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PYREXIA
La situation est grave mais pas désespérée…

Non ! Pyrexia n’est ni le nom d’un nouveau programme de fidélité de votre supermarché du coin pour collectionner des plats en pyrex, ni le nom d’un énième variant du covid-19 qui décime les rangs de nos chers écoliers entre deux grèves. Si vous ne connaissez pas cette terrible et néanmoins respectable formation américaine originaire de New York (fondée tout de même en 1990 !), alors mettez vos protections auditives pour jeter une oreille à leur sixième bombe de Brutal Death Metal parue sur le label californien Unique Leader Records en décembre dernier. [Entretien avec Chris Basile (guitare/membre cofondateur) par Seigneur Fred – Photo : DR]

Quel bilan ou quelles conclusions tires-tu de votre précédent album Unholy Requiem sorti en 2018 chez Unique Leader Rec. car, depuis sa publication, beaucoup de choses se sont passées dans notre monde… ? Et avez-vous pu tout de même tourner et vous produire live sur scène pour défendre cet album avant l’arrivée de cette satanée pandémie ?
Cette pandémie, comme tu dis si bien, a été en effet un putain de cauchemar qui continue encore d’ailleurs… Il a détruit et détruit encore nos vies, des vies… On a tout de même été en mesure de jouer et tourner aux États-Unis avec Decrepit Birth, Arsis, et Internal Bleeding en 2018 tout aussi bien que l’on a pu mener une folle course sur les routes avec les groupes Pathology, Kraanium et Epicardiectomy. Mais fin 2019, alors que l’on était en train de tourner par chez nous près de New York avec le groupe Pathology, le virus est apparu et tout s’est arrêté début 2020… Ce fut déroutant, on était dégoûté… Mais pour autant, on n’est pas resté assis sans rien faire. Le nouvel album Gravitas Maximus a été écrit, composé, puis enregistré durant cette redoutable période qui, il faut l’avouer, est inédite pour nous. Disons alors que l’on a quand même fait quelque chose dans ces mauvaises circonstances, un mal pour un bien…

Votre groupe Pyrexia existe depuis 1990, et a seulement connu un split entre 1999 et 2001. Avez-vous noté une évolution sur la scène Death Metal américaine depuis votre fondation, notamment sur la scène de New York dont vous êtes issus, parmi Suffocation et les autres formations du même genre, excepté l’arrivée d’internet, bien sûr ? (public, mœurs, modes, communication, concerts, structures, etc.)
Absolument. À nos débuts dans les années 90’s, les seuls gens impliqués semblaient être les mêmes personnes qui étaient dans le Death Metal, sa scène, et les groupes qui la composaient alors. Au fur et à mesure des années, j’ai vu cette magnifique fleur que l’on pourrait appeler « Death Metal » grandir vers quelque chose que les gens, à travers le temps, quelle que soit leur génération, leur âge justement, mais aussi leur histoire ou parcours, apprécient comme musique. J’aime beaucoup ça. Disons que je vois ça aujourd’hui comme une institution dans la musique, tout comme le Blues l’a été et l’est toujours, ou bien la musique classique. Ça me fait plaisir et c’est cool.

Venons-en à votre nouvel et sixième album intitulé Gravitas Maximus. Il contient divers samples extraits de films et autres archives, à commencer par la première chanson « We Are Many » sur laquelle il m’a semblé entendre un extrait sonore en anglais du film L’Exorciste (Warner Bros/1973). Gare aux royalties !! (rires) Non, plus sérieusement, est-ce bien des samples extraits de ce film et pourquoi ce choix artistique ici ? Quel est le lien avec les sujets abordés sur ce nouvel album ?
Oui, c’est exact, c’est tiré de L’Exorciste. D’après moi, il s’agit du film le plus flippant et le plus réaliste en matière d’horreur jamais réalisé à l’époque. Il a eu un grand effet, impact, sur moi étant jeune. C’est encore quelque chose qui m’affecte trente ans plus dans ma propre musique, la preuve ! (rires) Je ne crois pas, enfin à mon avis, qu’on réalise encore d’aussi grand films d’horreur ou d’angoisse aussi bien écrits et réalisés comme L’Exorciste ou The Omen de nos jours. En tout cas, je trouve qu’ils sont encore super efficaces. Et tout cela colle bien à l’ambiance de nos morceaux en lien avec le Mal et la mort…

