« Crossover never dies », pourrait-on s’écrire. Autrement dit dans notre langue pour ceux réfractaires aux cahiers de vacances d’anglais : « le crossover ne meurt jamais » ! Initié dans les années 80 par des groupes comme DRI, SOD, ou Suicidal Tendencies, ce sous genre du metal qui mixe l’énergie du hardcore et les riffs plus audacieux et véloces du thrash est toujours resté à l’affut, revenant régulièrement assener des mandales aux auditeurs tout en mettant en avant un discours social bien loin des clichés du metal « classique ». D’ailleurs, un nouvel Anthrax se profile à l’horizon, mais ça, on vous en reparle bientôt à METAL OBS…
Mais revenons ici à nos thrasheurs du jour. Né au début de années 2010 en Virginie avec des membres de Municipal Waste et Cannabis Corpse, Iron Reagan s’inscrit totalement dans cette veine, proposant une musique ultra énergique, faite pour le live et ne s’embarrassant pas de fioritures, alternant albums complets – le premier Worse than dead est sorti en 2013 – mini-LP, split avec Exhumed en 2014 – pour proposer des titres courts et rentrant directement dans les cervicales de l’auditeur !
Quelque peu absent depuis son split 45 tours avec Sacred Reich en 2019, sans doute suite aux démêlés judiciaires de leur ex-bassiste Rob Skotti, Iron Reagan a donc décidé de faire son retour avec l’EP Demonetization. La formation américaine ne se pose pas de question et balance donc six titres de pur crossover dont l’originalité n’est pas le mot d’ordre, mais qui privilégie l’efficacité ! Démarrant pied au plancher avec la chanson-titre « Demonetization » pour une durée de 58 secondes seulement, les Reagan métalliques alignent riffs décapants et cavalcades typiquement syncopées hardcore, entrecoupés de quelques breaks permettant de relancer la machine. Ainsi, « God don’t like it » se déroule par exemple sur un mid tempo presque reposant. Presque… Le chant n’est pas en reste ! Tony Forresta braille plus que de raison, crachant ses textes dans un débit mitraillette là aussi typique du genre. Ici, on ne perd pas de temps en fioritures, on va droit au but et surtout on ne surcharge pas les titres. Le plus long « Make it Ugly » prend presque l’allure d’un morceau épique avec ses 2 minutes 42, ses chœurs sur le refrain, ses solos et son passage mid tempo. Pas besoin d’en faire plus. Carré, propre – le mix et le mastering de Zach Miller est clair et précis – efficace ! Du pur Iron Reagan en somme. Mention spéciale pour la batterie dont l’enregistrement a fait l’objet d’un soin tout particulier de la part de Pedro Aida au studio Audio Verité ! Elle est à la fois puissante et précise !
Ce mini-album s’achève avec « Turning Green » aux paroles prophétiques (oui, nous fonçons tout droit vers l’enfer sans espoir de retour…) et qui reprend tous les éléments sus-cités. A peine dix minutes donc, mais qui passe encore plus vite tant l’énergie est présente ! La pochette participe de cet état d’esprit furieusement hxc, avec cette créature décharnée brandissant un crucifix !! Aucune concession ou de politiquement correct, Iron Reagan offre à ses fans un condensé de furia crossover. Les amateurs seront aux anges, les autres écouteront sans doute ce petit moment d’un air plus dubitatif, en tapant juste du pied, même si l’on sait que les codes du style sont bien plus gravés dans le marbre que l’état d’esprit de leurs géniteurs pourraient le croire. Oui, les rebelles peuvent parfois être très conservateurs.
En attendant, Demonetization est un bon EP, honnête, qui fera patienter les fans du groupe quant à un nouveau véritable album, une petite récréation frontale et brutale qui n’ajoute peut-être rien à la gloire d’Iron Reagan, si ce n’est pouvoir repartir en tournée défendre ces compositions toutes fraîches, et de toute manière, ce n’est pas demain qu’on les verra adoucir leur musique dans l’espoir de l’aumône d’une caresse. En parallèle à cette sortie, Relapse en a profité pour rééditer en vinyle les albums The Tyranny of Will et Crossover Ministry dans de superbes versions très colorées. Comme quoi, on peut encore être rebelle mais avoir le sens du commerce de nos jours. [Dave Saint Amour]

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