NIGHTRAGE : En quête d’un nouveau monde…

Nightrage le groupe de death metal mélodique gréco-suédois formé par Marios Iliopoulos (ex-Exhumation) et un certain Gus G (Firewind, Ozzy) possède déjà derrière lui un long parcours qui n’a pas été de tout repos, son line-up n’ayant jamais trouvé la stabilité notamment au poste de chanteur. Cela ne les a jamais empêchés de sortir régulièrement des albums. Remains Of A Dead World, leur dixième ouvrage, voit l’arrivée de Konstantinos Togas au micro avec qui nous avons fait connaissance, au côté de son leader et fondateur. [Entretien avec Marios Iliopoulos (chant/guitare) et Konstantinos Togas (chant) par Pascal Beaumont – Photos : DR]




Vous publiez Remains Of A Dead World chez Despotz Records. C’est votre dixième album. Comment avez-vous abordé cette fois le processus de composition ?
Marios : Le processus est toujours le même, cela fait des années que nous travaillons ensemble au niveau de la composition. Je suis parti en Suède rejoindre Magnus Söderman, notre guitariste. On a jammé et travaillé. Je lui ai présenté mes idées, lui les siennes. On collabore très facilement tous les deux, il y a une sorte d’alchimie qui nous rassemble. C’est un guitariste très différent de moi et lorsque l’on se retrouve, ça colle toujours. C’est un très bon compositeur. C’est le quatrième album que nous écrivons ensemble, auquel se sont joints Konstantinos au chant, et Francisco Escalona, notre bassiste. On écrit aussi certains textes d’une façon collégiale. Tout le monde s’implique, ce n’est pas uniquement moi et Magnus, on est une équipe. Chacun apporte ses idées et fait partie du processus. Et puis il y a notre très bonn producteur Fotis Benardo, qui est aussi un musicien incroyable (Nightfall, Necromantia, ex-Septicflesh…). Il nous a aidés au niveau des arrangements, donnant des idées aux chansons lors de l’enregistrement. Il y a une excellente synergie et tout se fait naturellement. On ne se force jamais lorsque l’on écrit des morceaux, c’est un beau travail. On s’assoit ensemble avec nos guitares et on compose, c’est ainsi que nos titres naissent. On a débuté en 2000 et pendant toutes ces années, on n’a jamais eu l’opportunité d’enregistrer en Grèce. C’est la première fois et je suis très heureux d’avoir pu le faire.

En 2023, Ronnie Nyman, votre chanteur qui était à vos côtés depuis 2013, a quitté le groupe et a été remplacé par Konstantinos Togas. Que s’est -il passé ?
Marios : Nous sommes très heureux d’avoir Konstantinos Togas à nos côtés. L’année dernière on a rencontré un problème avec Ronnie, il devait assurer notre tournée en Allemagne et a décidé de nous quitter juste avant les dates. Un de nos amis nous a alors présenté Konstantinos Togas. On a tout de suite vu qu’il était plein d’énergie et prêt à nous rejoindre. Notre pote avait déjà joué avec Konstantinos Togas, et c’était un bon point pour nous. On a tout de suite remarqué que ça collait bien entre nous humainement et au niveau vocal. Il a donc enregistré ce nouvel opus et on est très satisfait par son travail et ses prouesses vocales. Il s’est beaucoup impliqué, et a proposé des idées pour les textes. On est vraiment heureux et satisfait de son arrivée.

Konstantinos, tu es arrivé au sein de Nightrage en 2023. Comment as-tu vécu ton intégration ?
Konstantinos : C’est incroyable. Ce sont de très bons musiciens qui maîtrisent parfaitement leurs instruments. Les morceaux sont très bien composés, plein d’énergie et de puissance. C’est quelque chose dont j’ai toujours rêvé de jouer avec un combo qui a un aussi bon niveau. Je suis très excité avant la sortie du disque, j’adore leur musique. La plupart des chansons sont connectées avec ma propre personnalité. Mario a écrit une bonne partie des textes et tout le concept de Nightrage se rapproche mon caractère, j’ai l’impression d’avoir toujours fait partie du groupe.

