PRIDIAN : L’avenir nous appartient

Jusque-là inconnu au bataillon par chez nous, le jeune quatuor estonien Pridian (ex-ÆØNS) risque de peut-être devenir la nouvelle sensation cyber metal sur la scène européenne dans les années à venir. S’inscrivant dans la lignée électro/indus des défunts Spineshank ou Sybreed, ou encore FF (de retour et actuellement en tournée européenne) à laquelle s’ajout des influences metalcore moderne à la mode, cette formation en devenir nous a interpellés par la qualité de son premier EP intitulé Cybergnosis, en attendant un premier album plus affirmé, à n’en pas douter, sous le nom de Pridian dans un futur proche. Nous avons fait leur connaissance. [Entretien avec Jörg-Erik Hanikat (guitare/producteur) et Laur Lindmäe (chant, claviers) par Seigneur Fred – Photos : DR]




Comment est né Pridian en Estonie ? Pourriez-vous résumer l’histoire du groupe, s’il vous plaît ? Est-ce une histoire entre amis au lycée comme la plupart du temps peut-être ?
Jörg : Pridian (alors appelé ÆØNS) a été créé par moi en 2018 à Tartu, en Estonie. J’ai fondé le groupe avec notre ancien chanteur Iisak Pilli, avec qui nous avons également enregistré l’album complet d’ÆØNS. Au départ, il n’y avait pas vraiment d’objectif spécifique en tête pour ÆØNS, nous écrivions simplement de la musique ensemble et voulions voir ce qui en résulterait. Environ un an ou deux plus tard, nous avons été rejoints par Robert Leht, qui continue désormais de jouer de la batterie dans notre nouveau line-up sous le nom de Pridian. Martin nous a rejoints peu de temps après en tant que deuxième guitare après avoir cherché un nouveau collectif dans lequel jouer de la musique. Laur a été le dernier membre du groupe à arriver. Il nous a rejoints seulement deux semaines avant notre premier concert, remplaçant notre ancien chanteur et on est très heureux de l’avoir avec nous à présent ! (sourires)

J’ai lu dans votre biographie que vous aviez donc déjà auto-publié un premier album studio en 2021 intitulé The Rotten Unknown, mais c’était alors sous l’autre nom (ÆØNS) si j’ai bien compris. Pourquoi avez-vous changé de votre nom, passant d’ÆØNS à Pridian maintenant en fin de compte ? Votre concept a évolué ou n’a pas fonctionné avec ÆØNS ?
Jörg : Le changement de nom s’est produit pour deux raisons. Premièrement, nous avons commencé à remarquer que de nombreux groupes apparaissaient avec un nom similaire, juste écrit un peu différemment. Si vous recherchez Aeons sur le web en ce moment, vous pouvez trouver différentes combinaisons d’Aeon, Aeons, etc. L’objectif principal était donc de trouver un nom qui serait vraiment un identifiant unique pour le groupe et quelque chose de différent et qui n’a pas été utilisé auparavant. La deuxième raison, mais tout aussi importante, était que l’on avait l’impression qu’avec l’arrivée de Laur en tant que nouveau chanteur et que notre son dans son ensemble changeait un peu par rapport à l’album initial d’ÆØNS, l’image du groupe avait donc besoin d’un rafraîchissement, pour un nouveau départ façon de parler…
Laur : Je pourrais ajouter qu’à mes yeux, ÆØNS sonnait presque mythique, utilisait des paysages sonores éthérés et explorait des thèmes fantastiques, tandis que Pridian penche davantage vers des thèmes futuristes et dystopiques avec des sons lourds comme une machine.

Vous n’êtes que quatre dans votre line-up, et je ne vois pas de bassiste. Cela signifie-t-il qu’il n’y a pas de partie de basse sur votre musique et notamment sur votre tout nouvel EP intitulé Cybergnosis ? Ou peut-être que les synthétiseurs remplacent la basse ?
Jörg : Actuellement, nous utilisons des instruments de basse virtuels pour tous nos besoins en guitare basse. La raison générale est que pour le genre de musique que nous écrivons en ce moment, la guitare basse n’est en réalité qu’une extension des riffs de guitare vers une gamme inférieure, par conséquent, il est plus logique d’utiliser simplement un instrument de basse virtuel et de ne pas essayer de forcer un autre membre à entrer dans cette dynamique, simplement parce que c’est considéré comme un standard dans le rock ou le metal, ou une norme dans la musique des groupes de nos jours.

