SLAUGHTERDAY : Dread Emperor

Cinquième long effort pour nos voisins d’outre-Rhin Slaughterday, groupe originaire de Leer. Et Dread Emperor constitue un bel exemple de ce que l’on appelle désormais du death metal old school ! Mais pas que ! Ce duo allemand se compose uniquement de Jens Finger à la basse et aux guitares, et Bernd Reiners à la batterie et au chant, auquel s’ajoute parfois d’autres musiciens live sur scène, afin de nous offrir depuis 2010 un metal inspiré des grands et anciens artistes floridiens du style… On va donc trouver ici du Massacre, du Autopsy, du Death (en moins technique néanmoins) mais aussi l’école européenne comme Asphyx, Morgoth ou Benediction ! Il ne nous en fallait pas davantage pour contacter un de membres de Slaughterday ! [Entretien réalisé par email avec Jens Finger (guitare, basse) par Dave Saint Amour – Photos : DR]

Bonjour ! Une question classique pour les débutants : pouvez-vous présenter Slaughterday à des personnes qui ne connaissent pas votre musique et pouvez-vous nous donner une brève histoire du groupe ?
Slaughterday est un groupe de death metal ancré dans la tradition old-school—brut, agressif et droit au but. Notre musique est fortement inspirée par la scène du death metal des débuts, mélangeant des riffs brutaux avec une atmosphère sombre et morbide. Depuis le début, Slaughterday est toujours resté un groupe à deux membres. Au fil des ans, nous avons sorti cinq albums complets ainsi que plusieurs EP et 45 tours, en constante évolution tout en restant fidèles à notre son principal. Pour le live, nous travaillons avec des musiciens supplémentaires, ce qui nous permet d’apporter toute la puissance de notre musique sur scène. Nous avons joué dans de nombreux concerts et festivals de clubs, et jouer en live a toujours été une partie très importante de ce qu’est Slaughterday.

Slaughterday garde vivante la flamme du death metal old school ! Pourquoi as-tu choisi ce moment de l’histoire de la musique extrême ?
Quand nous sommes entrés dans la musique extrême, le death metal était encore brut, dangereux et très direct. Cette première vague a laissé une marque permanente sur nous. Puisque nous avons tous les deux environ 50 ans maintenant, ce son n’est pas quelque chose que nous avons découvert plus tard—c’est ce avec quoi nous avons grandi. C’est pourquoi il semble tout à fait naturel de garder cette flamme vivante. Elle est dans notre ADN. Nous ne voulons pas le réinventer ou le moderniser ; nous voulons jouer du death metal comme il était destiné à l’origine et comme nous l’aimons encore aujourd’hui. Pour nous, cette honnêteté est plus importante que d’expérimenter ou de suivre les tendances.

Dread Emperor est déjà votre sixième effort ? Comment le placez-vous dans votre discographie ? Une nouvelle étape après Tyrants of Doom ? (sourires)
En fait, Dread Emperor est notre cinquième album. Nous savons que certaines personnes considèrent l’EP Abattoir paru en 2018 comme un album complet, ce qui est tout à fait correct, mais pour nous, celui-ci marque clairement le prochain chapitre après Tyrants of Doom. Nous essayons toujours d’aller plus loin à chaque sortie—pas en changeant notre style, mais en le peaufinant. Avec Dread Emperor, c’est essentiellement plus de Slaughterday à tous les niveaux : une écriture plus forte, une atmosphère plus ciblée et un son qui nous ressemble encore plus.

Slaughterday est un groupe de deux membres en studio mais vous êtes cinq sur scène. Pourquoi n’enregistrez-vous pas vos morceaux avec un groupe complet ?
L’enregistrement à deux est une décision très consciente pour nous. Nous avons travaillé de cette manière pendant longtemps, et cela semble naturel. Le processus est rapide, direct et extrêmement efficace—c’est une machine bien huilée. On est une équipe parfaite dans le studio, et il y a un certain rythme qui ne se produit que lorsque nous travaillons ensemble. Que la chimie est une grande partie du son de Slaughterday. Sur scène, il est logique d’avoir cinq personnes pour livrer les chansons avec toute leur puissance, mais en studio, c’est exactement comme ça que nous le voulons.

