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EXOCRINE
Eruption technico-solaire !

Véritables petits frères spirituels de Gorod, les musiciens d’Exocrine excellent aussi sur la scène death metal technique et progressive actuelle. Originaire de Bordeaux, ce quartet français n’en est plus à son premier essai à vrai dire puisque The Hybrid Suns constitue déjà leur cinquième galette studio dans leur discographie. Quelques semaines avant leur concert au festival Hellfest maintes fois repoussé, nous avons pris la température… [Entretien avec Sylvain Octor-Perez (guitare) par Seigneur Fred – Photo : DR]

Exocrine en est déjà à son cinquième album studio alors question classique mais importante : pouvons-nous revenir sur la naissance de votre groupe ? Quand et comment est né Exocrine ?
J’avais fait pas mal d’albums dans divers groupes, dans des styles assez différents mais en solo je composais toujours des trucs un peu prog’/tech. Un jour, le groupe dans lequel j‘étais investi à cent pour cent du temps à l’époque a splitté car il n’avançait pas, tout le monde étant en désaccord. J’avais quelques compos instrumentales pas finies. Alors j’ai demandé à Jordy de chanter dessus pour voir et l’alchimie était parfaite. On a décidé de pousser le projet un peu plus loin, et Exocrine est né.

Pourquoi le choix d’un tel nom Exocrine ? Bien sûr, il est parfois difficile de s’extraire de la masse de formations dans le metal, et tout particulièrement dans le death metal, en essayant d’avoir alors toujours un nom plus tordu et alambiqué et morbide que ses voisins ? (sourires)
Alors… Je pourrais te sortir la définition “médicale” mais en vrai elle n’a aucune valeur dans le choix du nom. A l’époque où je composais les premiers titres, il fallait donner un nom au projet et j’étais en train de peindre une figurine Warhammer qui s’appelait “Exocrine”. J’ai pris ça en nom de projet temporaire et au final, on ne l’a jamais changé !

Parlons un peu business : pourquoi avoir quitté le label français Great Dane Rec. qui vous a permis de démarrer votre carrière, et gardez-vous un bon contact avec eux car c’est un très bon label manquant parfois de visibilité au niveau de son catalogue ?
Nous adorons Raph de Great Dane Rec., nous avons d’ailleurs sorti un side project chez lui : Empyreal Vault, avec deux albums déjà ! Nous le remercions et le respectons infiniment. Nous l’avions rencontré lors d’un show à Lille, c’est une super personne, qui aide beaucoup de groupe. Notre musique est surtout demandée aux USA et Unique Leader nous avait proposer un deal qu’on ne refuse pas.

Ensuite, en tant que formation française, comment avez-vous fait en 2018 pour attirer l’attention de Unique Leader Records et signer pour votre troisième album Molten Giant avec ce label américain bien connu sur la scène metal extrême ?
Eric Lindmark, l’ancien boss, était tombé sur notre second LP Ascension et avait beaucoup aimé. Il a contacté notre ancien manager et nous a proposé un plan sur trois albums. Au début, le dialogue fut compliqué mais Unique Leader nous a permis de dépasser nos frontières…

Votre quatrième album Maelstrom fut une déflagration de brutal death technique sur la scène française, européenne, voire mondiale en 2020. Pour autant, avez-vous bénéficié selon vous de toute l’attention et la promotion du fait de sa sortie en pleine pandémie ? Avez-vous joué sur internet lors de concerts en streaming à huis clos ?
Malheureusement nous avons eu beaucoup de tournées annulées, deux Hellfest repoussés… Nous avons préféré nous concentrer sur l’étape d’après, c’est-à-dire les concerts, car les live en streaming, si vous ne voulez pas faire un truc cheap, il faut les moyens et nous n’avions rien de tout ça.

