GOROD : Plaisir retrouvé

Quel bonheur non dissimulé de retrouver nos camarades bordelais (et n’oublions pas son sympathique chanteur toulousain Julien « Nutz » Deyres) à la fois sur scène et en interview backstage ! Si nous avions quelque peu perdu de vue Gorod depuis leur album A Maze of Recycled Creeds (Listenable Records) paru en 2015 et leur EP Kiss The Freak (autoprod) en 2017, il faut bien avouer honnêtement que leur dernier album studio en date Aethra passa inaperçu à Metal Obs. Mea culpa donc, et même si nous les croisions souvent en concerts en France et en Navarre depuis des lustres (cf. Hellfest), Gorod resta longtemps plus connu et coté à l’étranger que par chez nous finalement. Après deux années de silence liées à la pandémie, il était temps de faire le point avec son guitariste et principal compositeur à l’occasion de leur passage à la quatrième édition du festival The Outbreak à Blois en compagnie de Déluge, Point Mort, et Loudblast. Nous avons donc tenté de lui tirer les vers du nez à propos du très attendu septième album studio du quintet de death metal technique et connaître leurs nombreux et divers projets.. .[Entretien réalisé avec Mathieu Pascal (guitare) par Seigneur Fred – Photos : DR/Seigneur Fred]

Tout d’abord, Gorod a déjà tourné en Europe de l’est et on va commencer si tu veux bien par une question pas facile du fait de cette triste actualité en Ukraine… Peut-on justement revenir s’il-te-plaît sur l’origine russe du nom de votre nom Gorod qui signifie, si je ne m’abuse, « place forte »,« forteresse » ou « village fortifié » comme la terminaison slave « grad » que l’on retrouve dans pas mal de noms de villes célèbres (Léningrad devenue St Pétersbourg, Stalingrad devenue Volgograd, etc.) ?
Alors, on a déjà tourné en République tchèque, et en Slovaquie, mais on n’a jamais fait tout l’est de l’Europe. A l’époque (entre 1997 et 2005), au départ, le groupe s’appelait Gorgasm en fait. Mais on s’est aperçu alors qu’il y avait déjà un groupe qui s’appelait comme ça et qui était plus connu que nous à l’époque. Donc on a dû changer de nom. On a cherché dans le même style.

Et puis Gorguts existait déjà ? (rires)
Ouais ! (rires) On a cherché d’autres mots voisins avec la même racine qui y ressemblait. Il faut dire qu’il y en avait une tripotée de mots en « gor… » suivis de quelque chose. Et on avait trouvé ça, « Gorod ». On trouvait ça joli et ça sonnait bien, et à partir de là on a fait le logo. Mais en fait, là encore, le nom était déjà pris, et on s’en est d’ailleurs bien mordu les doigts après mais bon… (sourires)

En tant qu’artiste français, par conséquent envisagez-vous de changer de nom pour pouvoir tourner sans problème en Europe prochainement et qu’il n’y ait pas d’amalgame possible ?
Non, pas du tout. Ça ne change rien pour le groupe et il n’y a pas de lien ou affiliation. C’est vrai que c’est la sale blague mais on n’a rien à voir avec ça. Je ne pense pas que ça puisse poser problème, honnêtement. Mais tout récemment, je viens d’enregistrer justement un nouveau side-project avec l’ancien chanteur de Psykup, originaire de Toulouse, Mathieu Mageville alias « Milka ». C’est assez spécial, sa voix est mêlée à des instruments classiques. Ça s’appelle Cancel The Apocalypse. Ils devaient justement partir en tournée, et je te raconte le truc : Kiev, Moscou, Minsk… Donc autant te dire que là, ils sont dégoûtés car c’est foutu… Et y figure d’ailleurs notre batteur de Gorod, Karol Diers. Ça donne dans un post metal avant-gardiste, assez expérimental.

