RISE OF THE NORTHSTAR : Le chapitre de la maturité ?

C’est une petite poignée d’heures avant de monter sur la scène du Cargo à Caen que Vithia et Eva-B ont bien voulu nous consacrer un petit moment d’échanges, pour parler de leur tournée européenne fin 2025, et surtout évoquer leur nouvel et quatrième opus au nom imposant : Chapter 04 : Red Falcon Super Battle ! Neo Paris War !! Rien que ça ! Mais serait-ce celui de la maturité ? [Interview réalisée avec Vithia (chant) et Eva-B (guitare) par Norman « Sargento » Garcia – Photos live : DR]

Déjà, merci à vous de me recevoir avant votre concert (notre live report ici), c’est super sympa. Alors, comment allez-vous ? Car vous avez entamé une tournée début novembre, et la veille de cet entretien, vous étiez à Bordeaux, si je ne me trompe pas ?
Vithia : Eh bien, ça va ! On a pris le pli de jouer à une certaine heure. Notre corps s’est régulé et bien réglé à présent.

Votre actualité est brûlante, il y a votre nouvel album qui est sorti hier (le 14 novembre 2025, ndlr), vous allez sûrement jouer des nouveaux titres. Comment sont-ils accueillis par le public jusqu’à maintenant ?
Vithia : Chanmé, mais ce sont des titres qui étaient déjà sortis. Après, je pense qu’on verra ce soir. Les nouveaux titres ont tellement circulé qu’on voit le pit déjà bien réagir.
Eva-B : Les gens connaissent déjà bien les nouveaux morceaux. C’est vrai qu’on n’a pas de nouveaux morceaux qui n’étaient pas sortis avant. On avait pas mal de dates avant la sortie de l’album. Avec l’expérience qu’on a, on a déjà fait des concerts où tu joues des nouveaux morceaux que personne ne connaît. Les gens écoutent, donc c’est normal qu’il ne se passe pas grand-chose dans le pit. On préfère donc jouer des morceaux déjà connus.
Vithia : Et surtout des morceaux qu’ils ont envie d’entendre. Et puis il y aura peut-être des updates sur l’Europe, on verra.


Depuis votre album Showgun, il s’est passé trois ans. Vous avez plutôt pris votre temps pour écrire son successeur ?
Vithia : Là, on est allé assez vite pour le coup, par rapport à d’habitude ! (rires) On a mis deux ans. Je voulais que cet album sorte en 2025. Showdown a mis du temps à sortir, mais il était prêt depuis un certain temps. On a été stoppé par un truc qui s’appelle le Covid. Initialement, il devait sortir plus rapproché de The Legacy of Shi. Lui et et Showdown sont deux albums très proches artistiquement. On pourrait en faire un double album. Quand on s’est mis à défendre Showdown sur scène, moi, artistiquement, j’étais frustré parce que j’étais déjà dans la suite. Je leur ai dit. Et Eva-B avait commencé déjà à beaucoup composer. “Payback”, par exemple, c’est un des premiers morceaux qui était prêt, genre à la fin de la tournée Showdown. On était déjà dans la suite et dans l’après. On a vraiment beaucoup travaillé pour arriver à quelque chose de consistant, dense, calé, carré, rapidement.

Et ça vous arrive d’écrire en tournée ?
Vithia : Eva-B m’envoie beaucoup de pré-prod. Je les prends en tournée avec moi et j’écris continuellement sur mon téléphone. Parfois, j’ai des rushs, j’ai des pulsions d’écriture. C’est un peu anarchique, mais il n’y a pas de recette tu vois.
Eva-B : Moi, je ne compose que chez moi. Je ne prends pas de matos en tournée.
Vithia : De toute façon, avec le temps, les balances, l’install, c’est quand même un show. À notre échelle, c’est un show assez important. Du coup, ça prend du temps. Il y a toujours plein de trucs à régler, des problèmes techniques, des optimisations sur le son, sur les instruments.
Eva-B : Moi, je ne suis pas dans le mood de composer en tournée. J’aime bien être chez moi tranquille.