L’ombre de Lovecraft plane sur vos textes… Mais est-ce votre seule inspiration ? Pouvez-vous en dire plus sur les paroles ?
C’est vrai que l’ombre de Lovecraft était très présente dans nos premiers travaux—nos deux premiers albums étaient directement inspirés par ses histoires. Avec le temps, cependant, ce n’est plus la seule source. Ce qui est resté, c’est la fascination pour la peur, l’horreur et la folie, mais nous sommes allés plus loin. Nous sommes attirés par les sujets apocalyptiques, les films d’horreur à l’ancienne des années 80, et même les problèmes modernes comme la peur, le contrôle et l’oppression. Les paroles ont toujours reflété ce qui nous intrigue ou nous fait peur, que ce soit l’horreur cosmique, une vision dystopique, ou la tension dans le monde qui nous entoure. Tout est encore très sombre et extrême mais ne se limite plus à Lovecraft.

Jens, comment ou en quoi ton expérience avec Obscenity a-t-elle pu affecter Slaughterday selon toi ?
Mon temps dans Obscenity m’a définitivement façonné en tant que musicien, mais avec Slaughterday, je voulais consciemment aller dans une direction différente. Je voulais essayer quelque chose de différent : moins technique, plus mélodique, avec un accent plus fort sur les riffs et l’atmosphère générale. Obscenity était plus ancré dans un style de death metal plus serré, plus technique et brutal. Avec Slaughterday, l’idée était de revenir un peu en arrière et de se concentrer sur des riffs mémorables, des mélodies sombres et ce sentiment old school. Il s’agissait moins de complexité et plus d’humeur et d’écriture de chansons. Donc d’une certaine manière, Obscenity représente un côté de mon parcours musical, tandis que Slaughterday est devenu l’exutoire où je pouvais explorer une approche plus atmosphérique et axée sur le riff du death metal.

Dread Emperor se termine par un hommage à Protector ? Pourquoi avez-vous choisi ces chansons et ce groupe en particulier ?
Nous avons choisi de terminer Dread Emperor avec un hommage à Protector parce qu’ils sont un joyau caché du passé qui nous a vraiment influencés. À l’époque, ils étaient l’un des premiers groupes de thrash allemand à s’aventurer dans le territoire du death metal, et leur son—simple, brutal et catchy — nous a laissé une forte impression.
Pour Slaughterday, nous aimons choisir des morceaux qui correspondent à notre approche et qui peuvent recevoir ce lifting de Slaughterday. Cette chanson était parfaite pour ça : elle respecte l’énergie d’origine mais nous permet aussi de mettre notre propre empreinte dessus.

En France, nous avons un groupe formidable, Voorhees, qui joue – c’est ce qu’ils disent – « Old fucking Death Metal ». Peut-être connaissez-vous Voorhees ?
Nous sommes de grands fans de la première scène française de death metal, donc nous adorons entendre parler de groupes qui maintiennent cet esprit vivant. Pour être honnête, nous ne connaissons pas encore Voorhees, mais nous allons certainement les découvrir . Leur « old fucking death metal » semble tout à fait dans nos cordes…

Un nouvel album signifie une nouvelle ère pour un groupe : une tournée en projet ? Des festivals d’été ? Un passage en France, qui sait ?
Un nouvel album ouvre définitivement une nouvelle ère pour nous, mais une tournée complète est assez difficile à cause de nos emplois. Cela dit, nous faisons beaucoup de concerts le week-end et quelques festivals d’été, et nous espérons en faire davantage une fois que Dread Emperor sera sorti. Nous avons toujours voulu jouer en France, donc c’est un de nos buts. Les fans peuvent s’attendre à plus de concerts dans un avenir proche alors que nous apportons maintenant le nouveau matériel sur scène.

A présent, quelques mots sur la pochette ?
La pochette de Dread Emperor a été réalisée par l’artiste suédois Pär Olofsson, qui a travaillé exactement selon nos indications. Il montre l’Empereur d’Effroi, un symbole du pouvoir manipulateur de la peur. Ce n’est pas celui dont tu devrais avoir peur—c’est lui qui chuchote à ton oreille que tu dois avoir peur. La forêt et les yeux brillants s’ajoutent à cette atmosphère troublante, représentant une observation constante et un sentiment oppressant de terreur.