En plus, c’est assez compliqué pour nous, occidentaux, je crois, d’aller jouer là-bas en général, notamment en Russie où par endroit, ça craint vraiment. Benighted m’en a déjà raconté des vertes et des pas mures. Marduk aussi une fois s’y était fait volé son matériel. Déjà pour y trouver des dates et lieux, c’est bien, mais généralement sur place, ça laisse à désirer niveau organisation. Il y a aussi parfois des vols, tu ne sais pas trop où tu vas dormir, et surtout si tu vas être payer. Et le public est parfois pas des plus accueillants avec des spectateurs limite politiquement parlant.
Ouais, c’est souvent aussi ce que j’ai entendu même si on a joué jusqu’à là-bas…

Barby et Mathieu (en arrière plan), ou les nouveaux ZZ Top du techno death metal à la française 😉
(photo live @Festival The Outbreak 2022 – Blois par Seigneur Fred)

A présent, revenons, si tu veux bien, sur le dernier album studio en date de Gorod. Il s’appelait Aethra et fut publié en 2018 sur Overpowered Records. Quel bilan tires-tu de cet album qui, je trouve, est passé relativement inaperçu ou du moins n’a peut-être pas bénéficié d’autant de promotion et de la même distribution que quand vous étiez signés sur le label français Listenable Records ? La preuve en est, je ne l’ai pas vu passé à l’époque à la rédaction…
En fait, à la base, c’est un passionné qui avait l’envie et s’est donné les moyens de monter un label, Overpowered Records, et qui nous a permis de presser nos disques en vinyle, etc., sauf qu’il n’avait peut-être pas toutes les compétences, alors on l’a aidé du mieux que l’on pouvait, après ça peut-être évolué depuis… Sinon, l’album Aethra a bien été distribué en magasins, etc. La distribution revenait à L’Autre Distribution, je crois. Et il y a eu de la promo quand même, etc. Pour la partie américaine, en revanche, c’était un peu juste. Il n’y a pas eu assez d’envois promotionnels apparemment, et idem pour les approvisionnements physiques en magasins malheureusement, or aux États-Unis, c’est la moitié de nos ventes surtout que l’on a déjà joué là-bas. Enfin bref…

Oui, dans le passé, je me souviens que vous aviez joué aux Etats-Unis, c’était au Maryland Death Fest et au Milwaukee, et vous étiez même plus connus par là-bas qu’en France paradoxalement, même si entre-temps, votre collaboration avec Listenable Records a permis de rétablir la situation et accroître votre notoriété…
Oui, carrément. Ça c’était à nos débuts, ça fait longtemps. Mais on y est retourné depuis. Au total, on fait une tournée complète canadienne, et deux tournées américaines depuis. Et pour promouvoir Aethra, on a tourné en Europe avec Beyond Creation. Concernant juste la France, il y a eu cette tournée organisée justement par le lael Overpowered Records qui a duré une semaine, en compagnie des groupes Psykup et SUP. Ce fut court par contre là.

A propos d’Aethra, quel était le concept ou l’idée derrière ce titre, et comment le définirais-tu musicalement avec du recul ? Ce fut peut-être l’album le plus accessible de Gorod pour le public, non ? J’ai constaté une approche plus formatée si on peut dire, du moins des chansons plus courtes et moins complexes… Qu’en dis-tu ?
En effet, oui, c’était probablement le truc que j’ai fait le plus ouvert et accessible. J’avais mis le curseur ouvert au max pour écrire les chansons d’Aethra. Je ne pourrai pas faire plus, tu sais, honnêtement. En fait, comme je compose tous les morceaux en général, là j’avais vraiment réduit à un schéma couplet/refrain/couplet/refrain, etc. Et pour tout te dire donc que je ne pouvais faire plus, et puis au bout d’un moment ça m’emmerde, très honnêtement… (rires)

Oui, après c’est le but d’un side project, et pourquoi faire ça à travers un autre groupe…
Tout à fait, voilà, sous un autre nom.

Et les retours d’Aethra furent plutôt bons alors quand même ?
Ouais, carrément.

Ça devient compliqué à gérer maintenant votre répertoire de chansons en concert avec tous vos albums (au nombre de 6 !). Quelle va être votre set-list ce soir ici dans le cadre du festival The Outbreak à Blois ce 26 mars 2022 ?
Alors, on va jouer, si je ne me trompe pas, au moins un titre de chaque album sauf du premier Neurotripsicks. Donc à part celui-ci, tous les albums seront représentés, avec une majorité de chansons tirés de Process of a New Decline, et A Perfect Absolution.

Pas de reprises thrash funky extraites de votre EP Kiss The Freak alors du coup ?
Ah non, c’est vrai, c’est pas prévu.