Je voulais revenir sur un court moment sur vos collaborations avec les labels. Nuclear Blast, puis Atomic Fire, et maintenant, vous êtes sur votre propre label Kuromaku Corp. Vous vous sentez plus libres dorénavant ?
Vithia : On s’est toujours senti libre artistiquement. C’est juste qu’en avançant avec le temps, tu te rends compte qu’aujourd’hui, il y a plein de labels qui se reposent sur la notoriété des artistes, alors que ça devait être l’inverse. Et qu’on est plus au fait, plus au courant et plus réaliste que sur plein de choses qui se passent. Surtout au niveau du digital. Et du coup, on est mieux servi. Même si parfois oui, ils ont fait du bon boulot.
Eva-B : Si il y a une forme de liberté qu’on peut trouver, c’est peut-être au niveau du budget. Dans les maisons de disques, normalement, ils doivent faire le taf. Mais là, vraiment, l’argent que tu utilises pour la promotion de tout ce qui concerne l’ album, tu sais où tu le mets. Donc, choisis toi ta stratégie. Ça, c’est la liberté qu’on ne pouvait pas avoir.
Vithia : Et c’est déjà en train de porter ses fruits. Bon, on n’est pas des gens rivés sur les statistiques. Mais nos producteurs, les gens qui sont avec nous, eux si, et je peux te dire que c’est complètement incomparable.

Sur l’enregistrement de l’album, j’ai cru comprendre que Flo de Landmarks était intervenu ?
Eva-B : En gros, Flo a fait surtout du mix mastering. Il y a eu peut-être deux, trois chansons. Après, on lui a envoyé les chansons, on lui a demandé son avis. S’il avait des trucs à dire, etc. Sur quelques chansons, on a juste cuté. Il y a un refrain, on l’a divisé par deux. Certaines parties, on a coupé. On a optimisé les chansons quoi. Mais de toute façon, l’album était composé déjà. Il n’y a pas eu de nouveau riff. Mais plutôt plein de trucs de production pure, surtout dans les effets. Flo il mixe aussi chez Landmarks, sur son propre projet. C’est un rappeur comme Vitya. Il y avait plein de trucs que Vitya avait en tête sur certains mots, sur certains effets, et il le faisait avant même que Vitya n’en parle…
Vithia : Il y avait un écho. C’était génial… Landmarks, c’est des mecs qu’on connaît depuis longtemps. Ça fait dix ans qu’on se croise sur scène. Au moment où on composait, Flo a bossé le titre qui est devenu « Back 2 Basics ». Ce sont des couplés assez agressifs. Puis on voulait un refrain solaire. On a fait des trucs qui étaient cools, mais on s’est dit que ça pouvait aller plus loin. On voulait une voix mélodieuse. On a tout de suite pensé à lui. On lui a donc envoyé et lui, il a kiffé. Il nous a renvoyé un truc en yaourt, mais c’était déjà des toplines mortelles. Il nous a dit « si vous voulez, je peux vous faire un mix dessus. » Quand on a reçu le mix, on a fait OK. On était encore en train de chercher. On allait à droite, à gauche pour voir avec qui on allait mixer, masteriser. Quand on a reçu son mix, on a fait « Flo, c’est toi qui vas faire le mix master. » Il a accepté. C’est comme ça qu’on est parti. Donc il y a beaucoup de titres qu’on a enregistrés chez nous, en banlieue, parfois même chez moi. Et il y a des titres très précis où moi je voulais être dans la cabine avec Flo à Marseille. Je voulais qu’il m’aide à trouver des tonalités, des notes un peu plus humaines.


Et ça a a notamment donné « Back to Basics ». A un moment dans ce morceau tu dis “Paris, Marseille… Bitch !” Est-ce pour dire que cette rivalité entre ces deux villes n’existe pas forcément dans tous les domaines ?
Vithia : Ouais, c’est ça. Mais ‘est d’abord une punchline instinctive. Dans le métal, je trouve que c’est bien. Il y a une unité que tu ne retrouves pas forcément dans les autres scènes. Qu’on le veuille ou non, en France, c’est quand même un peu plus petit. C’est plus petit que les autres scènes. Du coup, il n’y a pas de rivalité. C’était quelque chose qui finalement symbolise l’unité.