Enfin, on vous laisse le dernier mot, si vous avez quelque chose à ajouter, n’hésitez pas pour les lecteurs de MetalObs.com !
Merci beaucoup pour l’interview ! Si vous aimez vraiment le Death Metal old school et que vous manquez l’esprit de la fin des années 80 et du début des années 90, vous devriez certainement jeter un coup d’œil à Slaughterday. Salut à tous les Empereurs de la Terreur ! Merci beaucoup et on espère voir sur scène en France

Dread Emperor - SLAUGHTERDAY
SLAUGHTERDAY
Dread Emperor
Death metal
Testimony Records

Dès l’introduction « Enthroned », le ton est donné : son gras et sombre, riffs purement death metal, cavalcade rythmique, bref une impression de retrouver de vieux camarades. Et quand le chant caverneux arrive sur « Obliteration Cruisade », tous les éléments sont en place pour presque quarante minutes de metal de la mort vieille génération, alternant moments rapides et passages plus lourds, et des solos incisifs (Jens Fisher joua dans Obscenity de 1994 à 2010) et de quelques refrains imparables (celui de « Astral Carnage », par exemple, rentre immédiatement dans votre crâne), le tout sur un concept s’inspirant des écrits de HP Lovecraft, l’écrivain maudit de Providence dont le nom est désormais indissociable de la scène extrême… Demandez donc à nos amis bordelais de The Great Old Ones ou Catacomb chez nous ce qu’ils en pensent ! Mais ce qui fait cependant la force de Slaughterday, c’est cette propension à insérer des breaks et des changements de direction très naturels dans leurs morceaux. Ainsi la partie centrale de « Rapture of Rot » illustre parfaitement ce propos, se posant comme une respiration portée par une mélodie malsaine entre deux accélérations. Et si vous voulez vraiment trouver LE morceau emblématique de cet album, lancez donc la cinquième plage : « Subconcious Pandemonium » et vous comprendrez pourquoi on parle de death metal old school ici…

Tout y est, tout nous replonge dans la Floride des années 1990, à un moment où tout démarrait, où tout était encore à faire et où le centre du monde extrême se déplaçait dans les bayous putrides. Un morceau propre à faire headbanguer n’importe quel amateur de metal ! On peut d’ailleurs s’interroger sur cette propension à vouloir faire revivre une époque qui n’existe plus. Entendons-nous bien : si Dread Emperor était sorti en 1991 ou 1992, certains amateurs de metal auraient à peine considérer le groupe, estimant qu’ils ne sont que des « suiveurs ». Mais en 2026, ce style ayant connu une chute vertigineuse avant de renaitre de ses cendres et de partir dans de multiples directions plus modernes, progressives, symphoniques, hardcore ou naturellement croisées avec du black ou doom metal, bref, ce genre à lui seul fait partie de l’histoire et la perpétue à différents niveaux avec humilité et respect envers leurs pairs. Slaughterday rend donc ici hommage à un moment iconique de cette histoire et le fait très bien sans révolutionner le genre ni prétention, tenant la dragée haute aux grands anciens, mais avec respect. Enfin, cet album s’achève sur « Golem », une reprise de Protector, fleuron teuton de la scène extrême et dont le troisième LP A shredding of Skin fit grand bruit à sa sortie en 1991… Un bien bel hommage à un groupe, toujours actif d’ailleurs, et dont la relecture se fond parfaitement avec le reste de Dead Emperor.

Un très bon disque de death metal donc, où l’originalité n’est pas forcément de mise, mais l’hommage est tellement sincère, tellement bien exécuté qu’il allie le meilleur de deux mondes, servi par un son puissant et brutal offert par Jork Uken au Soundlodge, Rhauderfehn ! Quelques mots encore enfin sur la pochette de Pär Olofsson, là aussi tout à fait dans le thème typique du style death metal old school… A présent, duo sur album, mais quintette sur scène (dont trois musiciens additionnels permettent), le groupe teuton perpétue son art avec humilité en s’exprimant en live comme, ce fut le cas au Testimony Festival en janvier 2026 où Slaughterday fit la première partie de, ô surprise, Asphyx ! Old school death metal, et du bon, on vous avait prévenus !! [Dave Saint Amour]

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