Tes parties de guitares ainsi que celles de ton collègue Danny Trapani sont très heavy et hyper tranchantes sur Gravitas Maximus, pour autant le son demeure assez classique. Quel est ton type d’accordage à la guitare ici ? Et durant ces divers confinements successifs, du fait de l’impossibilité de vous produire live, en avez-vous profité pour pratiquer, tester de nouvelles techniques durant la composition de ce nouvel album ou essayer de nouveaux matériels à la guitare, pédales d’effets, amplificateurs, etc. ?
Ouah, merci, je suis ravi que tu aimes la tonalité de nos guitares. Alors on est accordé en C (Do). Je suis un grand malade, tu sais. Je vis dans mon propre home studio. Alors durant le processus d’écriture, je restais ici durant de nombreuses heures par jour comme un fou. Mais bon, épidémie ou pas, cela fait partie du travail qui reste une passion avant tout, alors ça fait toujours partie du procédé de composition et d’écriture des morceaux. J’ai écrit environ douze ou treize morceaux pour ce nouvel album, mais de Gravitas Maximus n’en contient seulement huit qui ont été conservés pour le mixage final. D’un autre côté, tu as raison, ces périodes de confinement et du fait que l’on ne tourne plus, ou moins disons à présent, m’ont donné du temps pour me concentrer sur la musique et donner le meilleur de moi-même pour Pyrexia. Après, je n’ai pas testé spécialement de nouveaux matériels.

Durant la composition de Gravitas Maximus justement, aviez-vous un objectif précis comme celui de sonner le plus heavy possible à souhait, mais aussi de revenir à vos racines musicales et à vos débuts dont on parlait tout à l’heure quand vous avez commencé dans les années 90’s quand vous publiez alors votre premier enregistrement Sermon of Mockery (Drowned Rec.) en 1993… Cela est évoqué dans votre biographie, et pour une fois, je suis d’accord avec les arguments marketing de votre label ! (rires)
(rires) Je n’ai pas dit pour autant : « aussi heavy que notre album Sermon »…. Cela explose même Sermon (…) ! Le nouvel album met au fond de la boîte et l’enterre littéralement, musicalement parlant. Sermon (…) était un bon enregistrement à l’époque, pour l’époque, mais aujourd’hui, Gravitas Maximus est bien meilleur et supérieur en tout point. Surtout que quand notre premier LP Sermon of Mockery est paru, il n’y avait pas autant de groupes de Death Metal en 1993, alors à l’époque, les gens étaient tous estomaqués par cette nouvelle forme de musique totalement folle qu’était le Death Metal qui se développait depuis la seconde moitié des années 90. Forcément en 1993, c’était donc différent en fait. Mais en réalité, j’étais juste un adolescent quand j’ai écrit les riffs et produit l’album Sermon of Mockery. Ce que nous avons accompli avec Gravitas Maximus a demandé aussi des efforts supérieurs.

Pourquoi un tel titre d’ailleurs pour ce sixième album : Gravitas Maximus ? Et de quoi parlent les paroles de ton chanteur Jim Beach ? Peux-tu nous en dire davantage s’il-te-plaît ?
Je pense que Gravitas Maximus fait suite et prend place au prédécesseur au point où nous sommes actuellement à notre carrière, fait le point sur nous, et sur ce qu’est le groupe à ce stade. Voilà en gros ce dont parle l’album à travers diverses métaphores propres au Death Metal et son imagerie, son style. Faut dire que l’on est là-dedans, dans cette musique, depuis les premiers jours quasiment, alors… Les riffs et les paroles des chansons écrites par notre « Big Weight », Jim Beach, tout ça font de Gravitas Maximus un album qui ne laisse pas indifférent. Ce n’est pas un disque que tu écoutes juste une fois et jettes au placard ! (rires)

Au milieu de la chanson nommée « The Art of Infamy », on peut entendre un sample, cette fois, de tronçonneuse… S’agit-il là encore à une référence à un film d’horreur car immédiatement, j’ai pensé au film culte Massacre à la Tronçonneuse qui était inspiré d’un fait divers réel américain dans les années 60’s au Texas… ? Tu confirmes la relation ici avec ce clin d’œil sonore ? (sourires)
Tout à fait ! C’est si sale et gras comme ambiance dans ce film… C’est donc parfait pour Pyrexia et notre style musical de prédilection. Cette intro est donc tirée du film en V.O. The Texas Chainsaw Massacre… Si tu ne l’avais pas encore compris, je suis donc fan de films d’horreur, des classiques… Evil Dead aussi est un de mes films préférés…

Toi et ton second guitariste Danny Trapani faites partie d’un autre groupe : Tomorrow’s Victim. Dans ce projet parallèle, votre musique sonne plus orienté Deathcore en fait. Alors que Pyrexia sonne différemment, plus traditionnel, du brutal Death Metal old school tout simplement, mais parfois on peut trouver un certain groove inspiré du Metal Deathcore. Qu’en penses-tu et partages-tu cet avis ? Est-ce conscient chez vous d’ajouter cette touche Deathcore dans la musique de Pyrexia de temps à autre ?
En fait, c’est Jim Beach, notre chanteur donc, et Danny qui font partie de Tomorrow’s Victim, mais moi non… Si tu écoutes bien notre second album System of the Animal réalisé avec Pyrexia, sorti en 1997, déjà, tu remarqueras que l’on insuffler déjà une touche Hardcore voire des notes Deathcore dans notre style musical, et la plupart du temps durant notre carrière depuis. C’est donc assez habituel chez Pyrexia.

