Issa, de son vrai nom Isabell Oversveen, est une artiste norvégienne qui a déjà une belle carrière derrière elle, même si en France elle demeure relativement confidentielle actuellement. Pourtant, la chanteuse dénombre pourtant pas moins de huit albums à son actif dans un esprit rock mélodique, voire AOR, séduisant et de qualité, porté sa voix puissante avec un talent indéniable. [Entretien avec Isabell « Issa » Øversveen (chant) par Pascal Beaumont – Photos : DR]

Lorsque tu es sur scène, qu’essayes-tu de transmettre au public à travers ta musique et un show d’Issa ?
Je pense que c’est avant tout la passion qui doit transparaître. J’adore jouer dans des festivals, sortir et donner de bon concerts. C’est toujours difficile lorsque tu es une artiste solo car tout est très cher, c’est moi qui gère tout financièrement, tu sais. Il y a une énorme différence lorsque tu chantes seul avec la position de chanteur/euse dans une formation. Cela a toujours été un défi pour moi, mais je suis partante si une éventualité se présente, et j’espère que nous pourrons défendre cet album sur scène car c’est la chose la plus importante de ma vie. Ces dernières années, il y a eu le covid malheureusement, aujourd’hui ça va mieux et en même temps il y a beaucoup plus de challenge que par le passé. En fait, je suis plus sollicitée pour jouer en festivals que dans les clubs.
Ce qui est impressionnant à l’écoute de ce nouveau disque Another World, c’est qu’on est embarqué au cœur d’un style rock AOR typique des eighties. C’est un véritable tour de magie ?
Tu sais, je suis née en 1983, c’est un peu ma génération, j’ai découvert cette musique à travers mes parents, celle de années 80 mais aussi 90 qui correspond plus à mon époque ensuite quand j’ai grandie. Mais c’est vrai je suis influencée par les eighties, mon père adore ce style. J’avais dix-huit ans lorsque j’ai créé mon propre groupe, j’aimais ce son rock, ces chansons sympas. Après, j’ai aussi découvert que je pouvais chanter très haut, en faisant de la scène j’ai découvert le public qui se disait : « Oh mon dieu ! » (rires). Cela m’a motivé à poursuivre dans cette direction. C’est arrivé comme ça doucement, mais c’est ce que j’aime.
Le premier single extrait de ce nouvel opus s’appelle « Armed & Dangerous ». Est-ce ce toi qui choisi ou bien la maison de disques qui a au final souvent le dernier mot ?
Lorsque nous avons terminé l’album, nous avons présenté les morceaux à Frontiers pour qu’ils nous donnent leur avis. Par le passé, le directeur artistique écoutait et choisissait telle ou telle chanson, ils ont toujours leur idée à ce sujet généralement. Cette fois-ci, lorsque nous avons commencé à évoquer les singles, ils avaient envie de mettre en avant certains titres et nous n’étions pas d’accord, il y avait trois morceaux qu’ils appréciaient : « The “Road to Victory », « All These Wild Nights » et « Armed & Dangerous ». Ils voulaient mettre plutôt en avant « Road to Victory » et « Armed & Dangerous » alors que nous, dans le groupe, on préférait « All These Wild Nights ». Mais ce n’est pas évident et parfois c’est même bénéfique que ce soit le label qui choisisse parce que lorsque tu enregistres, que tu es en plein dedans sans aucun recul, c’est difficile de se faire une opinion et d’être objectif. Donc c’est bien que quelqu’un d’autre choisisse à ta place. Chez Frontiers il y a une équipe qui écoute les titres, prépare une setlist et décide quel est le meilleur morceau à mettre en avant. Donc c’est aussi intéressant d’avoir leur retour car ce n’est pas parce que tu aimes une chanson que nécessairement tout le monde va adorer et que ce sera la bonne pour en faire une vidéo. Généralement c’est ainsi que nous fonctionnons même si je ne suis pas toujours d’accord, tous les titres sont très bons, donc pour finir c’est très bien ainsi. (sourires)
Tu as déjà publié huit albums solo, cela fait quatorze ans que ton premier opus a vu le jour. A la base, est-ce une volonté d’évoluer en tant qu’artiste solo ou as-tu déjà été tentée d’intégrer un groupe ?
C’est mon destin. Avant d’être signé par Frontiers il y a une quinzaines d’années, j’étais une jeune fille qui aimait chanter et qui faisait des reprises. Je voyageais partout en Norvège, je donnais déjà des concerts plus ou moins importants mais j’avais déjà envie de créer mon propre projet, chanter mes chansons. Je vivais pour ça et j’ai eu alors cette opportunité de signer avec ce label, il y a quinze ans, cela fait beaucoup de temps… Le boss de Frontiers Records en Italie, Serafino Perugino, m’a dit qu’il y a très peu d’artiste qui sont restées aussi longtemps avec lui. C’est assez incroyable. J’ai toujours progressé et reste ouverte à tout ce qui se présente. Mon mari James Martin (claviers) compose énormément de morceaux, il a écrit le nouvel album en entier cette fois-ci. On a toujours beaucoup d’idées tous les deux pour se lancer dans certains projets. Bien sûr, si une formation importante se rapprochait de moi, je serai partante, je suis ouverte à toutes les possibilités.
