Un petit retour en arrière s’impose avant de parler du cinquième album des Américains. Formé en 2009, LORNA SHORE a connu pas mal de chamboulements au sein de son line-up (il n’y a plus aucun membre originel !) jusqu’à cette arrivée – providentielle ? – de Will Ramos au chant. Et le line-up enfin stabilisé a permis au groupe désormais basé à Warren County (New Jersey) de donner naissance à un quatrième LP encensé par la presse en 2022. Trois ans ce sont donc écoulés depuis ce fameux Pain Remains. Alors la question qui se pose maintenant est de savoir si le nouveau statut d’incontournable du deathcore moderne a été digéré par le quintette. Il faut dire que ce cinquième opus baptisé I Feel The Everblack Festering Within Me s’est fait plus que désirer… L’honneur est donné à « Prison Of Flesh » d’ouvrir les hostilités, et si ce premier morceau pourra être vécu comme à la limite de l’indigeste pour certains auditeurs, Will Ramos montrant toute l’étendue de sa palette vocale (growls, screams stridents, phrasés démentiels), trop peut-être, accompagné à coup de puissants blast beats et une orchestration symphonique digne d’un Cradle of Filth lorsque les britanniques étaient à leur apogée, c’est-à-dire il y a longtemps (Dusk… And Her Embrace). Mais une fois passé cette première épreuve de feu (et de sang, il n’y a qu’à voir le vidéo clip du single), impossible de se défaire du déluge sonore qui va suivre, d’abord avec le second morceau « Oblivion », percutant et à l’atmosphère irrespirable…
Puis, pléthores d’émotions vont se succéder sur le triplet « In Darkness » (son intro épique et cinématographique), « Unbreakable » et « Glenwood ». Ce dernier est une chanson très personnelle sur la relation père/fils d’après Ramos, agrémentée d’un superbe clip, touchant, de plus de 9 minutes (!). Et que dire des envolées de guitares de De Micco et O’Connor qui sont excellentes et apportent encore plus de profondeur et d’intensité à l’ensemble. C’est du grand art ici ! Au tour de « Lionheart » et ses cœurs d’enfoncer le clou et de procurer cette impression théâtrale, voire divine. Alors aura-t-on un jour droit à une représentation avec un orchestre philharmonique (au Royal Albert Hall par exemple) ? On peut d’ailleurs également penser au Infernus Sinfonica de Septic Flesh (2020). La suite de l’album reste intense et cathartique (« Death Can Take Me »), brutale et sans concession (« War Machine » et « A Nameless Hymn »). L’album se clôture par « Forevermore », titre monumental de près de 10 minutes (!), véritable bande originale de film avec son intro symphonique, ses cordes et ses cœurs féminins, et son final en piano-voix… Clairement, si LORNA SHORE a vu les choses en grand, se donnant les moyens de toutes ses formes d’expression, le propos n’a jamais été aussi heavy et sombre. Avec I Feel The Everblack Festering Within Me, la formation américaine signe donc un retour fracassant, dont on en ressort secoué et éreinté. Les breakdowns sont certes, peut-être moins nombreux, mais la brutalité et la violence sont omniprésentes. En tous cas, LORNA SHORE évite le piège du succès déjà acquis avec Pain Remains en ne se laissant pas tenter d’inclure des éléments plus mainstream à sa musique (comme tant de formations plutôt metalcore le font actuellement), bien au contraire. Elle se forge une identité solide et pérenne. Peut-on d’ailleurs encore parler aujourd’hui de deathcore, même moderne ? Tout cela pourra se vérifier en live car nos Ricains défendront ce disque sur scène début 2026, lors d’une tournée européenne aux côtés de Whitechapel notamment, et ça risque de faire très mal. Alors prêts pour ce chaos sublimement orchestré ? [Norman « Sargento » Garcia]
Publicité