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PEURBLEUE : La Cigüe

PEURBLEUE
La Cigüe
Dark/Black metal/Ambient
Les Acteurs de l’Ombre Productions

Formé en 2020 par JC EX, un Français féru de musique ambiante, Peurbleue donne dans la musique atmosphérique pesante, presque fantomatique. Le projet a été rapidement rejoint par Sakrifiss, chroniqueur (de nos confrères de chez Thrashocore) et youtubeur (« La chaine Black Metal de Sakrifiss ») afin d’assurer l’écriture et le chant. La Ciguë retrace tout un cycle de vie, qui démarre par la fécondation et s’achève par la mort, en passant par différentes étapes naturelles ou états : la survie, la vision de mort… Dès les premières notes de l’instrumental « Fécondation », l’auditeur est plongé dans la noirceur de ténèbres crasseuses dont la menace planante est parfaitement illustrée à travers la pochette de l’album (une ombre menaçante dans un coin de rue sombre…). L’ambiance se précise et devient énigmatique sur « A la Gloire », second plage accompagnée de narrations dont la montée en puissance est rythmée par la batterie et une saturation de sonorités électriques. Nul ne sait si ce sont des cris ou des grésillements, et les paroles restent mystérieusement sans fin (« grouillante et puante » quoi ?). Les textes (« Rosée Eternelle », « La fin approche »), dont le format généralement court, rappelle celui des haïkus japonais, et les figures de style employées (répétitions, énumérations…) participent à instaurer une dimension sombre et poétique. Par exemple, le terme « ressac », sur la chanson du même nom, est scandé comme pour figurer le va-et-vient infini de la mer contre un obstacle : le titre symbolise la volonté de résoudre des problèmes mais d’être confronté à l’impossibilité de les dépasser. Autre exemple sur le titre favori des deux artistes, le misanthrope et nihiliste « Plus rien » énumère tous les défauts des Hommes. Comme si l’auditeur était entouré d’esprits, de fantômes cherchant à entrer en communication, la voix de Sakrifiss susurrant à notre oreille. Celle-ci parle, murmure, grince, crie, glousse, sur un fond sonore énigmatique, encore une fois sombre et douloureux. La présence d’autres entités est évidente dans cette musique poisseuse qui nous parait habitée (d’où le genre défini par le duo comme étant du « Black Metal Hanté »). Il suffit d’écouter l’autre titre instrumental « Apparition », qui suggère que nous ne sommes pas seuls dans cette pièce… On a envie de regarder derrière soi dans la rue si l’on est suivi ou bien de vérifier sous son lit si aucun être ne s’y tapit… Pour clore l’expérience, « La fin approche » nous fait entendre la voix intense d’un Sakrifiss en transe, comme le chant d’une baleine à l’agonie. La Ciguë est à écouter durant la nuit, lumières éteintes (éventuellement laissez juste votre anti-moustique en cette saison estivale) pour une froide expérience ésotérique inédite… [Marie Gazal]