SLOPE : Freak Dreams

Freak Dreams - SLOPE
SLOPE
Freak Dreams
Fusion metal/crossover 90’s
Century Media

Le groupe allemand de Duisburg avait agité et bien réchauffé la planète metal/fusion avec la sortie de son premier méfait, Street Heat, en 2021 chez Beatdown Hardwear Rec., label plutôt étiqueté hardcore (Nasty, Ryker’s…). Et cette influence hardcore que l’on retrouvait allègrement sur Street Heat l’est moins sur son successeur, en tous cas au niveau des voix des deux compères Fabio Krautner et Simon Blümel, dont les screams se font plus rares. La priorité est ainsi donnée au chant clair essentiellement rappé, qui, certes, était déjà fort présent sur Street Heat. Mais là où ce dernier était donc plus rentre-dedans, Freak Dreams se veut encore plus funky, groovy, et crossover, mais toujours aussi énergique, et aussi, d’un autre côté, plus… mainstream, notamment avec les premiers singles que le gang teuton a décidé de mettre en avant sur la toile depuis plusieurs mois (« True Blue », « Why Sad », « Freak Dreams »). La comparaison avec la trajectoire prise par Turnstile apparaît donc évidente et peut alors interroger, Century Media sentant de son côté le bon coup en faisant venir le quintette dans son escarcelle… On retrouve alors ces mêmes influences allant des Beastie Boys à Higher Power en passant par Suicidal Tendencies (il n’y a qu’à voir la police bien choisie du logo de Slope sur la pochette du LP), ou encore Mucky Pup. Allez, rajoutons également pêle-mêle Infectious Grooves, les early Red Hot Chili Peppers (avec un clin d’œil à peine voilé au titre de leur second album Freakly Styley ?), Living Colour, voire Sugar Ray et les moins connus Scat Opera (groupe londonien aux deux albums About Time en 1991 et Four Gone Confusion en 1992). Slope n’est d’ailleurs pas la première formation allemande à vouloir s’attaquer au crossover et à la fusion des années 90’s, avec en tête de liste H-Blockx et son Time to Move (1994) dont la pochette était, comment dire, pas des plus convaincantes…

Mais revenons à l’essentiel, la nouvelle cuvée 2024. « Talk Big » démarre donc avec un mélange Turnstile/early Red Hot plutôt réussi et efficace, tandis que « It’s Tickin’ » durcit légèrement le ton avec un gros riff qui tâche, une rythmique plus soutenue et une fin de morceau qui rappelle les déjà sus-cités Intectious Grooves, H-Bloxkx, et actuels Turnstile à la mode. Puis ça continue de groover sec sur « Nosedive » et sa basse funky omniprésente et ses fervents sing-alongs. Avec ces trois premiers titres, on se dit aussi que l’aura de Mike Muir plane sur cette album. Puis « Hectic Life » démontre que Slope peut encore se montrer un brin plus violent avec son mosh part final. « True Blue » revient avec un esprit fun assumé, et encore un petit clin d’œil à qui vous savez quand on entend dans les paroles le fameux « Suck my Kiss ». « NBQ » est, avec « Hectic Life, l’autre morceau où les Allemands durcissent le ton, tandis que « Why Sad » renoue avec les singalongs et déploie toujours cette belle énergie. Ce titre pourrait à lui seul représenter l’atmosphère qui règne sur Freak Dreams. « Aint Easy » est quant à lui toujours aussi fun et accrocheur, alors que sur la chanson-titre est scandé un « This is for Real »  qui résume bien les intentions du groupe. Enfin, c’est presque avec surprise que « Out of the Blue Into The Black » vient conclure l’album, puisque bien speed et renouant avec un chant hardcore (plaisir coupable ?), comme pour nous dire « attention les gars, le fun c’est bien mais nous en avons encore sous le pied ! »…

Bref, en empruntant (en partie) la voie tracée par les Ricains de Turnstile, avec des titres accrocheurs, efficaces et taillés pour la scène, Slope rend un hommage appuyé à ses illustres aînés, le tout avec fougue et fraîcheur. Les aficionados de Street Heat ressortiront peut-être déçus à la première écoute de Freak Dreams, ou bien ravis de la complémentarité entre les deux opus proposés par nos voisins allemands, œuvrant sans honte pour un revival metal/fusion/90’s des plus réussis. N’est-ce pas là l’essentiel ? [Norman Garcia]

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