’est que malgré l’utilisations d’effets et de quelques programmations et divers samples, ils n’en abusent jamais, tout comme les loops en tout genre, sachant qu’ils ne peuvent pas non plus tout faire, enfin si, presque tout en studio, mais en live, ils utilisent ces outils avec intelligence et bon dosage.

L’autre single dont le titre correspond à la date de l’attaque russe en Ukraine, c’est « 2402 ». Il ne manque que l’année pour se rappeler que c’était en 2022, bientôt trois ans, trois ans de guerre, d’agression, de peur et d’oppression, de déplacements de population, de blessés et de morts qui n’ont rien demandé. Subtilement rythmé et poignant, à coup sûr ce nouveau morceau ne laissera pas indifférent les spectateurs, surtout qu’il y a tout une mise en scène en concert et une montée en puissance jusqu’au final. Mais c’est en fin de compte « Alligator » qui conclut Vepr, qui, pour information, a été enregistré et mixé par Benoît Roux “Xort” (Alcest, Sylvaine) et enregistré au Drudenhaus Studio par l’ex-claviériste d’Anorexia Nervosa (studio fondé jadis par le groupe de black metal Anorexia Nervosa justement). Et son mastering a été confié à Raphaël Bovey à myRoom Studio (Gojira, Nostromo, Dirge) à Lausanne en Suisse. Tout ça, pour vous dire que c’est du bon, et vous pouvez vous y plonger les yeux fermés et vous laisser porter par ce documentaire sonore dépeignant notre triste actualité en Europe de l’est qui perdure. [Seigneur Fred]

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