
Si au départ ELLEREVE ne sonne pas vraiment metal, depuis l’évolution progressive de ce projet artistique tant visuel que sonore né en 2019 en Autriche, il contient pourtant des points communs indéniables avec notre genre de prédilection, de part ses ambiances et émotions véhiculées à travers ce que l’on pourrait qualifier de dark pop ambient/post rock à ses débuts. Mais avec le temps, le projet s’est durci pour évoluer de plus en plus vers la lourdeur, la noirceur et les abîmes du gothic/doom/dark metal. Fin 2024, en plein hiver et malgré la grippe des deux côtés de la webcam, nous avions alors fait connaissance avec l’artiste autrichienne Elisa Giulia depuis ses montagnes du Tyrol autrichien (voir notre précédent entretien vidéo). Elle nous avait alors touché avec sa superbe compilation Funeral Songs où elle reprenait de manière très intime quelques-unes de ses meilleures chansons, simplement accompagnée d’un violoncelle et d’une guitare folk. Un an à peine après cette belle rencontre donc, c’est avec grand plaisir que nous avons pu de nouveau interroger son auteure overbookée pour son troisième, enfin, second véritable album intitulé Umbra (Top 3 Albums du Mois de novembre 2025). A la fois compositrice, musicienne, mais aussi réalisatrice de ses propres vidéo clips, l’artiste complète et insaisissable a répondu à toutes nos questions sans tabou à quelques jours d’une tournée européenne qui ne passe malheureusement par la France… [Entretien réalisé avec Elisa Giulia Teschner (guitare/chant) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Comment te sens-tu à quelques jours de la sortie de ton véritable second album Umbra sur le label Eisenwald ? Es-tu un peu anxieuse ou stressée peut-être, ou au contraire totalement confiante en ce nouvel album ? Parce que pour nous, tu sais, c’est déjà l’un de nos coups de cœur rock/metal de novembre 2025 (TOP 3 des albums de METAL OBS) ?! (sourires)
Honnêtement, je suis incroyablement excitée ! C’est le moment que j’attendais et espérais, et il est enfin sur le point d’arriver. Il y a toujours un peu de trac avant de sortir quelque chose d’aussi personnel, mais c’est le bon trac, celui qui vous pousse à aller de l’avant. Plus que tout, je me sens reconnaissant et plein d’énergie. Savoir qu’Umbra trouve déjà un écho auprès du public et qu’il figure même dans votre TOP 3 des albums de novembre 2025 est un immense honneur. Cela me donne une confiance incroyable en ce que j’ai créé. Je l’apprécie sincèrement et j’ai hâte que tout le monde plonge pleinement dans l’univers de cet album.
Maintenant, pour ceux qui ne te connaissent pas encore, pourrais-tu nous rappeler brièvement comment et quand as tu lancé ce projet artistique complet ELLEREVE ? Était-ce un projet solo (« one woman band » comme on dit) au départ, et est-ce devenu ton activité principale aujourd’hui en 2025 ?
Ellereve a débuté en 2019 comme un projet solo – et l’est toujours – un espace où je pouvais écrire, produire et tout façonner seule. Plus tard, j’ai commencé à collaborer avec mon ami et producteur Salomon Appiah, et ensemble, nous avons sorti mon premier EP en 2020. À l’époque, le son était encore ancré dans la pop sombre, mais avec le temps, il a naturellement évolué vers quelque chose de plus lourd et plus orienté métal. Cette transition a été un processus très important pour moi : un cheminement personnel pour me découvrir et développer mon écriture. La sortie de mon premier album, Reminiscence, en 2023, et ma signature chez Eisenwald ont marqué un tournant – comme si le projet entrait dans une nouvelle ère, avec le label idéal pour le soutenir. Quant à savoir si Ellereve est une « activité principale » : cela a toujours été quelque chose de plus profond. Ce n’est pas un travail au sens traditionnel du terme ; c’est un engagement. C’est une passion qui imprègne mon quotidien, car elle fait partie intégrante de mon être.

