Rares sont les formations capables de maintenir une cadence aussi frénétique sans jamais voir leur armure se fissurer et se perdre dans les affres de la création… Fondé à Milan en 2017 sous l’impulsion du multi-instrumentiste visionnaire Federico Mondelli et de la vocaliste Giada “Jade “ Etro, aux capacités vocales impressionnantes, Frozen Crown a instantanément secoué les fondations du power metal européen et mondial, apportant dans leur bagages un style bien à eux. Dès 2018, leur premier coup d’éclat The Fallen King les a propulsés au sommet notamment grâce au single “Kings“ et ses millions de vues sur YouTube, un véritable raz-de-marée qui a vite installé le groupe comme le nouveau prodige de la scène italienne. Loin d’être un feu de paille, le projet a transformé l’essai avec Crowned in Frost (2019) avant de rencontrer de nombreux problèmes de line-up avec les départs simultanés d’Alberto Mezzanotte (batterie), Thalia Bellazecca (guitares) et Filippo Zavattari (basse) pour raisons personnelles, un séisme total auquel a dû faire face le leader incontesté Federico Mondelli. En octobre 2026, FROZEN CROWN revient avec son déjà sixième album studio intitulé The Legend of the Six Kings (Napalmrecords), deux ans après War Hearts. [Entretien vidéo réalisé par Zoom avec Federic Mondelli (guitares, claviers, chant) par Pascal « The King » Beaumont – Photo : Raoul Noise]
Les Italiens de Frozen Crown nous délivre enfin leur très attendu sixième album studio, The Legend of the Six Kings qui parait ce mois d’octobre chez Napalm Records. Conçu comme une suite thématique directe à leurs débuts de 2018 avec The Fallen King, ce disque boucle la boucle de près d’une décennie d’efforts acharnés pour s’impose sur la scène européenne. Il ne s’agit plus seulement d’une démonstration de force technique ou de vélocité mais d’un concept de dark fantasy des plus réussi soutenus par une formation à trois guitaristes : la jeune prodige Alessia Lanzone âgée de dix-sept ans lors de son intégration, secondée depuis 2025 par Alexandra Lioness, et bien sur le multi-instrumentiste visionnaire Federico Mondelli, guitariste qui se charge aussi des growls et des voix clean alliés à la vocaliste exceptionnelle Giada “Jade“ Etro aux capacités impressionnantes et très diversifiées. Une vraie machine de guerre donc, qui dès le premier morceau vous projette au cœur d’une tempête de power metal avec “Lightning in the Sky“ ici pas d’introduction symphonique à rallonge ni de faux suspense l’impact est immédiat. Le voyage commence dans un embrasement de cordes et de fureur. C’est ultra-rapide et pose immédiatement les bases. Les guitares s’emballent avec un mur de puissance qui vous pulvérise les neurones. La voix de Giada “Jade“ Etro tranche net, annonçant une tempête sonore digne des plus grands tsunamis.
“Who Wants to Burn in Heaven“ est le troisième single proposé. Celui-ci s’appuie sur des chœurs massifs et une atmosphère menaçante. Le texte dépeint un enfer régnant en maître et séduit par un refrain entêtant. Les solos de guitare Alexandra Lioness amènent une touche old-school très enjoué qui nous rappelle Iron Maiden. Il marque un virage plus sombre et heroic dark fantasy. Très groovy, le morceau est entièrement propulsé par des chœurs puissants. Jade explore ici des tonalités beaucoup plus graves et habitées qui sont le petit plus. Elle délaisse parfois la pure vélocité pour chanter avec une théâtralité presque incantatoire. Le texte pose une question provocatrice : « Qui voudrait brûler au Paradis si l’on peut régner éternellement en Enfer ? ». Le tout est soutenu par vidéo-clip qui adopte une imagerie beaucoup plus théâtrale et occulte. Les jeux de lumière exploitent le feu et des teintes rouges/or pour illustrer le concept du royaume souterrain évoqué dans les paroles. C’est la vidéo la plus cinématographique du combo à ce jour, très réussie, elle installe définitivement l’ambiance de The Legend of the Six Kings. C’est une ode à la liberté individuelle et à l’acceptation de ses propres imperfections. Jade Etro y chante le refus du conformisme : il vaut mieux régner en roi parmi les marginaux et les incompris que de brûler à petit feu dans un paradis lissé où l’éclat personnel est étouffé…
“Reborn“ fut le second extrait dévoilé en avant-première, c’est un hymne puissant axé sur l’esprit d’équipe. L’accroche vocale est immédiate avec ces whaooo. Le rythme mid-tempo permet aux arrangements de claviers de Federico Mondelli d’être mis en valeur avant une très belle explosion mélodique finale. C’est avant tout un hymne puissant montrant une unité qui règne au sein de la formation, “Reborn“ ralentit légèrement le tempo pour privilégier des lignes mélodiques massives et un refrain entêtant et très accrocheur. C’est le morceau idéal pour les concerts, doté d’un solo de guitare particulièrement majestueux. Le clip fait exploser une lumière éclatante (symbolisant la renaissance). On y retrouve une esthétique très pure, centrée sur la performance de la chanteuse Giada « Jade » Etro, dont la voix prend des teintes plus chaudes ici et habitées. Comme l’a expliqué le batteur Niso Tomasini, elle poursuit directement l’arc narratif de “The One“ qui nous embarque au fin fond des ténèbres.