Vous ne pouvez pas en improvisé une ? D’ailleurs es-ce qu’il y a la place à de l’improvisation sur scène quand Gorod se produit live, un peu comme un groupe de jazz peut le faire ?
Pfff… (rires) Non, impossible. On est trop à cent pour cent. Il n’y a pas la place pour cela chez nous car on joue au millimètre. Nous mon pauvre, si tu nous modifies une note à un endroit, un plan différent d’un break ou un solo, il nous faut alors une centaine de répétitions deux semaines avant pour qu’on l’intègre dans notre set. C’est pas comme ça. On joue vraiment ce que l’on a bossé et on ne s’en éloigne pas.

Pourtant, dans le genre qu’est le techno death, on pourrait croire que par moment vous improvisez. Vous n’en seriez pas capables alors ?
Éventuellement notre batteur, Karol, oui, lui il pourrait le faire : modifier un break à un endroit, mais nous ça nous perturberait, mon pauvre. Nous, les musicie­ns ou le chanteur Julien, non. Il nous faudrait du temps pour bosser le moindre changement. On ne peut pas jouer au radar en fait si tu veux.

Tu connais certainement, hors de la scène métal, le trompettiste Ibrahim Malouf, qui cherche dorénavant à sortir des sentiers battus et à improviser dans le jazz avec son instrument qu’est la trompette. Même s’il a sorti un album dispensable à Noël dernier sur la reprise des classiques de Noël revisité à la trompette, il encourage à sortir des schémas classiques appris en conservatoire et dépasser les habitudes de la musique classique. Bon, je me dis que pour pouvoir être capable d’affirmer cela et le faire, il faut justement paradoxalement un haut niveau technique et avoir digéré le conservatoire, car ce n’est pas donné à n’importe qui…. Qu’en penses-tu, toi en tant que musicien de death metal technique ?
Bah, ça dépend, c’est du point de vue du style. Par exemple, dans son genre musical qu’est le jazz, pour lui, il n’est pas nécessaire d’avoir et d’entendre un coup de caisse claire à chacune de ses notes ou toutes les deux notes de trompette si je ne dis pas de connerie. Alors que nous, dans le metal, généralement si, à chaque note correspond une frappe de batterie. Voilà la principale différence même si là comme exemple, je simplifie, bien sûr. Donc du coup, dans le métal, tu ne peux pas vraiment improviser rien qu’à cause de ça du coup, et c’est valable pour tous les instruments qui rentrent en compte dans l’ensemble de notre musique, hormis la batterie donc. En fait, on répète des centaines de fois les morceaux pour être au point, il ne reste aucune place à l’improvisation.

Malgré votre haut niveau technique à tous ?
Justement, c’est grâce à ce niveau technique que l’on peut interpréter nos morceaux pour ensuite atteindre la perfection, sinon en improvisant ce serait dur pour chacun d’entre nous.

Donc au final, celui qui veut improviser dans le metal doit avoir un sérieux bagage technique mais ça ne suffit pas pour autant. Il faut alors jouer un autre style de musique… (rires) Et comment ça s’est passé pour vous au sein de Gorod les divers confinements en 2020 et 2021 : vous avez joué un peu de votre côté, pu faire quelques concerts en petit comité quand même par chez vous à Bordeaux, et avez-vous composé car vous auriez pu produit un ou deux nouvel EP comme Crisix, vos camarades de votre ancien label, l’a fait par exemple avec The Pizza après son album de reprises de thrash américain ? Vous auriez pu faire un Kiss The Freak II avec de nouvelles reprises de thrash funky à la sauce Gorod ? (sourires)
Cela ne s’est pas fait tout simplement parce que déjà, sur Aethra, j’avais vraiment fait mon maximum pour proposer des compositions plus ouvertes et simplifiées. On m’a alors demandé d’en écrire de nouvelles du même acabit, mais je n’ai pas pu, si tu veux. On m’a un peu forcé… J’ai fait quand même des morceaux du même style que sur Aethra, mais les autres gars du groupe m’ont finalement dit non. Alors, sur le moment je l’ai un peu mal pris, et ça m’a bloqué pour créer autre chose. Au final, durant ces deux dernières années, si l’on a rien produit de nouveau à part maintenant les nouveaux titres qui vont arriver successivement comme le premier single « Victory », c’est parce que je n’ai pas été capable de me remettre à la tâche et de sortir de nouveaux morceaux pour Gorod. Mais même si j’ai rien fait au final contrairement à d’autres groupes qui ont enregistré plein de nouveau matériel et ont été inspiré, de mon côté, j’ai quand même essayé. Une telle période de pause aussi longue comme ça à cause de la crise du covid-19, eh bien ça a été en fait une opportunité, et c’est déjà bien d’essayer, je pense, d’expérimenter même si rien n’a abouti. Cependant, pendant le confinement, je me suis mis à construire moi-même ma propre guitare d’inspiration Fender Telecaster avec sept cordes, tout en acajou, avec manche traversant, grâce à du matériel et des outils que j’ai eu par mon entourage familial, et ça m’a pris pas mal de temps ça… (sourires)

