Le section de combat Kanonenfieber, projet mûri dans d’affreuses tranchées sordides par le seul Noise, sort sa première compilation, ou plutôt le label Century Media Records, surfant sur le succès du commando allemand de black metal, tel un blitz après seulement sept ans de combats (formation vers 2019) et deux albums pour base : Meschenmühle 2021 et Die Urkatastrophe 2024… Un peut tôt, certes… mais il faut aussi compter avec trois EP’s et deux albums live ! Tous ces éléments signalent une forte activité musicale sur un temps court, pour le U-Boot allemand, avec une émergence remarquée par un nombre de fans croissant. Alors, nous allons parler d’une compilation comprenant neuf titres, plutôt en théorie destinée à des non fans, souhaitant découvrir le groupe teuton. Reprenons donc les bases.
Si l’identité des membres de Kanonenfieber, que ce soit celle de Herr Noise ou de ses fidèles soldats live, reste obstinément secrète, comme une référence au soldat inconnu, cela a pour but de se focaliser sur le véritable concept lyrique qui se cache derrière tout ça, et leur impitoyable musique, à la fois belliqueuse et épique. Et pour ce faire, des masques noirs intégraux sont de rigueur en live, complétant des uniformes militaire de la Grande Guerre (1914-1918), parfois des vêtements d’ouvriers rappelant cette dure période de forte industrialisation outre-Rhin. L’univers qui nous est dépeint continuellement ici est celui de l’ambiance de guerre en général, vue par le prisme donc de nos voisins allemands, dans la langue de Goethe, et les oripeaux disons… prussiens, de l’attitude guerrière. Nous reviendrons plus tard sur le propos développé par Kanonenfieber et la grande et véritable immersion de son metal, qui prend notamment toute sa « kolossal » magnificence en live.
D’ailleurs quel est le metal servi par nos fusiliers tantôt fantassins, tantôt marins ici ? Le fait d’en discuter pourrait animer toute notre rédaction pendant des heures ! On entend blackened death (mouais, c’est quoi ?…), black metal mélodique (humm,…), death/black ou black/death dans un sens ou dans l’autre (comme Hate, Behemoth ?), avec des influences doom rappelant parfois les Ukrainiens de 1914 au concept très proche, et un peu de post en tout genre… Bref, pas simple dans ce véritable brouillard, digne d’un d’une fumée en pleine tranchée à cause d’un gaz moutarde…
On pourrait pencher plutôt vers un death metal épique, les vocaux étant en fait majoritairement death, avec de fréquents ponts black metal mélodique, des breaks lourds plutôt doom parfois. Les vocaux en allemand de son leader font bien sûr parfois penser à Rammstein, même si le curseur guttural est placé bien plus haut. Ne nous trompons pas : l’épique est ici martial, entrainant, mais pas comme le chevalier sur son destrier attaquant la tour au dragon ! Il est question ici de sortir de la tranchée poisseuse, au milieu de ses camarades morts, le soldat se lève pour courir, baïonnette au canon, vers la ligne ennemie sous la mitraille sifflante autour de lui et les obus ! C’est un peu plus clair ? C’est un voyage sur cette terre-là auquel nous sommes méchamment conviés, et sous l’uniforme de l’autre côté du Rhin. Sinon, passons aux influences. Evidemment, avec les rythmiques plombées de derrière les fagots que nous prenons, le fantôme des Rosbifs de Bolt Thrower n’est jamais très loin.
On trouvera cependant beaucoup plus de lumière dans le death metal de la bande à Karl Willets (actuel Memoriam). Mais les bases rythmiques sont là ! On peut aussi sentir le froid de l’ombre d’Asphyx : même si les Néerlandais possèdent une composante doom/death bien plus marquée. Enfin, comment ne pas évoquer les Américains de Minnenwerfer tout aussi hantés que Kanonenfieber par la guerre en casques à pointes ! Dans l’artistique des groupes, Minnenwerfer privilégie des impressionnantes photos d’époques, tandis que Kanonenfieber une imagerie plus dessinée, plus cartoonesque (cf. l’artwork de Soldatenschicksale), sans être péjoratif. La grande différence entre les deux groupes réside dans le fait que Minnenwerfer respecte ouvertement les codes du black metal, son épique peut se matérialiser jusqu’à un album aussi atmosphérique et éthéré que le magnifique Alpenpässe, dans l’esprit des Wolves in the Throne Room et autres Agalloch. Bon d’accord, mais Kanonenfieber alors ?
La compilation que vous aurez entre vos mains, semble un bon résumé de ce que peut offrir la troupe teutonne. Les parties acoustiques sombres s’intègrent parfaitement et forment l’intro « Z-Vor », et en respiration en troisième position, « Ubootsperre », toujours accompagné de dialogues ou déclamations bien dans l’ambiance 1914-1918. Le cœur de fer de Kanoenfieber va vous apparaitre bien vite après ces moments acoustiques avec des riffs écrasants mid-tempo le plus souvent, rouleau-compresseurs, parfois emphatiques, avec des accélérations qui bastonnent. Les breaks peuvent être lourds (« Kampf und Sturm ») ou développant des harmonies inquiétantes (« Der Fusilier II »).
Autre parfait exemple, sur « Heizer Tenner », Noise nous sert un break bien lourd et nous y sentons aussi un parfum presque « tanz », une forme de groove à la Schwarzer Engel, plus punk-ska direct dans l’esprit ! « Die Havarie » nous paraît un titre fort de la compil’ car comprenant l’intro acoustique menaçante, un chant martial lent sur un death metal mécanique, des inserts de dialogues en allemand, une incursion de rythmique black metal presque bienvenue dans l’irrespirable, un break écrasant, des soli de guitare, pour finir dans un blast death/black terrible ! Les vocaux sont le plus souvent des growls death, en saccades, aussi écrasants que la rythmique ! Les chœurs martiaux, les écorchures black metal viennent couramment élargir le spectre.
Sans compter, nous en avons parlé, les nombreuses insertions de dialogues, extraits de films (?) discours ou harangues en allemand dans tous les morceaux. La musique se présente immersive, cinématographique, on rentre dans une ambiance particulière marquée. Et c’est là que la dimension live de Kanonenfieber prend tout son sens. En atteste dans nos récentes mémoires leur passage au Motocultor en août 2025 à Carhaix. Aux dires de tous, il est clair que leur show fut un évènement marquant du festival, chose que nous pouvons confirmer d’ailleurs. En effet, programmés le dimanche en début de nuit quelques heures avant la tête d’affiche plus festive qu’est devenue Machine Head avec son thrash/groove/metalcore grand public, une vibration particulière était dans l’air ce soir. Il apparut très vite que l’ensemble de l’assistance était captivée par l’impact scénique, la gestuelle martiale, l’assaut continu des rythmiques ! Derrière nos duettistes se succédaient les tableaux changeant de tranchées, destroyers, usines militaro-industrielles, avec les fumées, le brouillard, et où Herr Noise, en milieu de concert, nous a simulé un arrosage de feu au-dessus des têtes, un peu à la Rammstein, tiens donc… Avec son univers évoquant une histoire « corrosive », on peut dire que le groupe génère de toute façon une réaction. Kanonenfieber est marquant, on s’en rappelle après un tel show live ! Et cette compilation constitue une bonne entrée en matière pour qui veut essayer de les connaitre et faire tomber le masque du soldat inconnu finalement… [Morbidou]

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