Fondé en 2012, le duo allemand Mantar (signifiant « champignon » en turc) a bien grandi depuis ses débuts à Hambourg. Auteur de six albums au total, il semble garder encore toute sa fraîcheur et sa folie à l’écoute de leur dernière bombe punk/sludge metal au titre pas vraiment optimiste, Post Apocalyptic Depression (Metal Blade Records). Celui-ci est paru en plus le jour de la Saint Valentin 2025 ! Malgré la séparation géographique de ses deux membres, à savoir Erinc Sakarya (batterie), désormais basé à Bremen (Allemagne) et son guitariste Hanno Klänhardt parti au Pays de l’Oncle Sam il y a une dizaine d’années, les deux lascars envoient du lourd et nous ont séduit sur leur dernière galette. Toujours aussi fan d’AC/DC (dont il arbore un tatouage au bas ventre), son guitariste/chanteur américain à l’attitude désinvolte a répondu sans détour et avec un sourire malicieux à toutes nos questions. [Entretien réalisé avec Hanno Klänhardt (guitare, chant) par Seigneur Fred – Photos : DR]

Dis-moi, tu ne vis plus en Allemagne contrairement à ton collègue Erinc Sakarya (batterie/chant) mais aux Etats-Unis, n’est-ce pas ?
Non, ça fait une bonne dizaine d’années que je suis installé aux Etats-Unis pour diverses circonstances dans ma vie.
Le nouveau matériel de cet album a été enregistré dans des conditions relativement live, si je ne me trompe pas, au Black Pear Studios, à Gainsville. Est-ce ton propre studio ?
Non, ça appartient à un ami, ici, mais c’est situé pas loin d’où je vis dans cette petite ville en Floride. C’est à Ryan Williams.
En venant t’installer en Floride, tu n’as donc pas choisi Miami, ou bien Tampa, la capitale du death metal américain ? (rires)
Non, en effet. Gainsville est situé dans le nord de la Floride, à environ 5 heures de route, dieu merci ! Il y a une très bonne scène musicale ici, c’est cool. Et je n’aime pas trop les grandes villes, tu sais. C’est trop source de problème et de stress pour moi…
Je me souviens du vidéo clip plutôt marrant de la chanson « Cross The Cross » extraite de Ode To The Flame qui avait été capté aux Etats-Unis, comme la plupart de vos vidéos dorénavant. C’était filmé en ville, avec la faucheuse qui vous suivait, toi et Erinc, dans les rues de New York…
Ouais, tout à fait, avec la Faucheuse (Ndlr : « The Reaper » en anglais). Ça s’est passé dans les rues de Brooklyn en fait pour être correct. On s’était bien marré à tourner ça. (sourires) Mais ça fait déjà un bail, juste après que le groupe ait démarré, je suis parti vivre aux USA.
Mais ce qui fait justement la spécificité de Mantar, c’est votre duo. Alors le fait de vivre éloigné ainsi de l’un l’autre, ça ne pose pas de problème pour jouer ensemble, composer, écrire, répéter ensemble ? Ne crains-tu pas que votre amitié et complicité puissent se dégrader avec le temps et cette distance, donc, entre vous ?
Eh bien, il y a des pour et contre, en effet. J’étais conscient de ça en déménageant, tu sais. Alors quand on travaille sur Mantar, soit on se rencontre aux Etats-Unis, soit en Allemagne, et on bosse ensemble. Quand on se voit en Europe par exemple, on possède une belle salle de répétition à Bremen en Allemagne, où Erinc vit. Et quand c’est lui qui vient ici, on joue et répète chez moi, juste à côté, où j’ai un bar. Mais on est plutôt bien organisé et installé dans les deux cas de figures malgré la distance. Et cette distance peut avoir un effet bénéfique, tu sais. Quand on se voit occasionnellement, on va à l’essentiel et on est focus sur Mantar. On est plus assidus. Après, à l’inverse, passer trop de temps ensemble peut parfois être contreproductif. Si on se voyait tous les jours comme auparavant, habitant le même coin, cela peut devenir ennuyant, et on passerait au final notre temps à boire des coups ensemble…
En fait, c’est un peu une vie de couple mais à distance ? (rires) Avec les aspects lassants de la vie quotidienne en moins du coup ? (sourires)
(rires) Ouais, on peut dire ça. C’est comme un mariage parfois dans Mantar, tu n’as pas tort, mais disons que là on évite les mauvais côtés… rires)
A l’origine du groupe, désolé de revenir sur ça, mais comment vous êtes-vous rencontrés ? C’est une histoire de bons copains justement alors qu’il y a une grande différence d’âge entre toi et Erinc ?