Sur l’une de vos récentes photos promotionnelles, j’ai vu qu’un des membres d’Exocrine arborait un t-shirt ou sweat shirt du regretté groupe néerlandais Textures, signe de bon goût et qualité première chez vous, même si l’on dit souvent que l’habit ne fait pas le moine. Alors quelles sont vos principales influences musicales au sein d’Exocrine et en quoi Textures a-t’il pu vous influencer dans votre musique qui n’est pas vraiment djent mais en possède quelques architectures et influences parfois ?
On est super fan de ce groupe, avec Jordy (basse/chant), un de mes meilleurs souvenirs avec lui est un concert de Textures dans notre ville (Ndlr : Bordeaux) sur un bateau ! Ce groupe a pour moi été un pilier majeur du metal moderne, et clairement ils auraient mérité une carrière plus importante.

Justement, ne pensez-vous pas que les visuels, artworks, et look des musiciens dans le metal, etc., revêtent parfois une trop grande importance par rapport à la musique fournie même si c’est un tout et que la communauté metal se caractérise par tout ça finalement ?
Rien à voir avec le metal, c’est tout les style de musique qui sont comme ça, avec leurs codes visuel et tout ce qui va avec. Je trouve justement que dans le tech death, on fait plus attention à la musique et aux artwork qu’à la gueule des musiciens. Et dans le metal tech, les cover sont généralement sublime, on est loin du Photoshop à deux balles avec une police d’écriture insipide que l’on peu retrouver dans le metalcore, le djent et toute la vague dite “moderne”. Et je ne parlerais pas du black metal, ils ont leurs codes à eux aussi, ça va du truc cringe à l’œuvre d’art.

Quel est le concept de votre nouvel album The Hybrid Suns, si tenté qu’il y en ait un, mais comme c’est relativement monnaie courante dans le rock et (death) metal progressif ? La science-fiction, à l’instar des Madrilènes de Wormed par exemple mais à sa manière, semble nourrir votre inspiration lyrique et visuelle…
The Hybrid Suns est un concept compliqué, qui dans un sens relie Molten Giant, Maelstrom. Cela parle beaucoup du passage entre la vie et la mort… Surement une introspection. Nous avons tous passé une période compliquée et cela à impacté massivement la façon d’aborder cet album.

La production sonore de The Hybrid Suns est très propre et puissante. Avez-vous enregistré et finalisé en France ? Où se trouvent le Triceraprod Studio et le Roadster Lab ? Et qui a produit ce nouvel album ?
Le Triceraprod studio était un studio que nous avions construit pour l’occasion. Dans une vieille demeure, nous avons pendant le confinement fait de la maçonnerie et un tas de travaux afin de faire un studio sur mesure. Le Roadster Lab est un studio privé , caché dans une forêt. J’ai pu avoir la chance de me faire prêter les locaux pendant la durée du mastering. C’était quelque chose de finaliser l’album en pleine nature.

Et du coup, comment avez-vous procédé à son enregistrement : en prenant plutôt votre temps comme le fait actuellement Gorod, ou bien plutôt de manière express et intensive durant seulement quelques jours ou semaines ?
The Hybrid Suns est l’album sur lequel nous avons passé le plus de temps. J’ai vraiment pris des mois à ne faire que ça de ma vie, l’album est né en six mois, de la compo au mastering mais dans cette période, nous y avons été investi à cent pour cent de notre temps.

Comme vous êtes originaires de Bordeaux, êtes-vous en contact avec la bande de fous que sont Barbie, Mathieu, Nutz et cie du groupe Gorod ? Et travaillez-vous en vous entraidant (partage de contacts, matos, bons plans, concerts, etc.) ou bien chacun vit dans son coin reclus et éventuellement vous communiquez ensemble uniquement par internet afin de ne pas être influencé par leur folie artistique et personnelle ? (rires)
Nous somme très proches de Mat et Barbie. les batteries sur Molten Giant et Maelstrom avaient été enregistrées chez Mat ! Nous avons joué qu’une seule fois ensemble mais on en garde un bon souvenir.

A propos du chant, est-ce facile en live sur scène pour votre bassiste Jordy Besse d’assurer à la fois l’unique chant masculin et ses parties sur son manche (c’est-à-dire la basse, je précise, car ça pourrait être mal interprété dans une interview de Gronibard hors contexte…) (rires) ?
Jordy Maitrise totalement sa voix, et les parties basse sont prévues pour être “jouable” en live dès l’écriture… on ne se colle jamais de trucs impossible à reproduire en live.