Lights of Japan est sorti en 2023, le moins que l’on puisse dire c’est que vous avez été très rapide au niveau des compositions et leur enregistrement ?!
Oui, tout est allé très vite, mon mari compose énormément pour moi. Il a débuté à mes côtés avec Sign Of Angels mon premier disque. C’est à cette période que nous nous sommes rencontrés grâce à Frontiers Records. Je faisais mon truc à moi et lui pareil, il a toujours eu un esprit très créatif. Il est assez incroyable, on vit ensemble et dès qu’il a composé un morceau il vient me voir et on l’adapte pour qu’il me convienne vocalement, ça fonctionne très bien ainsi. Pour les autres albums, le label me demandait de chanter sur tel type de chanson car ils pensaient que c’était le bon morceau, je n’avais pas vraiment de regard sur les titres, je devais adapter mon chant à ce que l’on me proposait, ils étaient bons bien sûr, mais moins personnalisés. Mais cette fois ci, nous étions à la maison et on a travaillé ensemble avec des musiciens qui font partie de ma famille et qui souhaitent le meilleur pour moi et cela a très bien fonctionné car c’est plus honnête. Il y avait un échange, je pouvais dire que je n’aimais pas telle ou telle partie. J’étais libre. Je pouvais chanter sur des morceaux qui correspondaient mieux à ce que j’avais à l’esprit et mon mari gérait tout. Je n’étais pas comme une petite fille qui disais oui à tout, je pouvais être moi-même. C’est pour cela que nous avons été capables d’être aussi rapide, je pense. Nous étions une bonne équipe qui fonctionnait bien.
Je suppose que parfois ça n’a pas dû être évident de travailler ainsi avec son mari, il peut y avoir des hauts et des bas ?
C’est exactement cela. Parfois ce n’est pas simple mais on se connaît depuis longtemps. On peut avoir des opinions différentes sur un titre qu’il a écrit mais le but est de toujours proposer quelque chose d’encore meilleur. Il peut avoir une certaine idée mais je suis libre de faire mes parties vocales comme je l’entends. Nous discutons beaucoup et finalement, on tombe toujours d’accord. (sourires)
Travailles-tu beaucoup ta voix en amont, que ce soit avant de rentrer sur scène ou en studio ?
Oui, c’est un gros travail car je vieillis, comme tout un chacun. Je vais avoir quarante ans cette année ! Cela me prend plus de temps pour me mettre en condition, il y a beaucoup de morceaux ou la voix est placée très très haut. Je prends le temps de bien chauffer mes cordes vocales pour que cela ait un sens au niveau de la préparation et qu’elles soient prêtes au bon moment le soir avant le show. Lorsque tu enregistres un titre, tu ressens souvent cette sensation que le jour suivant ta voix sera meilleure. Il faut t’entraîner, c’est ça le point important, il faut continuer à chanter, ne pas s’arrêter sinon tu risques de ne plus atteindre les notes les plus hautes. Il faut continuellement entretenir ses cordes vocales.
Comment procèdes-tu lors de l’enregistrement de tes parties vocales ?
(Ndlr : par vidéo, elle me montre le micro dans la pièce ou l’interview est réalisée). Je ne vais pas en studio, j’ai le mien, ici à la maison, c’est dans cette pièce que j’ai enregistré les voix. J’ai aussi appris beaucoup en matière de production. C’est mon envie de travailler ainsi, j’apprécie cette façon de travailler…
J’imagine que pour toi c’est une totale liberté, tu peux enregistrer lorsque tu as envie, tu choisis le moment idéal pour ta voix ?
Absolument, je suis très occupée, j’ai deux jeunes enfants, donc je suis très entourée, je travaille beaucoup tous les jours et avoir la possibilité de pouvoir venir dans cette pièce et enregistrer mes voix sans avoir besoin de bouger, de voyager, ni prendre l’avion, c’est vraiment fantastique. On a tout fait ici, cela nous a éviter tous ces échanges de fichiers comme nous avons fait avec Michele Guaitoli (Visions Of Atlantis, Kalidia). Je lui envoyais alors mes prises et il me faisait un retour. Le fait d’avoir tous les morceaux à la maison, je pouvais les travailler autant que je voulais, on a effectué un vrai travail d’équipe, personne d’extérieur, je pouvais tenter de nouvelles choses, tester nos envies et enregistrer sans contraintes.
Justement, à quel défi vocal as-tu pu être confronté parfois ?