Musicalement, si je ne me trompe pas, tu as commencé par jouer une sorte de dark pop/électro, puis ta musique et ton son ont évolué vers un rock sombre aux influences variées (rock gothique, folk, shoegaze…). Partages-tu cette analyse musicale ? Pitié, ne me frappe pas si tu n’es pas d’accord et suis dans le faux ! (rires)
Je suis tout à fait d’accord avec toi : cette première phase de dark pop correspond exactement à mes débuts. À cette époque, je sortais de plusieurs formations où je me sentais constamment freinée ou dépendante des autres musiciens, ce qui était très frustrant. De ce fait, je pensais que le seul moyen réaliste de créer de la musique en toute indépendance était par le biais de l’électronique. La dark pop me semblait donc la seule voie possible pour un projet solo. Mais au fond de moi, le côté organique me manquait toujours : la physicalité des instruments, la puissance et la présence d’un groupe complet. Ce besoin revenait sans cesse. J’ai donc décidé d’arrêter. Je me suis imposé des limites et j’ai simplement laissé libre cours à ma créativité. C’est à ce moment-là que les morceaux qui allaient devenir mon premier album, Reminiscence, ont commencé à prendre forme : post-rock, shoegaze, ambiances planantes… un univers complètement différent qui me ressemblait beaucoup plus. Avec Umbra, cette évolution s’est poursuivie. Je me suis autorisé à explorer des genres que j’avais toujours aimés, mais que je n’avais jamais osé revendiquer pleinement au départ : des éléments de black metal, des influences doom, des sonorités plus sombres. C’est une progression à la fois naturelle et personnelle : un cheminement pour enfin créer la musique que j’ai toujours voulu faire, et pour me donner la liberté et le courage de m’y plonger pleinement. Alors oui, ton analyse est donc tout à fait juste !
Lors de notre dernier entretien par visioconférence fin décembre 2024, c’était pour la promotion d’un album très spécial intitulé Funeral Songs, sorti chez Eisenwald. Il s’agissait d’un nouvel enregistrement offrant la réinterprétation d’une sélection de ton répertoire, en version acoustique et symphonique avec une section de cordes (un violoncelle). Plusieurs clips superbes ont été réalisés d’ailleurs pour cet album. Un an après sa sortie, es-tu toujours pleinement satisfait de Funeral Songs ? Faut-il le considérer comme une parenthèse, ou juste un album de mutation/transition artistique pour toi et ELLEREVE ?
Oui, je suis toujours très satisfait de Funeral Songs, absolument, mais je ne le vois pas comme un « nouvel album » au sens traditionnel du terme. Pour moi, il s’apparente davantage à une compilation qu’à un chapitre entièrement nouveau. Il contient d’anciennes chansons ainsi que deux titres d’Umbra, tous réimaginés et réarrangés de manière acoustique et intimiste. En ce sens, Funeral Songs représente un autre univers sonore pour Ellereve, une facette différente du projet que je souhaitais explorer. Les arrangements de cordes, l’instrumentation épurée, l’accent mis sur l’atmosphère plutôt que sur la puissance… cela m’a permis de révéler le cœur émotionnel de ces chansons sous une forme très brute et vulnérable. Alors oui, on peut le considérer comme une sorte de parenthèse artistique – non pas une mutation ou une transition, mais plutôt un moment où j’ai ouvert une porte plus intime sur le même univers. Un détour par un paysage plus doux avant de plonger dans les territoires plus sombres et plus pesants d’Umbra.
