Fort de plus de quarante ans de carrière, le quatuor norvégien EINHERJER a sorti le 19/06/ 2026 son sixième album, intitulé Lifeblood, chez Norse Music, perpétuant sa saga viking metal. Six années se sont écoulées depuis leur dernier album studio North Star (2021, By Norse Music), suivi en 2022 par le très bon enregistrement live Norse and dangerous (Live… From the land of legends, toujours chez Norse Music). Trois singles ont actuellement fait l’objet d’un clip, « Bloodhorn », le titre d’ouverture de l’album, le très mélodique « Dei Så Ser », et le très accrocheur « Gone ».

Sans réelle prise de risque, notre horde de doux vikings (car leur style n’est pas des plus brutaux dans le genre), EINHERJER poursuit donc son œuvre dans un style qu’il a lui-même contribué à façonner au fil des décennies, le « metal norvégien » (ou folk/viking metal comme certains l’appellent), aux côtés de légendes comme ENSLAVED (originaire de la même petite ville Haugesund) ou BORKNAGAR. Ce nouvel opus, Lifeblood, reste dans la thématique des autres disques du groupe, utilisant la culture et le folklore scandinave comme toile de fond. Pourtant, point de viking en carton ou d’invitation à lever sa corne pour trinquer ave de l’hydromel ou une cervoise. Ici, la mythologie et ses clichés n’est jamais directement invoquée dans les huit titres et les cinquante min de cette nouvelle offrande : elle fait plutôt partie de l’atmosphère crée par le groupe, sans en être le sujet principal. Cet opus porte en effet en lui une réflexion plus profonde, axée davantage sur l’appartenance à un héritage et des racines scandinaves, et au lien qui unit les individus à travers le temps. La nature, la mer et sa brutalité, sont bien sûr centraux dans l’approche de ses auteurs, originaires de la côte sud-ouest de la Norvège, notamment dans le titre « Malstrøm » où le fracas des vagues est perceptible dans les paternes de batterie. Histoire, mythologie et nature, sont autant d’éléments épiques qui donnent de la profondeur et du caractère à la musique d’EINHERJER depuis ses débuts. C’est tout simplement ancré dans leur ADN.
Développant un savant mélange de black, de death, et de heavy metal et surtout de folklore musical, les quatre bardes d’EINHERJER réutilisent les différents éléments qui ont façonné, depuis BATHORY et période viking/folk metal (Hammerheart et Blood on Ice), l’esthétisme du metal scandinave. Les riffs des guitares de Frode GLESNES et de Tom ENGE sont typiques du genre et ils adoptent un caractère « ritualiste » très appuyé (ils sont souvent joués mid-tempo, sans être trop techniques, mais régulièrement répétés tout au long de l’album). Joués de concert avec la batterie de Gerland STORESUND, aux sonorités de tambour de guerre, ces combinaisons rythmiques créent une atmosphère martiale et typiquement « scandinave », notamment sur les titres « Saltworn Runes » ou « Arr for Arr ». Au micro, le chant occupe une place essentielle dans les compositions et il contribue au développement du côté épique de l’ensemble. Porté par le timbre rauque de la voix de Frode GLESNES, et souvent accompagnée par les chœurs en chant clair de Tom ENGE. On se laisse alors facilement porter par les textes des récits de marins Vikings, comme sur le titre d’ouverture, « Bloodhorn », ou sur la longue épopée de la dernière plage sonore, « The Eternal North » (de plus de 9 min).
C’est d’ailleurs ce dernier titre épique qui résume finalement bien l’approche d’EINHERJER sur cet opus : sans vouloir révolutionner le genre, mais en cherchant à l’enrichir, les compositions adoptent un équilibre bien dosé entre l’aspect rythmique, la brutalité des riffs et les mélodies apportées par les différents instruments (notamment les différents soli de la guitare lead d’Ole SØNTABØ). La production très soignée de l’album contribue également à la création d’une atmosphère maîtrisée, misant sur la clarté de l’ensemble et un son équilibré et texturé (la basse de Frode GLESNES jouant ici un rôle essentiel en densifiant l’ensemble, comme sur le titre accrocheur « At the Treshold’s End »). Les chansons sont bien construites, les refrains sont efficaces, et les riffs adoptent une brutalité mesurée ou presque lissée dans certains cas. La structure de l’album est claire et s’articule autour de deux parties : les quatre premiers les titres sont les plus accrocheurs et permettent de mettre en place l’univers sonore du quartet norvégien (comme sur « Gone », qui devrait très bien fonctionner en live), tandis que la seconde partie est introduite par le très mélodique « Dei Så Ser » (avec son introduction à la guitare acoustique et à la tagelharp, une lyre à archet traditionnelle scandinave), véritable point de pivot qui nous fait basculer vers des titres plus directs (on pensera par exemple « Saltworm Runes » notamment, le titre le plus black metal de cet ensemble), avec donc une fin d’album épique sur le morceau « The Eternal North ».
Au final, EINHERJER livre à travers ce Lifeblood l’un de ses albums les plus maîtrisés, équilibrés et intenses. Comme le déclare très bien Frode GLESNES: « Cet album parle de continuité. Il parle de la façon dont le passé ne disparait jamais, mais coule en nous comme un courant ». Un opus qui nous rappelle donc que le temps contribue à façonner l’identité musicale scandinave du groupe de Haugesund (on pensera par exemple au vingt années nécessaires pour que le titre « Dei Så Ser » ne prenne sa forme définitive), mêlant le passé, la mémoire de l’héritage Viking (symbolisé par la mer, la nature et la mythologie) à un metal moderne, qui ne s’enferme pas dans un style historique mais qui cherche à en enrichir les principaux codes. A noter enfin que nos vikings se produiront au cours des festivals d’été (ils ont joué en juin dernier au HELLFEST à Clisson, le 19/06/26), ou dans d’autres grands rendez-vous européens comme le WACKEN par exemple (01/08/26). [Miju 666]

Publicité