Vous avez enregistré ce disque au Devasoundz Studios avec Fotis Benardo (actuel batteur de Nightfall, ex-Septicflesh, producteur de Rotting Christ, On Thorns I Lay, Suicidal Angels…). Alors qu’attendiez-vous de lui ?
Marios : Cela a été une expérience incroyable. Fotis a été notre batteur il y a 20 ans (Ndlr : sur Descent into Chaos leur deuxième opus paru en 2005) C’est un peu un retour aux sources avec lui et tout s’est fait naturellement. On a débuté en 2000 et pendant toutes ces années nous n’avons jamais eu l’opportunité d’enregistrer en Grèce. C’est la première fois que cela nous arrive et je suis très heureux d’avoir pu le faire. Fotis est un très bon ami mais travaillé dans notre pays a été un must. On a passé un très bon moment avec lui. Il a beaucoup travaillé et s’est énormément investi lors du processus d’enregistrement et du son en tant qu’ingénieur. C’est un peu le sixième membre de Nightrage.

En enregistrant Remains Of A Dead World avec une nouvelle équipe, je suppose que vous avez été confronté à certains challenges ?
Marios : Pour moi c’est le titre de l’album Remains Of A Dead World qui est un des meilleurs qui a été compliqué. Il y a des parties très intense au niveau des riffs comme sur notre premier single “Euphoria Within Chaos“. En studio il y avait une très bonne atmosphère, très relax avec beaucoup de communication entre nous, c’est ce que je recherche quand je suis en studio, cette connexion.
Konstantinos : Pour moi c’est tout l’opus qui a été un défi car je n’ai eu qu’un mois pour me préparer, apprendre toutes les paroles et travailler les titres. Je devais me les approprié que ce soit celle de Mario ou de Francisco. J’ai dû m’investir énormément et me concentrer pour y arriver. Tout mémoriser que ce soient les textes de Marios, Franco pour certaines j’ai réécrit toutes les paroles, pour d’autres j’ai fait une mise à jour entre celles existantes et celle que j’ai écrit, pour certaines je n’ai rien changé. Je me suis beaucoup investi en préproduction cela m’a permis d’être bien préparé en arrivant en studio. Le seul morceau qui m’a posé des problèmes c’est “Pierce The Soul“, le chant est très haut et je dois hurler énormément. Fortis m’a beaucoup aidé, c’est aussi un très bon chanteur, il m’a prodigué des conseils et j’y suis arrivé.

Konstantinos, tu viens tout récemment d’intégrer Nightrage et d’enregistrer Remains Of A Dead World. C’était ce ta première expérience studio, ou as-tu participé à d’autres sessions auparavant ?
Konstantinos : C’est une très belle question, j’ai déjà travaillé en studio plusieurs fois par le passé mais pas d’une manière professionnelle. Ce qui est drôle c’est que lorsque j’avais 17 ans j’ai chanté sur des morceaux qui étaient très soft et j’ai enregistré ces chansons avec une voix claire. J’ai trouvé ça effrayant. Ça ne sonnait pas bien du tout. J’ai toujours été un chanteur de metal, de death metal notamment, et je ne sais pas chanter d’une autre façon. J’ai quitté ce groupe car je ne me sentais pas à l’aise, ce n’tais pas mon registre. Quatre ans plus tard j’ai rencontré Fortis et nous somme devenu des amis très proche. Puis j’ai rencontré Marios et nous avons enregistré cet album peu après ça a été ma deuxième expérience studio. Lorsque je me suis retrouvé en studio avec Fortis j’étais très heureux, c’est vraiment ma première expérience professionnelle.

Au cours de toutes ces années il y a eu un turn-over de musiciens très important au sein de la formation, c’est si difficile que ça de travailler avec toi ? (rires)
Marios : (rires) Non pas du tout, c’est un peu un malentendu par rapport à ce que peuvent penser les gens. J’aime travailler. Les musiciens changent au fil du temps et ont envie de faire autre chose, leur priorité ne sont plus les mêmes, ils s’intéressent à d’autre choses. Mais moi mon envie et mon objectif, c’est de créer de la musique. D’autres peuvent s’intéresser à l’argent ou la célébrité et ce n’est pas pareil à ce que j’apprécie et recherche. Je ne m’intéresse pas à ça et cela peut amener un clash. Mais je ne m’éloigne jamais de mon envie principale, je sais qui je suis. Il y a très peu de personnes qui sont capables de suivre tes rêves, ils veulent réaliser leurs rêves. C’est très difficile de trouver des individus qui aient un rêve en commun afin de former une belle équipe et travailler ensemble. Maintenant je suis très heureux avec ce combo, Konstantinos, Magnus, Franco, ils sont tous très impliqués. Ce sont des amis, on s’apprécie, et ça se ressent à travers la musique, pour moi c’est le principal.