Dans la musique de Pridian justement, on peut noter différentes influences que l’on pourrait définir comme un « cyber metalcore » si vous acceptez cette étiquette bien évidemment (mais la plupart des artistes détestent de telles étiquettes en général). (rires) Des influences allant du metalcore au djent, du cyber thrash à l’indus, de l’électro metal… Est-ce que des groupes comme Spineshank, Sybreed, Fear Factory, ou Periphery vous ont marqué étant plus jeunes ? Connaissez-vous d’ailleurs l’ancien groupe suisse Sybreed par exemple ? Quelles sont selon vous vos principales influences au sein de Pridian ?
Laur : Oui ! Nous connaissons tous les groupes que tu as répertoriés, y compris Sybreed : de la bonne musique ! Nous avons un large éventail d’influences au sein de Pridian. Notre batteur Robert, par exemple, écoute beaucoup de musique pop et électronique et joue principalement de la musique non metal pendant son temps libre. Jörg écoute beaucoup de musique et de bandes sonores de films et aussi plein d’enregistrements sonores de lancements de fusées de la NASA pour passer une bonne nuit de sommeil…  (rires) Je pense que Martin et moi sommes peut-être les plus metalleux et les plus simples à la base, mais l’influence de la musique metal industrielle aussi vient certainement du fait d’avoir trop écouté Static-X, Rob Zombie, Fear Factory, etc. dans notre jeunesse, oui. Mes sons de synthé et une partie de la superposition d’échantillons sont influencés par The Prodigy, Gary Numan, White Zombie, NIN.
Jörg : Tout à fait exact en ce qui concerne les bruits de fusée de la NASA ! (rires) Certains de mes compositeurs préférés sont Trent Reznor et Clint Mansell. Leur style peut être décrit comme très ambiant et émotionnel, mais en même temps assez troublant et inquiétant. Que ce soit consciemment ou non, je m’inspire définitivement de leurs œuvres pour écrire des mélodies et des harmonies pour la post-production et des instruments supplémentaires dans nos chansons avec divers samples d’ambiance.

En matière de concerts : vous avez déjà joué dans les plus grands festivals de metal d’Estonie par chez vous : Hard Rock Laager, Barbar Feast et Tallinn Music Week. Et vous avez également partagé la scène avec des artistes en ouvrant à Tallinn pour Humanity’s Last Breath ou Atlas pour leur tournée de passage en Estonie. Quels souvenirs gardez-vous de ces concerts, et avez-vous pu effectuer une véritable tournée européenne pour The Rotten Unknown sorti sous le nom donc d’ÆØNS après la pandémie ? En Amérique aussi peut-être ?
Laur : Les opportunités de jouer sur les principales scènes des festivals estoniens et de soutenir de plus grands groupes ont été très enrichissantes pour nous. Ces expériences ont définitivement renforcé notre confiance pour viser des scènes encore plus grandes à l’étranger et nous avons assurément des projets en cours en la matière pour y parvenir.

Vous avez réalisé plusieurs vidéos dans le passé, et une tout nouvelle pour votre EP Cybergnosis qui vient de sortir. C’est pour la chanson intitulée « Tetsuo ». Que signifie d’ailleurs ce mot ? Est-ce dans votre langue estonienne car je n’ai pas trouvé, ou alors quelque chose en japonais peut-être ? « Tetsuo »… ?! Quel est le concept ici parce que les visuels vidéo me font penser à des dessins que nous montre un psychiatre… ? (rires)
Laur : En fait, le nom de la chanson vient d’un film d’horreur de science-fiction japonais assez obscur nommé « Tetsuo : The Iron Man ». Je pense que cela correspond très bien au contenu des paroles et au son de cette chanson, le nom ajoutant en plus une autre couche à l’ensemble. Le clip de « Tetsuo », je le décrirais comme des hallucinations ou des rêves mécaniques, capturant visuellement le processus de transformation métaphorique de l’humain à la machine.