“The One“ est d’ailleurs le titre apparaissant en clip dès juin 2026 évolue dans un speed melodic metal, il mise surtout sur l’efficacité brute. Court, incisif il met en valeur la cohésion du sextet le jeu de batterie technique et ultra-rapide de Niso Tomasini. Le riffing est typique du style porté par trois guitares et le chorus fédérateur. Le pont instrumental est d’une précision redoutable. Inspiré par l’univers de J.R.R. Tolkien, la vidéo jouant beaucoup sur les contrastes d’ombres. Visuellement, le sextet est mis en scène dans un environnement sombre et boisé évoquant la terre du milieu. La caméra s’attarde sur la vitesse d’exécution des trois guitaristes (Federico, Sheena, Alessia) pour une présentation montant une harmonie bien établie entre les musiciens. Enfin, le dernier single en date, “Iris“ (reprise des Goo Goo Dolls, combo de rock alternatif américain qui participa à la BO du film La Cité des Anges en 1998) est une belle surprise, la balade est revisitée en version metal mais de manière très légère et subtile, en conservant la mélodie, mais avec l’énergie du power metal. Une belle réussite ! C’est la pause mélodique de l’album. Frozen Crown s’approprie ainsi le tube alternatif des années 1990 en conservant la charge émotionnelle originelle, tout en l’enrobant d’un son de guitare lourd et d’une interprétation vocale vibrante de Jade tout en émotion, accompagné de fort belle manière au piano ! C’est aussi le point révélateur de la maturité de Giada “Jade“ Etro qui brille de mille feux dans ce registre vocal. Seule au milieu des orchestrations lourdes, elle livre une interprétation brute, dépouillée d’artifices métalliques, prouvant qu’elle sait faire passer l’émotion avant la démonstration de force.
Avec “Winter Heart“ on est plus dans power metal atmosphérique, c’est mélancolique et majestueux avec un riff dévastateur. “River of Time“ se situe dans le heavy / metal progressif, plus narratif et linéaire, il s’aventure aux frontières du death metal mélodique par de brefs growls et des riffs plus sombres. La structure est complexe et témoigne de la maturité des jeunes musiciens. “Through the Fire“ est un brûlot incandescent qui réveille les cages à miel. Les trois guitaristes se partagent des harmonies acérées. C’est l’un des morceaux les plus physiques taillé pour le headbanging. “To the Stars“ reste dans le power metal épique, très grandiloquent, il s’envole grâce à des claviers cosmiques et un chant clair et inspiré. “The Legend of the Six Kings“ est un titre très épique et clôt le tout en apothéose sur près de six minutes en démarrant sur un chant growlé. Véritable fresque de dark fantasy, il réunit tous les éléments de cette nouvelle ère, une orchestration royale, des solos flamboyants et une performance vocale totale de Jade Etro qui s’empare définitivement de la couronne pour devenir la reine incontestée de ce royaume de glace transalpin. Sa voix se fait agressive, tranchante, et s’impose face aux trois guitares en furie, s’affirmant définitivement comme l’une des front women les plus polyvalentes de la scène power metal moderne.
Au définitif en refermant les portes de cette fresque monumentale, une évidence s’impose, Frozen Crown ne boxe définitivement plus dans la catégorie des espoirs du power metal européen. Il en est désormais l’un des leaders, appartenant à une nouvelle génération. Avec The Legend of the Six Kings, le sextet italien signe son œuvre la plus dense, la plus sombre et la plus accomplie à ce jour. En refusant la facilité des hymnes purement joyeux pour embrasser la complexité de la dark heroic fantasy, ils n’hésitent pas à innover, quitte à aligner sans complexe trois guitares comme Iron Maiden. Grazie mille pour cette nouvelle ode au power metal. [Pascal « King » Beaumont]

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