Et d’une certaine manière, peut-on considérer cet album si particulier, Funeral Songs, comme un projet artistique unique, une manière de faire découvrir aussi ton univers à ceux qui ne connaissent pas ELLEREVE, tout en offrant une autre perspective et une vision différente de ta musique à tes fans sous un autre angle ? Comme s’il s’agissait au départ d’un projet artistique personnel, peut-être un hommage à une personne disparue ? (personnellement, ce disque m’a aidé dans le deuil de mon père survenu quelques semaines après notre précédente entrevue…)
Je suis vraiment désolé d’apprendre le décès de ton père peu après notre conversation et la sortie de Funeral Songs. Cela me touche profondément et je te présente mes plus sincères condoléances. Savoir que la musique a pu t’apporter un peu de réconfort en cette période difficile me tient beaucoup à cœur… Pour ma part, Funeral Songs n’était pas lié à un deuil ou à une tragédie personnelle. Le titre me semblait approprié de par l’atmosphère et les thèmes des chansons elles-mêmes ; certaines font littéralement référence à des « chants funèbres », en effet, et l’ambiance de la musique penche naturellement vers cet espace introspectif et mélancolique. Néanmoins, le titre reflétait donc davantage le caractère des morceaux que l’histoire particulière qui les sous-tend.
Peut-on trouver facilement les tablatures de guitare d’ELLEREVE sur internet si on veut apprendre vos chansons dans cette version acoustique spéciale ? (Un peu comme le MTV Unplugged in New York de Nirvana en 1994, mais en 2025 sur le web) (rires)
Honnêtement, je n’ai encore mis aucune tablature en ligne – et le plus drôle, c’est que je n’en fais même pas pour moi-même ! Ha ha ! (rires)
Sur ce nouvel album studio, Umbra (le troisième si on compte Funeral Songs), je trouve les morceaux plus durs et plus puissants, mais aussi plus sombres, avec des influences sludge et doom/gothic metal. Comment expliques-tu cette évolution « metal » et ce son plus brut ?
Cette évolution n’est pas soudaine : ces genres ont toujours fait partie de ma vie. Je les aime depuis toujours, et ils ont toujours été présents, même quand ma musique sonnait plus dark pop ou shoegaze. C’est juste qu’avec le temps, je me suis enfin sentie prête à les laisser s’exprimer pleinement, sans retenue. Avec Umbra, je me suis autorisée à explorer ce côté plus intense et plus brut de mon identité musicale. L’album apparaît donc comme un prolongement naturel de qui je suis, une façon de donner enfin voix à l’intensité et à la puissance qui ont toujours existé dans mon univers musical.
En lien avec la question précédente, pensez-vous que toute cette évolution musicale s’est faite naturellement, au plus profond de vous-même ? Ou peut-être que votre environnement, vos racines et vos objectifs musicaux ont changé sous l’influence d’éléments extérieurs, pendant ou après l’isolement dû à la pandémie, ou grâce à des rencontres musicales avec des personnes, des artistes devenus des amis proches, ou tout simplement en découvrant de nouveaux sons sur Spotify ou sur Internet pendant les longs hivers dans les montagnes autrichiennes ? Ha ha ! (rires)
Comme je l’ai déjà dit, je suis avant tout un auditeur et un admirateur de ces genres. Je pense que j’avais vraiment besoin de l’expérience d’être auteur-compositeur et de me produire sur scène pour m’ouvrir pleinement à ce chapitre.
Comment as-tu travaillé sur la composition et l’écriture d’Umbra cette fois-ci ? Travailles-tu entièrement seule ? Quelque chose a-t-il changé ? Était-ce différent de ton premier LP Reminiscence et de tes deux premiers EP’s, notamment parce que tu as mûri et t’es beaucoup produite en live ces dernières années ?
Mon complice en matière de production a toujours été – et est toujours – mon ami Salomon Appiah. Une fois la préproduction terminée, nous reprenons tout ensemble pour peaufiner l’album. Je collabore aussi ponctuellement avec mon guitariste de scène, Darwin, sur certains passages ; il a d’ailleurs enregistré quelques-unes de mes idées. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai procédé pour Reminiscence. La principale différence cette fois-ci, c’est la présence de chanteurs invités : J.J. de Harakiri for the Sky sur « The Veil of Your Death », et David « Eklatanz » Conrad de Heretoir sur « Unravel » (NDLR : bientôt en interview ici-même et sur METAL OBS TV !). De plus, les parties de guitare de « The Veil of Your Death » ont été co-composées avec mon guitariste acoustique de scène, Chris. Ainsi, cette fois-ci, davantage de personnes ont participé au processus créatif, ce qui a apporté de nouvelles perspectives et une énergie nouvelle à l’album, tout en préservant un côté très personnel.