Comment avez-vous composé et écrit les nouveautés de cet EP Cybergnosis ? Est-ce que c’était plus facile pour vous parce que vous avez évolué et que vous avez plus d’expérience maintenant que pour votre premier album avec ÆØNS ?
Jörg : Comme nous vivons tous les quatre dans trois villes différentes d’Estonie, nous effectuons la plupart de nos séances d’écriture soit individuellement à la maison, soit virtuellement ensemble en ligne, à distance. Le processus implique principalement que quelqu’un propose un riff ou un petit clip pour une idée de chanson, puis le partage avec le groupe. Les idées retenues qui passent notre filtre collectif, nous continuerons à les travailler alors plus en détail. Finalement, après on se retrouver lors des répétitions du groupe, pour jouer le matériel et voir si quelque chose peut être fait pour mieux le traduire dans un contexte live. Là on travaille pour construire et améliorer le squelette de la chanson. Notre matériel actuel est définitivement un peu plus simple et plus facile à écouter que les chansons de du précédent LP The Rotten Unknown. Cette fois-ci, notre objectif est de faire de la chanson dans son ensemble une priorité et pas seulement de rassembler des riffs sympas sur un disque. Nous voulons que la musique se ressente également bien en live, ce qui influence également l’écriture.

Qui va distribuer votre EP Cybergnosis en Europe et dans le monde en sortie physique (CD) étant donné que vous êtes autorproduits en fait ? Vous recherchez des distributeurs et visez peut-être un gros label à l’avenir (comme Nuclear Blast, Roadrunner Records ou Napalm Records) ? (sourires)
Jörg : Actuellement, nous publions et promouvons tout nous-mêmes pour la plupart, mais on travaille également en étroite collaboration avec une agence de promotion (Oktober Promotion) en Allemagne pour la sortie de notre EP. C’est tout pour le moment. En ce qui concerne les projets futurs, nous sommes à l’écoute, et gardons les yeux ouverts sur toutes les offres et opportunités intéressantes qui pourraient se présenter à nous.

En 2021, Pridian a été nominé chez vous en Estonie pour le prix « Album metal de l’année » par les Namibian Music Awards. Donc, si un jour l’Estonie a besoin et cherche un groupe de metal pour représenter votre propre pays au concours de l’Eurovision (l’année prochaine par exemple), accepteriez-vous d’y participer afin d’interpréter en direct une chanson de Pridian devant le monde à la télé alors ? Ou ce serait risqué et navrant comme le pensent la plupart des groupes de metal selon vous, même si Lordi l’a déjà gagné en 2006 pour la Finlande avec son hard rock, de même pour les rockeurs italiens Måneskin aussi en 2021, mais bon, par contre, les Allemands de Lord of The Lost se sont totalement vautrés cette année en mai 2023… ? (rires)
Jörg : Nous y réfléchirions peut-être, mais au vu du style de musique que nous faisons et de la scène dans laquelle nous évoluons, je dirais que le concours Eurovision de la chanson n’est vraiment pas quelque chose que nous visons. Ce ne serait pas trop approprié. Le public cible est assez différent et le type de règles et de réglementations présentes au format Eurovision est quelque chose qui, à mon avis, entrave trop le côté créatif d’une pièce musicale. Mais c’est aussi une question de goût personnel : je ne suis tout simplement pas fan de l’Eurovision moi-même ! (sourires)
Laur : Je pense que nous n’écrirons peut-être jamais rien spécialement pour l’Eurovision, mais si l’un de nos morceaux répond aux exigences et correspond à la concurrence, alors pourquoi pas ?

Pour conclure : quels sont vos projets pour fin 2023 et 2024 ? Allez-vous tourner et venir jouer en live sur une scène en France par exemple ?
Jörg : Les projets pour cette année se termineront avec la sortie de notre EP, et nous avons déjà commencé à écrire pour un album complet… L’année prochaine, nous rechercherons activement des opportunités de tourner et de jouer en dehors de l’Estonie également, alors gardez un œil sur nos réseaux sociaux pour toute annonce ! Merci.

Publicité

Publicité