THALIDOMIDE : Le Retour à la Barbarie

On pourrait croire THALIDOMIDE tel un nouveau venu dans notre paysage metal francophone mais non. Ce groupe français, qui revendique l’étiquette « evil death metal », a été créé pourtant il y a des années, en 1992 précisément, du côté de Saint Vallier (Saône-et-Loire). Fin 2025,  @thalidomidemetal  a publié son second album baptisé Le Retour à la Barbarie ( @ADIPOCERERECORDS ), trente ans après sa démo Death Starvation Plage and War , et vingt-deux ans après son 1er LP : Le Paradis du Mal, après être apparu sur plusieurs compilations dont celle de Metallian en 2003 avant de splitter en 2008, faute de motivations d’une partie des membres. Mais c’est mal connaitre Jean-Philippe Gauthier, le guitariste, qui, après un hiatus de 15 ans, décide de relancer la machine, trouver de nouveaux musiciens, prenant également le poste de chanteur afin de proposer donc retour aux affaires black/death metal dans la langue française, comme il nous l’explique au cours de cet entretien. Il a composé, écrit et enregistré ce second album studio seul, avec juste l’aide de Olivier Casula à la batterie. [Entretien réalisé par Zoom avec J-P (guitares/chant) par Dave « St Amour » Martin en collaboration avec Voyage au Centre de la Scène – Photos : DR]

Le Retour à la Barbarie - THALIDOMIDE
THALIDOMIDE
Le Retour à la Barbarie
Death/black metal
Adipocère Records

Après une hiatus de dix-sept ans (le groupe ayant splitté en 2008), Jean-Philippe Gauthier, le guitariste de Thalidomide, a donc décidé de relancer la machine, trouver de nouveaux musiciens, prendre également la décision d’occuper le poste de chanteur, afin de proposer un second méfait, Le retour à la barbarie, qu’il a composé et enregistré seul, enfin avec juste l’aide de Olivier Casula à la batterie. Une fois les morceaux mis en boite, son leader a démarché les labels, et c’est Christian Bivel (Adipocère Records) qui a craqué sur ce subtil mélange de death et de heavy metal, parsemé de touches black metal de ci de là, mais toujours très technique. Adipocère avait déjà distribué en son temps Le Paradis du Mal. Un nouveau pacte avec le Malin fut alors signé.

Le Retour à la Barbarie comprend huit titres plus une intro et une outro, chantés en français s’il-vous-plaît, langue qui revient en force dans notre pays après avoir subi une longue éclipse anglophone à partir de la fin des années 1980, et qui permet ainsi à son désormais chanteur de s’exprimer pleinement et tout naturellement, pour nous donner son avis sur l’état de notre monde à travers des textes à tiroir, ne se livrant pas immédiatement. En effet, Jean-Phillipe utilise l’imagerie du fantastique pour décrire une planète qui semble renouer avec des démons qu’on pensait anéantis depuis des lustres. Comme il le dit lui même, il n’aime pas les messages directs et préfère les distiller sa vision de manière plus poétique… Le très beau dessin de la pochette va d’ailleurs dans ce sens avec un démon jouant une musique que l’on imagine hypnotique puisque l’humanité en l’écoutant se jette dans des flots déchainés, ce troupeau évoqué dans « Les flots de l’horreur ». De ce fait, le chant est bien mis en avant ici, bien audible, magnifié sur deux titres par l’apport vocal d’Elvira Stratinskya dont les vocaux lyriques contrastent avec les growls de Jean-Philippe. Cette subtile touche de douceur n’est pas sans rappeler les débuts lyriques et orchestraux de Sceptic Flesh (s’écrivant alors en 2 mots) période The Ophidian Wheel/The Eledest Cosmonaut/A Fallen Temple (Holy Records), donnant une profondeur à des morceaux comme « L’affranchi ».

Mais l’autre force de la musique de Thalidomide est de ne pas se contenter d’un unique style. « Le tison brûlant » ou « Être pour avoir », par exemple, explorent des directions différentes, toujours agressives, mais permettent de ne pas sombrer dans une certaine monotonie. Rythmes parfois rapides, ( La partie centrale une nouvelle fois de « Etre pour avoir ») alternant avec des breaks et passages plus lents (« L’abime du désespoir »), instants quasi mélancoliques (« Noir »), arpèges (on sent les influences plus classiques de J-P à la guitare), Le Retour à la Barbarie convoque les multiples aspects de la scène metal pour différencier ses titres et éviter les répétitions. Cela étant dit, chaque titre bénéficie de superbes parties de guitares que ce soit dans ses riffs ou dans ses soli, et on sent ici tout l’expérience encore une fois de Jean Philippe à la six cordes (également enseignant de cet instrument pour l’anecdote), et ce, dans tout style confondu. La musicalité de certains passages évoquent d’ailleurs, pour l’auteur de ces lignes, certains titres de Misanthrope, dans sa période 1996/2000. Notez que, ayant enregistré également la basse, Jean-Philippe lui offre logiquement un bel espace sonore lors des passages instrumentaux où elle ne se contente pas de suivre la rythmique comme souvent dans le metal, bien au contraire ! Ecoutez au casque ce qu’il se passe durant le solo de « L’affranchi », par exemple, pour bien comprendre ce propos, et apprécier toute la richesse de l’oeuvre.

Au final, ce Retour à la barbarie est donc un album qui ne pourra que plaire à tous ceux qui estiment que metal extrême et langue de Molière ne sont pas incompatibles, et que ces 10 titres , gorgés de guitares, offrent un paysage à la fois brutal et subtil. Remercions encore le label français Adipocère Records de mettre en avant notre scène hexagonale, et ceci, sans se focaliser sur un seul style ! Le metal est pluriel en France et Thalidomide en est un fort bel exemple. [David « St Amour » Martin]

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