Parle-nous à présent du processus d’enregistrement en studio avec l’aide du magicien allemand Schwadorf (de son vrai nom Markus Stock, de THE VISION BLEAK, EMPYRIUM, EWIGHEIM, etc.) aux manettes ? T’a-t’il beaucoup conseillé lors de l’enregistrement, du mixage et des arrangements, par exemple ? Et ne craignais-tu pas d’être trop influencée et d’oublier ton propre style ELLEREVE, de perdre ta pureté artistique et ton style moins metal à la base ?
J’ai réalisé la majeure partie de l’enregistrement moi-même, dans mon home studio. Seule la batterie a été enregistrée ailleurs, dans un studio ici au Tyrol, où je vis. J’ai rejoint Markus pour le mixage. Nous avions fait connaissance un an auparavant, lorsque j’avais assuré la première partie de la tournée de The Vision Bleak avec mon set acoustique. Nous avions passé un excellent moment ensemble, et son mixage était remarquable. Je n’ai jamais eu l’impression que mon style ou ma vision artistique seraient perdus ; l’essence même d’ELLEREVE était restée intacte. Markus a apporté son expertise et son expérience, toujours dans un esprit de collaboration et de respect, ce qui a enrichi le son sans jamais éclipser mon style personnel.
Pour chaque nouveau single, il y a généralement un clip où l’on te voit jouer la comédie, ou plutôt le drame… Par exemple : « Crawl », « The Veil of Innocence », « Trauma ». Tu aimes te mettre en scène ? Je veux dire, jouer devant la caméra, ta propre caméra en plus…
Oui, pour « Crawl » et « Trauma », j’étais devant la caméra, c’est exact. J’ai aussi écrit les scénarios et j’étais, bien sûr, très impliquée dans tout le tournage. Pour « The Veil of Your Death », j’ai filmé et photographié une amie avec ma propre caméra. L’expression visuelle, devant et derrière la caméra, est quelque chose que j’apprécie énormément. C’est une partie du processus créatif qui me donne beaucoup de liberté et de plaisir.
Concernant la réalisation de ces clips, est-ce bien toi qui les filmes et les réalises, et qui gères donc le tournage ? Parce que chaque clip s’intègre parfaitement à ton univers formant un tout dans ton œuvre, c’est très travaillé. Ce ne sont pas de simples clips avec paroles (« lyric videos »), comme on en voit souvent dans le metal, réalisés par une IA ! Ha ha ! (rires)
Merci. (sourires) Pour le tournage, j’avais généralement quelqu’un à mes côtés, mais la liste des plans, le script et tout le processus créatif, je m’en suis occupé moi-même. La photographie est une grande passion depuis longtemps, donc les vidéos en sont, d’une certaine manière, le prolongement.
Tout à l’heure, je t’interrogeais à propos de l’éventuelle disponibilité de tes tablatures de Funeral Songs. Sur Umbra, l’accordage des guitares a changé, me semble-t’il… C’est joué en drop D maintenant. Quel est ton accordage actuel et qui a joué de la guitare sur le nouvel enregistrement ? Est-ce que ça veut dire qu’il y aura deux guitares en live maintenant, pour avoir un son plus puissant pendant vos concerts ?
Pas vraiment, en fait. Il y a quelques passages en drop D, que j’ai déjà utilisés sur des albums précédents comme sur les chansons « Infinite Light » ou « Photographs ». Sur « The Veil of Your Death » il y a une collaboration avec mon guitariste acoustique Chris, et pour le reste des morceaux, mon guitariste live, Darwin, a enregistré quelques parties. En concert, on a parfois une guitare d’accompagnement enregistrée qui est diffusée parce qu’il y a plusieurs pistes sur les enregistrements studio et qu’on ne peut pas tout jouer ensemble à deux sur scène pour les restituer live.