Alors petite question plus personnelle : je me souviens que lors de la promotion de l’album A Maze Of Recycles Creeds en 2015, je t’avais interviewé et tu venais de crever en voiture en rentrant chez ta mère où tu vivais à l’époque, ou du moins là où tu jouais et répéter avec le groupe près de Bordeaux… As-tu déménagé entre-temps ou durant le confinement justement ? (rires)
Ah ah ! (rires) Alors c’est pas tout à fait ça, mais pas loin. Ça remonte en effet à … En fait, j’ai mon home studio installé dans la cave de ma mère, toujours. C’est là où l’on répète et joue avec le groupe, et enregistrons nos morceaux et où je mixe le tout. Mais personnellement, je vis ailleurs, non loin de chez ma mère en fait, à environ deux kilomètres. (sourires) D’ailleurs, durant les confinements, je faisais des petits allers-retours… (rires)

Donc vous n’avez pas répété durant les confinements, même à distance, par Skype ou autre par internet ?
Non, en fait, comme je te disais, ce fut assez bizarre. On n’a pas répété non, et avons fait une vraie pause. On rentrait tout juste de notre seconde tournée américaine, tous ensemble, le mercredi précédent le confinement annoncé le lundi 16 mars 2020. Donc on avait été ensemble en voyage pour cette tournée et en rentrant, on avait qu’une seule envie de rentrer chacun chez soi après un tel voyage d’un mois environ, bien que ce soit bien passé, attention, mais bon. Après, un an a passé, et là on s’est dit : « eh oh les gars, on ne s’est pas vu depuis un an, on va peut-être se revoir et faire un truc avec Gorod, non ? » (rires) On a donc un peu glandé, j’avoue… (rires)

Ok, c’est ainsi qu’arrive maintenant ce nouveau et premier single baptisé « Victory », annonciateur d’un prochain album studio, je présume, que tu as composé ? Comment est né ce titre dont le vidéo clip est très relaxe et a été enregistré à la maison sous forme de retrouvailles entre potes pour célébrer un peu la victoire (encore fragile et incertaine) sur l’épidémie de covid-19…?
Non, en fait, on va sortir petit à petit nos nouvelles chansons et on verra à la fin pour sortir l’album en entier, une fois compilés les morceaux, d’ici la fin de l’année, à l’automne (novembre probablement) ou l’année prochaine en 2023… Dans tous les cas, ça sera à une période où l’on pourra tous au sein du groupe tourner. Mais oui, sinon tu as raison, généralement c’est moi qui compose tout et écrit tout pour Gorod, mais là, il s’avère que c’est Julien « Nutz » Deyres, notre chanteur, qui a composé le riff de son côté. Il avait deux riffs de composés, et a voulu me les faire écouter.

Ah bon, Julien sait aussi jouer de la guitare ? Faut dire qu’il a tellement de side-projects, au moins cinq, je crois, il est incroyable…
Ouais, il joue de la guitare, et joue bien même ! (sourires) Je crois bien même qu’à la base, il jouait de la guitare avant d’être chanteur… Alors c’est des styles dans lesquels il joue qui sont différents de Gorod, enfin il accompagne par exemple End, un groupe toulousain. Il joue aussi dans Ring on Day. Ils ont vraiment un esthétisme musical assez particulier, c’est plutôt tordu, et c’est marrant des fois qu’il apporte une idée de riff pour Gorod. Et comme de mon côté, j’étais en panne d’inspiration pour créer de nouveaux morceaux, j’ai demandé aux gars de contribuer à l’écriture de nouveaux titres afin d’avancer. Traditionnellement, par habitude, c’est toujours moi qui compose et écrit tout dans Gorod, donc ils se sentaient un peu gênés des fois de me proposer quelque chose de nouveau, je pense. Là au contraire, j’étais demandeur car je n’avais rien réussi à composer de nouveau. Parfois, dans le passé, on m’amenait déjà des choses qui n’aboutissaient pas c’est c’était pas grave, ou alors on le modifiait, mais là c’était vraiment utile.

