Et de deux pour Tanork , après un Destined to Die très remarqué en 2024 et qui permit à ce (très) jeune groupe breton de se produire live au Mennecy Metal Fest, au Motocultor ainsi qu’au Muscadeath pour n’en citer que quelques uns ! Un premier album réussi donc, enregistré en duo et qui appelait donc un nouvel opus, d’autant plus Melaine (basse/chant) et Eflam (guitare/chant) ont dégotté un troisième comparse, Morgann, pour les seconder à la batterie. Et pour l’auteur de ses lignes, qui a pu le voir en live, jamais le dicton « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années » s’est révélé vrai. Cette maxime est également valable pour le reste du groupe : vingt ans de moyenne d’âge mais déjà une expérience de vieux briscards. Toute proportion gardée (quoique), mais rappelez-vous ce que l’on disait de Sepultura à la sortie de Schizophrenia et appliquez le à Tanork aujourd’hui. D’ailleurs, les Bretons rendent hommage aux Brésiliens avec le dernier morceau de l’album, une superbe reprise de « Slave New World », malheureusement pas interprétée en celte ici.
En 2026, Diskar prolonge donc l’expérience de Destined to die et Enhanced Surveillance (leur tout premier EP, sorti en 2021) à travers un death metal relativement brutal, rapide et s’inscrivant dans la lignée des grands maîtres du genre. Mieux encore, les nouveaux titres ont gagné en maturité et en technicité ! Les riffs sont plus complexes et la batterie de Morgann, blindée de blasts beats, élève encore le niveau musical. Les morceaux s’orientent vers des structures bien loin du classique couplet/refrain/pont, apportant systématiquement un break, une relance, un riff exceptionnel qui vient casser ce que l’auditeur commençait à digérer. On ne parlera pas de techno/death mais on s’en approche parfois. Musicalement donc, Tanork a donc monté de plusieurs crans sa musique et se pose désormais en outsider plus que crédible pour la relève d’une scène extrême tricolore.
Au niveau du chant, là aussi, Tanork ne fait pas comme (presque) tout le monde : l’influence est clairement à chercher du côté de Martin Van Drunen (early Asphyx/Pestilence) ou de Max Otero (Mercyless). Les plus anciens d’entre vous y verront également des similitudes avec le chant d’Olivier « Pollux » Gilles, dernier chanteur du groupe culte d’Avignon , Shud, à savoir des vocaux tirant sur un growl hurlé et non guttural. Le morceau d’ouverture « Gwad an Diaoul » en est le parfait exemple : dès l’apparition du chant, on se retrouve en terrain conquis avec ce côté inhumain et en harmonie avec la brutalité de la musique. Et le reste de l’album est à l’avenant. « An Ankoù àr e Varc’h » ou la chanson-titre « Diskar » vous plongeront dans le monde impitoyable de ce death en mode rouleau compresseur. « An Ankoù àr e Varc’h » , « Diskar » mais aussi « Distrujour hor bed » ou « Sklaved and doueed »… Certains sont sans doute en train de dire que le clavier servant à cette chronique a un sérieux problème de positionnement de ses touches ! Que nenni ! Le trio est fier de ses origines et chante donc en breton. Excellente idée car le ton parfois très dur de la langue bretonne se marie à merveille avec l’aspect brutal, voire faussement chaotique, du death metal ! Une habitude originale entamée sur Destined to Die où trois titres figuraient dans cette langue ! Passée la surprise de ne rien comprendre aux paroles (tout le monde n’a pas eu la chance de grandir dans une école de Brest, mais le groupe les a tout de même incluses au livret du digipack), on oublie très vite cet aspect pour se concentrer sur la musique : brute, frontale, rentre dedans, reprenant tous les codes du death avec des growls qui y participent totalement !
Seul petit bémol, une pochette un peu naïve (défaut de jeunesse oblige) pas franchement terrible… Certes, on passera outre, car elle est meilleure que celle du premier opus, mais sur ce point, il y a du progrès à faire. La scène française se renouvelle depuis plusieurs années et des groupes comme Tanork y participe allègrement. A eux désormais de bien saisir leur chance, de ne pas se brûler les ailes, de trouver un bon management qui saura les propulser sur la scène européenne car la concurrence est nombreuse. Mais vraiment, grâce à Diskar, Tanork fait ici un tel bond en avant que nos jeunes Bretons ont largement la capacité de devenir un futur cador du genre. C’est là tout le mal qu’on leur souhaite… [Dave Saint Amour]
->> TANORK Diskar à retrouver également dans notre revue mensuelle TOP ALBUMS de mars 2026 :
->> Concert intégral de TANORK (death metal-FR) enregistré le 19/08/2025 au Festival Motocultor (FR) :
Publicité