Avec cet album, j’ai essayé de ne pas chanter que des chansons où les voix sont très hautes en termes de tonalité. Dans le passé, sur certains disques le chant était très haut simplement parce que ça sonnait fondamentalement mieux et avoir en quelque sorte un équilibre, c’était notre volonté. Nous avions ça en tête lors de ces sessions. La plupart des titres ont été très faciles à chanter pour moi, tout s’est bien passé, il n’y a rien que je n’ai pas pu faire. Un de mes titres préférés est « Only in the Dark ». Il s’agit d’une balade mélancolique et ça a été un défi parce que je voulais obtenir le meilleur émotionnellement parlant, atteindre un point mélancolique puissant au niveau des voix et ça c’est difficile, transmettre toute l’émotion que tu ressens… Parfois il faut chanter (ndlr : elle se met à chanter), chanter haut et aussi plus bas à d’autres moments il faut moduler. Une chanson c’est un peu comme un puzzle que tu assembles petit à petit et lorsque tu as terminé tu es heureux. (sourires)
Tu disais être maman de deux enfants et aussi chanteuse. Comment arrives-tu justement concilier ces deux versants de ta vie ?
Parfois, c’est très compliqué parce que deux jeunes enfants demandent beaucoup d’attention. Il y en a un qui a huit ans et l’autre quatre ans et ce sont deux garçons. Il faut donc jongler entre les deux, la musique et les enfants, et cela chaque jour. Dans le futur je pense que je ferai plus de scène car mes enfants seront un peu plus grands. Je vais pouvoir me concentrer sur la musique live et sur le moment présent. Mais les huit dernières années ont été un énorme défi, les enfants, les clips à tourner, les enregistrements, aller en Italie pour faire ci ou ça. Avoir de jeunes enfants à la maison c’est difficile mais on sait faire avec. C’est intéressant de voir comment ils sont inspirés par ce que l’on fait, ils apprécient, ils regardent. Il y a beaucoup de musique à la maison et j’espère que ça les guidera dans leur futur de voir comment on travaille, peut être deviendront-ils musiciens d’ailleurs, qui sait ?

Quel est cet autre monde évoqué sur l’album à travers ce titre « Another World » ?
Je dirais que c’est tout simplement un bon titre. Je crois que c’est James qui a eu cette idée pour montrer que cette fois-ci nous avons employé une autre manière de travailler, une méthode différente. C’est un peu le symbole derrière ce titre, la découverte d’un autre monde, on aime bien cette façon de penser.
Quel est le texte qui est le plus important à tes yeux ?
Je pense que c’est celui de la chanson « Only in the Dark ». Il est vraiment celui qui me tient le plus à cœur, mais il y a tant de chansons. James serait peut-être le mieux placé pour répondre car il écrit tout, je les interprète. Mais quand je chante, alors j’essaie de toucher les gens. J’adore « Only in the Dark » et c’est partagé par beaucoup qui pense que ça pourrait être aussi un nouveau single.
Quels ont été les héros ou héroïnes de ton enfance , ceux ou celles qui t’on transmis le virus du chant et de la musique ?
J’admire tant de chanteurs et chanteuses tous dans des styles très différents, ça peut aller de la pop avec Whitney Houston, Nancy Wilson de Heart, Blondie, Freddy Mercury, ce sont tous d’immense artistes. J’ai vraiment été énormément inspirée par eux. Lorsque tu es jeune, tu as envie de chanter comme eux mais en grandissant et évoluant, tu recherches ensuite ta propre voix (et voie aussi), ton inspiration.
Tu as toujours apprécié les duos. Quel serait pour toi le chanteur ou la chanteuse avec qui tu rêverais de collaborer ?
Alors c’est impossible mais ce serait avec Queen définitivement et bien sûr Freddy Mercury ! Mais ça c’est dans mes rêves, ça serait juste incroyable.
Depuis que tu as débuté en 2010, quelles ont été les rencontres artistiques qui t’ont profondément marquée ?
Oh, c’est une question difficile ! Je pense que c’est ma rencontre avec Ted Poley (ndlr : chanteur de Danger Danger). Il s’agit d’un artiste fantastique, j’ai enregistré un morceau avec lui. C’était il y a plusieurs années en Italie sur le titre « Perfect Crime », sur l’abum Beyond the Fade qui est sorti en 2016. Ted est tellement bon et c’est aussi une belle personne. Je suis certaine qu’il y en a beaucoup d’autres mais celle-ci est importante et c’est cette rencontre à laquelle je pense immédiatement.
Enfin, si tu devais te présenter Issa à quelqu’un qui n’a jamais écouté l’un de tes albums, que lui dirais-tu ?
Je m’appelle Issa. (ndlr : en français dans le texte) Si tu apprécies le style des années 80, c’est quelque chose qui pourrait t’intéresser, c’est ma musique, il y a un très bon chant, de bonnes mélodies, les chansons sont bien écrites… (sourires) Sinon, on espère venir jouer en France comme je le disais, et j’ai deux petits enfants mais lorsqu’ils auront grandi, nous pourrons partir beaucoup plus sur les routes. J’espère que l’on pourra jouer dans quelques festivals chez vous, le groupe est bon et je suis très bien entourée je dois dire. J’ai collaboré avec beaucoup de musiciens qui on tous apporté quelque chose à ce nouveau disque, ce sont aussi des amis et j’ai vraiment envie d’en faire plus et d’aller plus loin avec eux.
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