Mais je reviens à votre discographie passée avant de parler du futur : comment votre EP Kiss The Freak avait vu le jour à l’époque en 2017 ? C’était une idée des autres aussi ?
C’était différent, collégial je dirai. C’est né peu dans l’urgence, un peu par surprise, car on avait appris trois mois à l’avance que l’on partait en tournée avec le groupe de thrash Havok, alors il nous fallait enregistrer quelque chose de plus adapté, car on s’était dit que devant un public thrash, on devait proposer un répertoire de circonstance. Même si on joue du death metal, on connaît un peu les codes tout de même du thrash, on s’est dit alors, on y va. De toute façon, là encore, on a essayé, ça l’a fait et de toute façon, on s’en foutait car j’ai mon studio, donc on n’avait plus qu’à enregistrer. Cet EP tomba alors un peu comme un cheveu dans la soupe… (sourires)

Et donc où est le projet d’un septième album studio alors alors par conséquent ? Avez-vous ou êtes-vous à la recherche d’un nouveau label ? C’est quoi le plan de Gorod en 2022 ? (rires)
Comme je te disais précédemment et an aparté, on n’a ni date de sortie de prévue ni label pour l’heure. Donc c’est plutôt relax et en même temps non. On a déjà dix nouveaux titres d’écrits et de prêts. Donc, on ne connaît pas ces variables de label et de date, mais par contre, on a vraiment la volonté de sortir un nouveau titre régulièrement sur internet, tous les un mois et demi, avec pour chacun une vidéo de réalisée. Pas mal de groupes fonctionnent de nos jours ainsi. Ainsi, je pense, on aura une bonne visibilité. Et à la fin on sortira l’album. Cela nous permet donc de sortir de nos années de léthargie (rires). Si on fait comme ça, d’une part cela nous fera de l’actu régulière, et ça nous forcera et permettra de nous revoir entre nous, en tant que groupe, pour faire un nouveau clip, enregistrer, faire les choix artistiques, discuter, etc. Rester actif. Et puis aussi, quand on regarde bien les chansons écoutées sur les lecteurs Spotify, Deezer, etc., quand il s’agit d’un album, il y a toujours seulement la première et la seconde éventuellement de beaucoup écoutées et vues. Mais les autres morceaux ne sont pas aussi mis en avant et sont quelque peu délaissées. Sortir un titre régulièrement permettra de tous les faire écouter pour faire véritablement découvrir l’album, et non pas juste un ou deux singles au détriment des autres…

Julien « Nutz » et Barby de Gorod live @Festival The Outbreak 2022 – Blois (France) (photo par Seigneur Fred)

Enfin, quand peut-on vous voir cette année en concert en France ? Des festivals d’été peut-être prévus un peu partout en France ou à l’étranger aussi ?
Alors ces petites dates ici à Blois, puis à Paris. On a recommencé à jouer d’abord par chez nous à Bordeaux. Et à venir, plein de trucs… Dans l’ouest là en avril/mai 2022 : Nantes (Férailleur), Rennes, Bordeaux mais aussi dans l’est à Metz… Il y a aussi cette tournée de warm up du Motocultor un peu partout en France. En matière de festivals, ça a été annulé pour celui au Portugal, le Barroselas en avril. Mais on va participer à un festival en Angleterre, le « UK Tech Fest », etc.

Pas de participation au festival Hellfest pour Gorod ?
Ouh la, ça fait un bail que l’on n’y a pas joué, au moins dix ans.

Tout de même quand on avait fait ensemble le hors-série sur les groupes français avec Mass Hysteria, Otargos, Gorod, et Loudblast, si ?
Non, on avait dû y rejouer une fois, mais pas plus que ça sinon depuis malheureusement…

Merci à Mathieu Pascal et sa 7 cordes !