Umbra est-il en fin de compte un album conceptuel qui explore les thèmes de l’ombre, des ténèbres et autres sujets similaires ? Dis-nous en plus sur les paroles ! Sont-elles toutes inspirées de ta vie personnelle ou s’agit-il ici uniquement de fiction ?
Umbra représente l’ombre comme un miroir de soi-même. Pour moi, il s’agit d’accepter toutes les facettes qui nous définissent, même celles que nous dissimulons souvent. J’étais fascinée par l’idée que les ombres ne sont pas seulement l’absence de lumière, mais l’expression d’une certaine profondeur… Umbra est cet espace entre le conscient et l’invisible, un lieu où l’on se rencontre, sans masque et dans toute sa complexité. Thématiquement, les chansons puisent à la fois dans des expériences personnelles et des sujets philosophiques.
Quelles sont tes trois chansons préférées et qui te tiennent particulièrement à cœur sur Umbra et pourquoi ?
Hum… C’est une question difficile, car toutes les chansons ont une grande signification pour moi… Mais celles qui me touchent profondément à chaque écoute ou interprétation – car je me souviens précisément de ce que j’ai ressenti en les composant – sont « Lost in Longings », « The Veil of Your Death » et « Trauma ».
Deux titres comportent des collaborations avec des artistes metal reconnus de la scène (tous deux ont déjà été interviewés sur METAL OBS TV). Peux-tu nous en dire plus sur ces deux collaborations et leur apport, selon toi ? Pourquoi avoir choisi ces deux musiciens, mis à part le fait qu’ils soient voisins, jouent du metal, et soient germanophones ? (sourires)
– « The Veil of Your Death » (avec Michael J.J. Kogler de Harakiri for the Sky, Karg)
– « Unravel » (avec David « Eklatanz » Conrad de Heretoir)
J’admire beaucoup ces deux musiciens. En fait, je suis fan de leurs voix et de leurs projets depuis longtemps, et j’ai senti que leurs voix correspondaient parfaitement à l’esprit de mes chansons. Pour « The Veil of Your Death », la présence de Michael J.J. Kogler (Harakiri for the Sky, Karg) a apporté une profondeur et une intensité en parfaite harmonie avec l’atmosphère du morceau. Quant à « Unravel », David « Eklatanz » Conrad (Heretoir) y a ajouté une texture unique et une dimension émotionnelle qui a sublimé l’expression de la chanson. Il ne s’agissait pas de leur proximité géographique ni de leur maîtrise de l’allemand, mais bien de leur talent artistique, de leurs voix et de la façon dont elles s’intégraient naturellement à l’univers d’Ellereve.

Quand pouvons-nous espérer te voir, Elisa, en concert en France ? Car tu joues rarement par chez nous, et privilégies tourner par chez toi : en Autriche, en Allemagne, en Suisse, en Italie et dans les pays nordiques en général…
(sourires) Très bientôt, on l’espère !
Serais-tu prête à jouer en plein air lors de festivals d’été ou tu préfères en salle, et te produire dans des petits clubs en tournée pour une ambiance plus intime avec tes fans ?
J’aime bien les deux. Les concerts en plein air et les festivals ont une énergie et une excitation particulières, mais j’apprécie aussi beaucoup jouer dans des salles plus petites, où l’atmosphère est plus intime et où je peux sentir la présence de mes fans.
Enfin, quels sont tes projets pour fin 2025 et l’année prochaine, 2026, pour ELLEREVE et tes autres projets parallèles, le cas échéant ?