Malgré ton arrivée tardive, tu as tout de même pu t’attacher à l’écriture de certains textes ?
Konstantinos : Oui et c’était incroyable. La meilleure chose pour un chanteur c’est d’écrire ses propres textes. Mario et Magnus écrivent d’excellent titres avec des chorus très mélodique. J’ai pu écrire de bonnes paroles et de très belles mélodies vocales. J’apprécie ce feeling très sombre qui vient de Suède et qui, je sais, a imprégné Magnus à travers la musique. Ils ont été très intéressés par mes idées de textes. Je me suis impliqué énormément, c’était très intéressant, très excitant et je veux en donner davantage sur le prochain album car je vais pouvoir écrire dès le départ de la conception des morceaux. Cette fois, je suis arrivé après et il m’a fallu quelque mois pour m’imprégner des chansons. Là je pourrais être au cœur de la création et m’investir beaucoup plus.

Comment vous sentez vous en Grèce ?
Konstantinos : On est très à l’aise car il y a beaucoup de fans de metal en Grèce, tu sais. On attend le retour du public pour ce disque et savoir comment il va réagir avec tous ces changements au niveau de Nightrage. Et puis il y a aussi le fait que cet opus a été réalisé dans notre pays pour la première fois, la pochette, la production, l’enregistrement, le mixage le mastering tout a été fait en Grèce. Tout à l’air de bien se combiner, on est en train de booker plusieurs concerts qui seront annoncer à travers les médias. Je pense que si tu aimes ce que tu fais et que tu crées de bons morceaux, ça se passe bien particulièrement en Grèce ou tu peux donner des shows et aussi à travers le monde.

 « Persevere Through Adversity » est votre tout nouveau single succédant aux autres  « Euphoria Within Chaos », « A Throne Of Melancholy ». Quel thématique abordez-vous à travers le texte de ce single ?
Marios : C’est notre troisième single et il parle du fait que l’on n’arrête jamais d’apprendre et c’est ce qui nous rend meilleur au fil du temps qui passe. On a beaucoup appris des expériences de la vie toutes ces choses qu’on a faites, les erreurs qu’on a commises dans le passé. La vie c’est une belle journée ou il faut toujours prouver quelque chose et ne jamais baisser les bras. On est des éternels étudiants. Nightrage a eu des hauts et des bas mais on est toujours là, il faut passer outre les difficultés et aller au-delà des problèmes rencontrés. Le texte aborde tout ça sous la forme de différentes visions, tout le monde peut s’y reconnaitre et le rapporter a sa propre expérience de vie. Lorsque j’ai découvert le titre et lu les paroles ça m’a fait beaucoup penser à moi, au rêve que j’avais en tête et dans mon cœur. Je n’ai jamais laissé tomber ce rêve que j’avais pour Nightrage et c’est inspirant, on doit continuer et s’accrocher, the show must go on !

Ce nouvel opus se nomme Remains Of A Dead World. Cette fois-ci, on dirait qu’il n’y a pas vraiment de concept derrière ce titre ?
Marios : Oui on voulait s’éloigner de notre dernière trilogie qui s’est clôturé avec Abyss Rising en 2022. Avec cet opus on y aborde le fait que l’on doit payer les conséquences de ses actes envers les autres et nous-mêmes comme la nature que l’on est en train de détruire. Il y a des réminiscences du concept aussi avec le morceau Remains Of A Dead World. Mais avec tous ces textes il faut savoir lire entre les lignes pour ressentir aussi l’espoir, les choses peuvent évoluer dans le bon sens. Ce n’est pas un concept, les morceaux abordent des thèmes comme la peur et différentes histoires. Seules la chanson titre et sa pochette ont un lien direct avec la trilogie développé sur nos trois albums précédents.

Les textes sont très importants pour Nightrage est ce que c’est une activité qui demande beaucoup d’investissement ?
Marios : C’est avant tout un travail de collaboration mutuel parce que Konstantinos écrit aussi, de même que Francisco notre bassiste, c’est une tâche que nous effectuons en équipe. Mais c’est assez facile pour nous, c’est l’histoire de notre vie. On écrit toujours à propos de thème qui nous touche, de choses de la vie que l’on voit. C’est notre réaction face à des évènements, on n’est pas des prêcheurs. On ne veut pas dire aux gens ce qu’ils ont a faire mais on est affecté par certains évènement de la vie, ce qui arrive dans le monde et on écrit a propos de ça pour finalement l’offrir à nos fans.