Sur le second titre « Dying Light », nous retrouvons étonnamment un chant, féminin celui-ci, en appui sur le refrain. Est-ce la première fois que vous avez recours à une chanteuse et pourriez-vous développer cela sur des passages plus atmosphériques sans pour autant tomber dans la dualité classique hommes/femmes comme dans bon nombre de formations metal ?
Sur Maelstrom il y avait déjà du chant féminin. Pour The Hybrid Suns, nous avons demandé à Clementine Browne du groupe Matrass de venir en guest. C’est une personne formidable que j’ai eu le plaisir de faire souffrir en studio ! (rires) Les passages avec sa voix apportent une texture vraiment différente et onirique. Ils constituent en fait des moments clefs des deux premiers morceaux de l’album.

Au niveau des structures de morceaux, ils sont tous très courts, ce qui est surprenant dans votre genre musical qu’est le death metal progressif et technique. S’agit-il d’un choix et d’une orientation de format que vous vous êtes imposés afin de ne pas perdre l’auditeur à l’écoute de votre album et en concert pour ne pas trop complexifier les néophytes ignorant Cynic, Gorod, Beyond Creation, etc. ?
Non, c’est juste qu’à 350 bpm, on risque de crever en jouant si ça dure éternellement ! Plus sérieusement, nous avons déjà eu des morceaux très longs (9 mn) et sur le prochain album, il y en aura un aussi. Sur The Hybrid Suns, ce n’était pas envisageable car c’est un album coup de poing.

Avant de conclure, un concert d’Exocrine est prévu au Hellfest cette année 2022. Etiez-vous déjà programmé lors des deux précédentes éditions reportées et êtes-vous impatients de renouer avec le public français (et international) à l’occasion de cet énorme évènement ? Comment préparez-vous les choses ? Et sur quelle scène allez-vous vous produire précisément ?
On joue sur la scène Altar, le dimanche 19 juin (2022), et on est évidemment impatient de renouer avec le public, presque deux ans sans concert c’est dur… On va partir en résidence début Juin dans la salle de concert du Salem chez nous, c’est un lieu qui importe beaucoup pour nous, nous y avons fait nombre de show, tourner plusieurs clip et c’est le lieu où l’on se retrouve. A la fin de cette résidence nous allons faire une “Release party” le 11 juin (2022), une semaine avant notre passage au Hellfest.

Enfin, quels sont vos projets de concerts et autres festivals cette année pour accompagner la sortie de The Hybrid Suns ? Envisagez-vous de partir tourner en Europe et ailleurs dans le monde (Amérique du Nord, sud, Asie, etc.) ? Peut-on espérer bientôt vous voir dans le coin ?
Outre le Hellfest cette année, beaucoup de tournées sont en préparation, notamment une tournée au Japon, aux USA et au Canada !

CHRONIQUE ALBUM

EXOCRINE
The Dying Suns
Death metal technique
Unique Leader Records



Amateurs de death prog’ technique « in your face » à la Gorod ou Beyond Creation, penchez-vous sérieusement sur Exocrine au lieu de vous dorer la pilule sous le soleil ! Cinquième brûlot déjà pour nos Bordelais, The Hybrid Suns s’inscrit dans la continuité conceptuelle de ses deux prédécesseurs parus chez Unique Leader Records : Molten Giant et Maelstrom. Si les formats longs vous ennuient dans ce genre musical pointu et que vous préférez l’efficacité aux digressions, Exocrine comblera vos ardeurs les plus extrêmes avec ses neuf titres d’une durée moyenne de 3’30. N’hésitant pas à entamer les hostilités par des soli d’une vélocité déconcertante suivis de riffs assassins sur des rythmes à 320 bpm au compteur concurrençant sans mal les Américains de Rings of Saturn sur leur propre terrain de jeu, Exocrine intègre aussi diverses méchantes influences deathcore et mosh parts, sans oublier quelques nappes de claviers bien senties et vocaux plus mélodieux (« Dying Light » featuring Clementine Browne du groupe Matrass) pour quelques passages atmosphériques courts mais surprenants. Une énorme claque, française qui plus est ! [Seigneur Fred]