Vous parlez pas mal de rap. J’ai bien aimé l’outro du nouvel album. Peut-être que je me plante, mais la musique, j’avais l’impression d’entendre de la descente ou quelque chose qu’aurait pu faire I AM il y a peu longtemps.
Vithia : On ne l’a pas vraiment bossé comme un morceau, mais comme un freestyle, un petit au revoir quoi. Il faut savoir que c’est Yoru, notre bassiste, qui fait des beats. Tous les scratchs qu’il y a sur l’album, ce sont des vrais. Il a ses platines et tout. C’est vraiment génial parce qu’il donne un écho à plein de choses que je veux faire depuis longtemps, mais on n’était pas forcément armés pour à l’époque. On a déjà eu des beats dans le groupe avec “Protect Ya Chest” en 2010. Il y a déjà eu du rap avec “Teenage Rage” qu’on a enregistré en 2017…Mais là, vraiment, on a pu les cadrer et je trouve que ça dynamise bien l’album. Et c’est vrai qu’il adore “L’Ecole du Micro d’Argent” de I AM et du coup, il y a sûrement cette vibe un peu 90’s, nostalgique.

Je voulais parler aussi parler d’”A.I.R. Max”, dont les initiales veulent dire “attitude”, “intégrité” et “respect”. Est-ce que ce sont là trois mots qui définissent le groupe et sa façon d’être ?
Vithia : C’est une façon d’être itinérante au groupe, en général, on est très droit, on est des bosseurs, et puis, je trouve que surtout, ça définit bien le groupe et notre attitude artistiquement envers notre musique, tout simplement. C’est pour ça que je trouve que ça correspondait bien au morceau, comme un espèce de slogan.

Mais pour autant vous n’êtes pas obligé de porter des chaussures de cette marque (Vithia et Eva-B en portent le jour de l’interview, ndlr) ?
Vithia : (rires) Non, on n’est pas obligé. On obligé de rien d’ailleurs !

Il y a un autre featuring sur l’album, avec Aaron de Ten.56, comment ça s’est concrétisé ? Je suppose que vous le connaissez depuis un moment ?
Eva-B : C’est marrant, parce que c’est la même chose qu’avec Flo, parce que Flo, j’étais allé les voir la Cigale il y a un ou deux ans, et moi je me suis retrouvé en backstage avec eux, et j’ai demandé à Flo s’il était chaud pour faire un feat, et il m’a dit, évidemment, let’s go !
Pareil avec Aaron, je les ai vus au Trabendo, à Paris. Après le concert, on s’est retrouvé ensemble, et c’est Aaron qui m’a dit qu’il aimerait trop faire partie du truc, faire un single avec vous, depuis le temps. On avait ce morceau-là qui était un peu de côté, parce qu’on ne savait pas trop quoi en faire…

Nemesis” donc, qui est l’un de vos morceaux le plus brutal…
Vithia : Voilà, c’est ça. C’est l’un des titres le plus brutal qu’on ait écrit tout court !
Jeva-B : Et j »en ai reparlé avec V, qu’Aaron était chaud, et on s’est dit que ce morceau-là, avec lui, ça allait être la boucherie. On lui a envoyé, il nous a dit que c’était trop bien, en une journée, on avait tout fait. Ça a été très rapide et ça a donné ça.
Vithia : On aborde les featurings vocalement, toujours, de manière un peu complémentaire. Notre premier featuring, c’est avec Hyro The Hero, “Underrated”, un titre exclu. C’est un super MC, et moi j’ai pu me poser comme un mec du hardcore. Je mitraille avec une voix un peu saturée, pour que lui, ça sublime son rap. Avec Flo, pareil, je suis arrivé sur un couplet un peu grave, lourd, pour que lui, sa voix s’envole sur le refrain, très mélodieuse. Avec Aaron, c’est différent, c’est lui qui a une voix plus grave que la mienne. Au début, on se fait un question-réponse. C’est grave lui et moi. Et après, quand lui va chercher dans le grave, j’essaie d’avoir un flow plus aérien, un peu plus aigu. Je trouve que ça crée des tonalités intéressantes. C’est là que je trouve qu’un featuring prend tout son sens.