De ton côté, Chris, es-tu toujours en contact avec Trevor Peres d’Obituary bien que tu aies quitté il y a déjà pas mal d’années Catastrophic ? C’était donc ça ton side-project si cette fois je ne me trompe pas… Tu avais bossé avec lui dans le passé pour ça. As-tu des news d’ailleurs de Catastrophic car ça végète un peu et c’est bien dommage… ? (rires)
La dernière fois que j’ai vu Trevor, c’était si je me souviens bien quand Pyrexia et Obituary jouaient communément au festival Neurotic Death Fest ici aux Etats-Unis. Cet homme est une vraie légende, et je suis plutôt chanceux à vrai dire d’avoir déjà bossé avec ce mec. Sinon, je n’ai aucune nouvelle au sujet de Catastrophic, navré…

Tiens, avant de nous quitter, connais-tu par hasard des groupes de Metal français, que ce doit dans le Death Metal ou le Metal ou Rock en général, peut-être ?
J’aimerai t’en citer si j’en connaissais… Mais n’hésite pas à me présenter certains d’entre eux, les plus intéressants et dingues ! Ce serait avec plaisir.

Bon, malgré le contexte sanitaire et culturel actuel, quels sont les projets de Pyrexia pour 2022 ? Je présume en plus que vous devez être au taquet si vous ne tournez pas et ne jouez pas live en ce moment, même par chez vous en Amérique… Serais-tu prêt à venir jouer devant un public restreint, assis, et masqué ?? (sourires)
Tant qu’il y a le covid-19 et que cette situation qui perdure ne fait pas trop chier le tout, alors on projette de tourner autant que possible. Nous avons la tournée avec I Am Morbid (Ndlr : groupe composé d’ex-membres de Morbid Angel : David Vincent et Tim Yeung), Grave, et Gruesome qui est encore prévue en mars 2022 par chez vous en Europe (Ndlr : a priori la tournée européenne I Am Morbid avec Pyrexia a été repoussé à septembre 2022 pour la France), ainsi que des festivals d’été. Mais bon, tu sais, on est tous à la merci des restrictions gouvernementales de chaque pays et de l’évolution de cette infâme chose que l’on appelle « covid »…

Merci à toi, mon ami, et allez-vous procurer tous une copie de Gravitas Maximus, et pensez à nous ajouter sur Spotify et Instagram pour écouter notre musique afin de nous supporter ! Merci, et au revoir ! (Ndlr : en français).

CHRONIQUE ALBUM

PYREXIA
Gravitas Maximus
Brutal Death Metal/Deathcore
Unique Leader Records

Ce n’est pas au vieux singe que l’on va apprendre à faire la grimace ! Il n’y a qu’à voir l’artwork signé du  Russe Andrey Khrisanenkov (Abominable Putridity, Aborted…) de ce sixième pavé des New Yorkais de Pyrexia ! Seulement six, vous dites-vous, depuis leur apparition sur la scène brutal death US en 1990 ? Eh oui, et toujours point de préliminaire de la part du guitariste Chris Basile et ses compères, si ce n’est quelques samples des classiques de l’horreur ici et là (L’Exorciste sur « We Are Many » en ouverture, Massacre à la Tronçonneuse sur « The Art of Infamy » en nettement moins poussé que chez Mortician), ou bien une courte intro de hip hop sur « The Day the Earth Shook ». Hormis ça, ça cogne sévère, le riffing de la paire Basile/Trapani cisaille à l’ancienne, les growls de Jim Beach dégoulinent dans nos oreilles, et les rythmiques cognent mais rien de très original dans le genre (la basse aurait mériter un peu plus de présence), sauf qu’il ne faut pas oublier que nos Américains furent les premiers à pratiquer un death metal déjà orienté deathcore sur System of the Animal dès 1997, album qui ne rencontra pas son public… En attendant leur venue scénique en Europe au côté d’I Am Morbid et Grave, ne boudons pas notre plaisir à l’écoute de cette nouvelle petite douceur baptisée Gravitas Maximus. [Seigneur Fred]