Pas de problème. Quand on s’est rencontré dans les années 90, en 1997 précisément, je devais avoir quinze ans, et lui vingt ou vingt-et-un ans, quelque chose comme ça. Mais on a fondé Mantar qu’en 2012. Il était donc plus âgé que moi, et c’était cool d’avoir des amis + âgés avec de bons goûts musicaux car il arrivait avec ces disques vinyle. Et on avait envie de faire de la musique ensemble, mais ça c’est pas fait tout de suite.
Et quelles sont vos racines musicales ? De quelle(s) scène(s) venez-vous en fait ? Plutôt punk/hardcore ou metal ?
Je dirai pour ma part que c’est le punk rock, le rock’n roll en général, et le black metal.
La dernière fois que j’ai eu l’occasion de vous voir en concert, c’était en France au Festival Motocultor en 2017 (lire notre live report ici), et je me souviens que tu avais cassé des cordes de guitare tellement tu jouais fort sur ta Gibson Viper Baryton. Tu ne les as pas changées tout de suite, et a continué à jouer un peu ainsi. C’était vraiment rock’n roll ! Tu t’en souviens, toi ?
Oh, j’en casse souvent des cordes, tu sais ! (rires) Alors je ne me souviens pas particulièrement d’avoir cassé des cordes sur ma guitare, et c’est bien un baryton, exact, mais je me souviens de ce festival français Motocultor, C’était très dur car on était tarrivé tôt le matin, il faisait très chaud. On était arrivé super tôt donc, et on n’avait pas de loges pour nous, car on est un petit groupe encore, donc à part boire des bières à droite à gauche, on n’a pas fu faire grand-chose en attendant notre concert.
Tu aimerais revenir y jouer au Motocultor en France ?
Oh oui, c’était cool quand même, ce serait avec plaisir. On a aussi déjà joué par deux fois au Hellfest. Tu sais, on adore la France, on adore venir dans votre pays. D’ailleurs, on doit rejouer en France, à Paris l’an prochain, etc.
Et dans un autre délire plus intime pour des concerts, connais-tu le concept de « Live at Strombo » au Canada filmé à la maison de l’organisateur en noir & blanc dans sa salle à manger ? The Melvins ou Power Trip (avec le regretté chanteur…) s’y sont déjà produits. Ce serait cool que Mantar y joue…
Non, je ne connais pas, mais ne demande qu’à voir. Envoie-moi des extraits à l’occasion s’il-te-plaît !
Revenons sur vos deux publications précédentes avant de parler de Post Apocalyptic Depression si tu veux bien. Il y a eu en dernier lieu, en 2022, l’album Pain is Forever and This is the End et auparavant durant la pandémie, l’album un peu spécial Grunge Town : Hooligans II. Mais où est passé le premier volet qui ne figure pas dans votre discographie ? J’ai jamais compris…
(rires) C’est en fait une blague, en fait. Car la première version enregistrée a été effacée suite à la perte d’un disque dur, tout simplement. Alors on a dû réenregistrer une nouvelle version que l’on a baptisée ainsi : Grunge Town Hooligans volume II.
Vous y reprenez notamment deux chansons cultes du groupe tout aussi culte de heavy rock/grung/punk féministe L7, nos grandes copines ici depuis des années. Mais pourquoi ne pas avoir aussi repris d’autres artistes phares de la scène comme Nirvana, Soundgarden, Pearl Jam, Stone Temple Pilots, Mudhoney, Alice in Chains, etc.
Je pense que l’on n’a pas repris Nirvana car ça aurait été trop évident. Mais on joue en répétition parfois, par exemple la chanson « Mr Moustache » (Ndlr : extrait de Bleach), mais c’était plus comme ça, entre nous. Sinon, les autres groupes que tu cites, on n’aime pas trop car c’est tout simplement du gros rock, il n’y a pas cet esprit punk, noisy, sauf pour Mudhoney ou L7 dont on parlait précédemment. C’est moins mon trip donc. Et Alice In Chains, j’aime assez, ça va, mais c’est différent là encore. On préfère les choses comme The Melvins, L7, Dinosaur Jr, Mudhoney, etc.
Pourquoi avoir choisi ce titre Post Apocalyptic Depression pour votre nouvel album, et ce choix aussi de la St Valentin comme jour de sortie ? C’est le label Metal Blade ?
J’aime bien avoir des noms d’albums, des titres de chansons qui claquent. Je recherche toujours ça, comme nos groupes préférés dans les 80 et 90. J’adore ! Quant à la date de sortie, c’est juste un heureux accident. On n’a pas pensé spécialement à la St Valentin avec le label… Mais maintenant que tu en parles, c’est assez ironique et rigolo… (sourires)
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