Et y’a-til un ou des featurings que vous n’avez jamais pu faire, qui vous feraient rêver, tout du moins ?
Vithia : Moi, si tu me demandes si je peux avoir qui je veux. Je te dirais que j’adorerais faire un morceau avec Zack De La Rocha, ou Chino Moreno. Voilà…Il y en a plein en fait. On ne demande pas souvent. Après, les deux albums précédents, c’était quand même des concepts très forts, avec pas mal d’introspection. Là, il y a de l’introspection dans cet album, mais il est quand même moins codifié. C’est moins sous le saut d’un symbole comme “Shogun No Shi” sur Showdown. Du coup, on s’est senti plus libre de le faire. C’est vraiment un album libérateur pour nous, avec beaucoup moins de barrières. On a envie de faire des featurings, on en remet. On a envie de mettre un titre rap, on le met. T’as envie de mettre une interlude, on la met. En fait, il n’y avait pas trop de contraintes…

Effectivement, c’est ce qu’on ressent. Il y a deux morceaux où l’on remarque aussi plus d’émancipation vocale de part, sur “Falcon” et “Solitary Boy”…
Vithia : ouais, parfois, Eva-B me sort des refrains lumineux et nous dit “je ne sais pas si c’est adapté au groupe”. C’était le cas pour “Rise” sur l’album Shodown. Je l’ai écouté et je lui ai dit “t’es un malade c’est trop bien”. “Falcon”, c’est un peu pareil. C’est un refrain lumineux.
Eva-B : C’est vrai, Il faut tester. On a pris pas mal de temps. Des fois, je compose des trucs et je me dis que dans ROTNS, je trouve ça bizarre, que c’est chelou de prendre ce morceau-là dans ROTNS. Mais depuis qu’on a fait “Rise”, je me suis dit “si je compose, j’envoie”. On teste du chant, on prend du temps…C’est vrai que c’est n’est pas non plus une zone de confort absolue pour Vithia mais comme on a grandi avec le néo-metal, il y a toujours eu du chant sur des refrains néo-metal… : Korn, Slipknot, Deftones, etc. Pour nous, c’est logique. C’est juste qu’on ne l’a pas fait avant parce qu’on n’était pas forcément dedans.

Dernière question un peu plus globale. Vous avez plus de quinze ans d’expérience et je me demandais…vous jouez une musique violente, alors comment votre entourage réagit face à cela, ne se disent-ils pas que c’est inaudible ou trop brutal ? Certains d’entre-vous sont peut-être père de famille, etc. Comment vos parents, vos enfants voient le truc, eux qui ne sont pas forcément habitués à ce type de musique ?
Vithia : Beaucoup de gens de mon entourage écoutent de la musique extrême. Ensuite, les gens de mon entourage proches m’ont vu grandir. Quand j’étais jeune, j’étais taillé pour ça. Il n’y a rien de choquant pour eux. C’est une évolution très logique pour eux.
Eva-B : En tout cas, concernant mes parents, je pense que la fierté prend le dessus sur le reste. Ça me fait marrer. Ma mère peut écouter mon album et dire que c’est trop bien. Je lui dis qu’il y a un autre truc qui ressemble vraiment. Et là, elle va me répondre qu’elle n’aime pas ! (rires). En règle générale, ils ne sont pas trop à dire que ce n’est pas de la musique. Ils sont juste contents. En règle générale, c’est ça qui prévaut sur tout le reste. Peut-être que j’ai mon tonton qui ne comprend pas trop. Mais quand il voit ce qui se passe, il dit que c’est génial, que ça déchire. Mais il n’écouterait pas l’album en boucle (rires) !

->> Chronique album de Chapter 04 : Red Falcon Super Battle ! Neo Paris War !! de RISE OF THE NORTH STAR à retrouver ici !

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