Tout à l’heure, on parlait d’improvisation et de technique instrumentale or Gorod pratique un death metal relativement technique de haut niveau. J’ai l’impression parfois que la musique, notamment à la guitare, c’est un peu comme les maths et il y a beaucoup de points communs. Considères-tu le jeu à la guitare électrique comme des mathématiques à ton niveau tant votre musique est complexe ? Tout est question de temps à compter, contre-temps, rythmes, de variantes, de tons, demi-tons, et de réglages de tout un tas de composants électroniques, etc.
Oui, c’est des maths et de la physique bien sûr, mais rien de très compliqué. Pour les maths, ça reste du niveau CE2, addition ou soustraction de petits nombres, savoir diviser par 2 et 3… En fait c’est plein de petites opérations basiques mais qu’on apprend à faire très rapidement et instinctivement. Comme par exemple quand on lit l’heure sur une horloge à aiguille : la petite aiguille est sur le chiffre deux et la grande sur neuf, et pourtant sans réfléchir, on dit : « il est 3 heures moins le quart ». Parce qu’on fait cette opération, pourtant pas si facile, tous les jours depuis tellement de temps que c’est devenu automatique. En musique, c’est un peu pareil, il faut savoir compter une métrique sans compter justement, à petite ou grande échelle (jouer quatre fois un riff de quatre mesures à quatre temps comprenant chacun quatre doubles croches, etc.). En harmonie c’est un peu le même délire, mais c’est plus compliqué je trouve parce que là les maths ne suffisent plus. Il y a une plus grande part de sens, de ressenti et de culture qui se mêle à la logique et à la théorie, qui est en plus nettement plus complexe. Il ne suffit plus de savoir compter jusqu’à 12, il faut aussi savoir quel « rôle » joue 2 par rapport à 9. Par exemple on se demande si ces deux notes sont agréables ensemble, est ce qu’ils sont acceptés en tant que couple dans notre culture, etc. Après ça n’a jamais été nécessaire de savoir toute la théorie et les maths en dessous pour arriver à jouer, composer, ou juste prendre plaisir à écouter de la musique. Dans le cas de Gorod, même si ces connaissances me servent surtout, quand j’écris, à trouver rapidement des solutions, à terminer des choses en me servant de « recettes » qui ont fait leurs preuves, ça m’est aussi souvent utile pour m’éloigner des sentiers battus, ne pas me répéter, trouver des idées fraiches et surprenantes (en tous cas à mes oreilles, je ne prétends pas avoir inventé quoi que ce soit !). Si notre musique sonne complexe, c’est pas mon but à la base. J’ai juste envie qu’elle soit différente de ce à quoi on s’attend, et je pense que si je ne connaissais pas toute cette théorie, je serais condamné à copier la musique des autres ou la mienne. Tu auras compris, le sujet m’intéresse beaucoup. J’ai toujours eu ce penchant pour la science en général, j’aime bien savoir comment marchent les trucs, que ce soit la musique ou même toute la technique qu’il y a autour. Comme par exemple en effet savoir régler son instrument demande quelques connaissances en mécanique, même empiriques. Pour faire de l’enregistrement ou de la production c’est pareil, c’est mieux d’avoir quelques connaissances en physique/électricité, je pense. En plus, maintenant avec YouTube par exemple, c’est devenu super simple de se cultiver et d’apprendre de nouvelles choses. On n’est plus limité à ce qu’on a pu apprendre à l’école.

Bon alors, comment s’appelle le prochain ? Ou alors au moins déjà second titre de Gorod ? Un scoop pour Metal Obs peut-être ? (sourires)
Le nouveau morceau a été enregistré récemment, avant de venir au concert que l’on donne ce soir ici au festival The Outbreak. La préprod’ est faite. Pour l’heure, le nom du répertoire sur mon logiciel que j’ai créé est provisoire, donc je ne peux te donner que son nom informatique provisoire du nouveau dossier informatique si tu veux vraiment… Je l’ai nommé : « Chatte » ! (rires) Car je ne savais pas quoi mettre… (rires) Plus sérieusement, l’album s’inspirera d’une citation de Hegel (Ndlr : philosophe allemand de la fin du XVIIIème/début XIXème siècle), qui avait écrit un truc du genre : « Il vaut mieux regarder la forêt pousser que l’arbre qui tombe… » (sourires)

=> Live report de Gorod au festival The Outbreak à Blois (41) – France le 26/03/2022 à retrouver ici avec Point Mort, Déluge, et Loudblast !

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