Mon premier concert en Italie est prévu pour décembre 2025, et bien sûr, je travaille sur d’autres dates pour 2026. Je vous tiendrai au courant ! (sourires)
Imaginez un peu le tableau à l’approche de ce second véritable album d’ELLEREVE qu’est Umbra (Funeral Songs en 2024 n’était en fin de compte qu’un réenregistrement acoustique d’une sélection d’une partie de son répertoire)… Pour tenter de résumer son écoute car il s’agit d’une véritable expérience, on pourrait le décrire comme une rencontre à la fois belle et glaçante des atmosphères les plus sinueuses, gothic et sombres, mais pas forcément les plus foncièrement metal, de TRIPTYKON et THE VISION BLEAK avec PJ HARVEY et les regrettées norvégiennes de CYBELE, avec le charme ténébreux et la personnalité de l’artiste complète et multi-facettes Elegia Giulia Teschner. Cela plante le décor, mais attention ! Cette dernière possède déjà son propre univers qu’elle a progressivement développé en seulement six ans de carrière. La belle Autrichienne a déjà deux EP’s à son actif, et un premier album studio remarqué de dark rock, Reminiscence, publié en 2023. Entre-temps, elle a proposé une relecture acoustique, sobre et touchante, de quelques-unes de ses plus belles chansons dans des versions mélancoliques à souhait où le spleen ne peut que vous envahir (cf. Funeral Songs paru fin 2024).
A présent, ELLEREVE glisse encore un peu plus vers les ténèbres, alourdissant les guitares électriques en s’accordant plus bas, en doublant ces parties, et laissant sa gentille dark pop de ses débuts en 2019 pour plonger corps et âme (perdue) dans le dark/doom metal atmosphérique, mais toujours à la sauce ELLEREVE. Si les réminiscences dark rock justement persistent quand même ici et là (« Like A Moth To A Flame » et son mid tempo bienvenu), elles font du bien car le reste, c’est-à-dire la majorité des morceaux d’Umbra, c’est carrément suicidaire, peu conseillé aux grands dépressifs en plein automne. Du prélude initiatique à la fois mystérieux et hypnotique « An Avalanche Of Shudders » (en français, « une avalanche de frissons », c’est vous dire…), faussement charmeur qui vous écrase sur sa fin doom/sludge et aurait pu figurer en bonus track sur l’ultime Monotheist du FROST ou l’EP Shatter de TRIPTYKON, jusqu’à l’ultime et ambient « Trauma » aux nappes de claviers angoissantes et ses riffs de guitares plombés comme un bain d’adamantium doublés par des beats électro, difficile de ne pas tomber plus bas que terre. Et puis il y a toujours cette obsession constante de la mort : les arpèges typiques d’ELLEREVE sur l’explicite « The Funeral », « The Veil Of Your Death » avec des influences black metal amenées par le chanteur compatriote JJ de HARAKIRI FOR THE SKY/KARG (interview 2025 de JJ de HARAKIRI à retrouver ici), « Irreversible » ou l’aller sans retour avec ses percussions tout droit venues du royaume d’Hadès, l’énorme single « Crawl » durant lequel la guitariste/chanteuse, mais également actrice et réalisatrice, croise littéralement la mort avant de se noyer avec, il vous sera alors difficile de sortir la tête de l’eau et ne pas succomber à la tentation. Seule la voix singulière de Giulia, au timbre légèrement cassé empruntant au style d’une Tori Amos enrouée et moins de puissance donc (quelques fois, elle a tendance à forcer un peu sa voix, mais cela demeure assez naturel dans l’ensemble) sera votre guide dans ses abîmes, certes, séduisants mais peu à peu dangereux. La mort devient alors à la fois belle et fascinante. Elle nous surprend d’ailleurs aussi sur « Unravel » où l’on retrouve la frontwoman au côté des cris du sympathique guitariste/chanteur Dave « Eklatanz » de HERETOIR (bientôt en interview sur METAL OBS TV pour leur excellent dernier album Solastalgia !!!). Alors succomberez-vous au charme d’ELLEREVE ? En attendant, il faudra être patient pour vivre l’expérience d’Umbra live, l’artiste autrichienne boudant quelque peu notre beau pays qu’est la France, ses bookers nous mettant à l’ombre. Dommage. [Seigneur Fred]
« Là où il y a de la lumière, il y a nécessairement de l’ombre, là où il y a de l’ombre, il y a nécessairement de la lumière. » – Haruki Murakami
Et n’oubliez pas notre chronique album en vidéo parmi notre TOP 4 Albums du mois de novembre 2025 à METAL OBS :
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