Vous existez depuis vingt-quatre ans et tu as débuté avec Exhumation avec lequel tu as enregistré trois opus de 1997 à 1999 : Seas of Eternal Silence, Dance Across The Past,Traumaticon. Quel est ton sentiment aujourd’hui sur ton parcours musical ?
Marios : J’ai un très bon ressentiment, j’ai vécu des années complètement dingues. Ce qui nous arrivé est assez incroyable. Je suis toujours là et je me sens vraiment comme au tout début de Nightrage. J’ai l’impression que Remains Of A Dead World est notre premier disque même si on en a déjà enregistré neuf auparavant, je le ressens comme ça. Je sens cette énergie qui vient du plus profond de moi. C’est très pur de créer de la musique. C’est mon obsession principale écrire des bons morceaux. C’est assez incroyable. Je suis heureux d’être toujours là et de faire de la musique c’est ça qui est fondamentale pour moi. Avoir rencontré Konstantinos, c’est un peu comme avoir trouvé de l’or. Je ne sais pas trop quoi dire à propos de toutes ces décennies, c’est comme une longue journée mais pour moi qui l’ai vécu de l’intérieur, c’est de l’or. Quand tu aimes vraiment ce que tu fais, jouer du metal c’est ce qui fait que tu es toujours là.

Olof Mörck (actuel Amaranthe) a été votre guitariste de 2006 à 2011 et a enregistré deux albums avec Nightrage Wearing a Martyr’s Crown (2009) et Insidious (2011). Quels souvenirs gardes-tu de sa participation à vos côtés ?
Marios : C’est un grand musicien doublé d’un incroyable compositeur. On avait une très bonne fusion ensemble. On a écrit beaucoup de morceaux tous les deux. Je suis très heureux qu’il ait réalisé son rêve en jouant la musique qu’il apprécie avec Amaranthe. Ce n’est pas ma tasse de thé mais je suis très heureux pour lui, il est génial.

Lorsque tu as débuté Nightrage en 2000, avais-tu des rêves en tête ?
Marios : Lorsque j’ai débuté mon tout premier rêve était d’enregistrer le premier album. C’est ce que je voulais, je suis parti en Suède, j’ai quitté mon pays, mes amis, mon travail, ma famille pour enregistrer ce disque. Je ne savais pas ce qui allait arriver après. Mais dans mon cœur je savais que si j’enregistrai cet opus je continuerai, j’en ferais d’autres. Je ne me suis jamais éloigné de mon objectif, écrire et composer de bons morceaux, travailler avec d’excellent musiciens, établir une relation avec mon public. C’était mon intention être toujours créatifs. Je suis très heureux de pouvoir toujours le faire.

SInon Gus G (Firewind, ex Ozzy Osbourne) a été votre guitariste de vos débuts jusqu’en 2006, il a enregistré Sweet Vengeance et Descent into Chaos. Quels sont les types de relation que vous entretenez depuis son départ ?
Marios : Je suis très heureux qu’il ait pu réaliser ses rêves et jouer avec Ozzy. On a commencé ensemble dans Nightrage, c’est nous qui avons lancé ce combo tous les deux. C’était un fan de mon ancienne formation Exhumation, c’est comme ça que je l’ai rencontré. On se parle moins car il est très occupé par ses projets, sa musique, sa vie. Je suis très fier de lui et de tout ce qu’il a réalisé et je lui souhaite le meilleur.

Tout au long de ses années quels ont été les moments inoubliables pour toi en tant que musicien ?
Marios : D’abord cela a été le fait de quitter la Grèce pour aller en Suède et crée Nightrage. Les gens pensaient que j’étais fou quand je leur expliquais que partais pour la Suède un pays où il fait froid, ils se disaient que j’étais dingue. C’est ce voyage qui m’a marqué, il y avait un grand risque en quittant tout pour la Suède. Et puis il y a eu ce moment où century media se sont intéressé à Sweet Vengeance notre premier disque. Je ne pouvais pas croire, le fait que je quitte mon travail tout, que des musiciens travaillent avec moi et s’intéresse à ce que je fais et veuille participer à cette aventure. Et puis je dirais que c’est cet ce que je vis en ce moment avec ce nouveau line up, l’arrivée de Konstantinos. Il y a cette bonne atmosphère qui règne entre nous, cette alchimie que nous avons, c’est ce que je ressens aujourd’hui avec cette formation et c’est vraiment un sentiment très fort. C’est quelque chose que je recherchais depuis de nombreuses années et j’ai enfin trouvé, le meilleur est donc à venir. Je crois que notre prochain opus sera encore plus mieux. On travaille afin de concevoir des morceaux bien plus fort pour le futur, c’est une promesse que je me suis faite. Je voudrais rajouter que je te remercie de t’intéresser à Nightrage et Remains Of A Dead World, le plus important c’est de l’écouter alors achetez-le, volez-le ! Merci à tous les amis de Nightrage, on espère donner beaucoup de concerts et venir jouer en France.


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