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THE AMSTERDAM RED LIGHT DISTRICT
L’expérience interdite

Si The Amsterdam Red Light District évoque d’emblée plutôt les quartiers chauds de cette belle ville des Pays-Bas, c’est aussi et avant tout le nom d’un gang lyonnais de Punk Metal Hardcore qui sévit depuis 2005 avec déjà trois albums à son actif. Nos amis se sont surtout fait remarquer grâce à des prestations scéniques explosives en Europe ce qui leur a valu d’ouvrir pour de prestigieuses formations tel que Refused, Raised Fist, 36 Crazyfists, Slayer, ou encore Anti-Flag, rien que ça. Une de leurs particularités étant de prôner à travers leurs textes des idéaux tels que la liberté, le progrès, la tolérance ou la fraternité. [Entretien avec Maxime Comby (guitare) et Julien Chanel (batterie) par Pascal Beaumont – Photos : DR]

 

Vous venez de donner deux concerts début 2022 : le 12 mars au Centre Arc-En-Ciel à Liévin et l’autre le 19 mars au Bikini à Toulouse. Quelles ont été vos sensations de remonter sur scène après tant de mois d’absence ?

Maxime Comby : Malheureusement Julien n’était pas là pour le concert de Toulouse, il avait un empêchement pour la première fois dans l’histoire de TARLD, Julien n’a donc pas pu être disponible. C’était les deux premières dates avant que l’album sorte, une phase de test pour vérifier la bonne réception de l’album entre guillemets. Il a vraiment été très bien perçu de prime abord. Le retour sur scène a été super enthousiasmant, on était vraiment ravi de ses deux premiers shows. C’était vraiment un sentiment de libération, déjà à la base tout était exacerbé, c’était super cool de retrouver des gens, des têtes que l’on connaissait, d’autres pas.

Julien Chanel : Ce ne sont pas tout à fais nos deux premiers concerts que l’on a donnés pour notre retour sur scène. On a fait un show en septembre dernier (2021) au Furios Fest et là on était un peu vert ! Ça s’est très bien passé mais c’était notre vrai retour sur scène que l’on a fait ce jour-là, c’était un baptême du feu car on a utilisé des samples, on balance des boucles électroniques et moi j’étais au clic. Ça apporte beaucoup de rigueur mais ça se travaille. Et c’est vrai que même si nos répétitions sont faites de manière le plus rigoureusement possible, le rendu sur scène est différent, c’est un peu bizarre. Mais pour le concert de Liévin, on avait beaucoup plus les samples dans la peau, le suivi au clic était plus simple, on se les ait appropriés. Et ça nous a fait un bien fou de retrouver le public.

 

Vous jouissez d’une solide réputation sur scène qu’essayez-vous de transmettre lors de vos concerts ? 

Maxime Comby : Le créneau de TARLD a toujours été de communiquer une énergie et une positivité. On a toujours recherché ce truc-là notamment en live. La puissance et l’énergie est quelque chose de galvanisant pour nous mais aussi pour le public qui vient nous voir. Il y a vraiment cette recherche de mettre une branlée ! (rires) Mais au-delà de ça, il y a aussi une notion de liberté lorsque tu fais de la musique, ce sont nos créations, c’est une forme de liberté notamment au niveau des paroles. C’est ce que l’on recherche.

Julien Chanel : Ce n’est même pas calculé, c’est amusant et naturel. On n’a pas inventé le fait de bouger, de sauter, de courir à droite à gauche. On l’a plutôt entretenu, on l’a même développé mais ce n’est pas quelque chose de réfléchi. On essaye de donner ça au public qui nous le rend à 100 %. C’est un échange, ça devient un match de tennis, ça dure le temps du set. C’est pour cela qu’on sort lessivé mais c’est un putain de plaisir. C’est ça, cette espèce de communion, c’est assez incroyable sur scène de ressentir cette énergie, ça te nourrit, c’est quelque chose de fort. Tu as beau être fatigué et on l’a été sur certaines, on était mort à cause de la route, la fatigue et tu montes sur scène même s’ils sont vingt ou trente ans, c’est la fête, ça hurle et ça te donne une énergie qui nous aide.

 

Le dimanche 23 juin 2019 vous avez déjà eu l’opportunité de jouer au Hellfest sur la scène WarZone. Je suppose que c’est un souvenir exceptionnel pour vous ?

Julien Chanel : Je vais parler pour moi mais je pense qu’on a plus ou moins vécu la même chose. Il y a déjà évidemment le fait de jouer au Hellfest, rien que ça dans l’idée, c’est juste hallucinant pour nous. Et puis il y avait autour, notre arrivée, notre prise en charge, nos balances quelques minutes avant que ça démarre. On était le premier groupe du dimanche matin sur la Warzone. Quelques minutes avant le show il il n’y avait pas grand monde. Lorsque c’était à nous de jouer, on est tombé devant une marée humaine. C’est un souvenir extraordinaire. Je n’ai pas beaucoup de détail, j’ai eu un peu l’effet tunnel mais ça reste un énorme souvenir, il y a les images qui restent pour en témoigner.

 

Un autre grand moment qui a dû vous marquer, c’est votre tournée japonaise de sept dates du 12 au 19 Octobre 2019 !

Maxime Comby : Oui, en fait on y a joué deux années successives en 2018 et 2019. Ce qui nous a le plus surpris c’est la ferveur des Japonais, leur authenticité, le côté humain, tout là-bas est exacerbé. On a en tête cette image qui est complètement surprenante ! Encore une fois on est des nains de jardins dans le monde du Rock, on est tout petit et pour autant tu as une fille qui a pris l’avion, qui a traversé tout le Japon pour venir nous voir et une fois arrivée, elle s’est mise à pleurer devant nous ! C’est incroyable, c’est aussi à la fois gênant. Elle a fait une photo, on lui a signé des trucs, dans nos têtes, c’était n’importe quoi !

Julien Chanel : Ce genre de réaction c’est très japonais, ils sont très à fond dans ce qu’ils font. C’est assez indescriptible. Moi je suis dithyrambique sur le pays et sur ce peuple. On est à peu près tous de la même génération, on a tous été bercé à coup de Club Dorothée, de mangas et compagnie. J’imagine bien le fait qu’on connaît un petit peu vite fais le pays mais y aller c’est totalement différent. Je suis tombé amoureux de ce pays et de ces gens. On s’est aussi lié d’amitié avec notre tourneur au Japon, un lien qui tend à se distendre un petit peu à cause de la distance et du temps. Mais la première fois qu’on y est allé, notre retour a été une vraie déchirure. Plus que jouer simplement dans ce pays, on a découvert un peuple juste gentil, très sympa et aussi des grands adorateurs de musique. Ils sont ultra organisés, très concentrés, très efficaces, bref, c’est le Japon !

 

Cette fois ci, comment avez-vous abordé la conception de ce nouvel opus ?

Maxime Comby : Depuis l’album précédent Sapere Aude, on crée grosso modo tout de plus ou moins de la même manière. Là on n’avait pas nécessairement le choix, on est tombé en période d’écriture en plein Covid. Logistiquement, en termes de répétition, c’était beaucoup plus difficile. Personnellement j’écris les musiques, ensuite nous faisons tous les arrangements ensemble en répétition. J’ai bossé à la maison puis je leur ai envoyé les morceaux. Ensuite ça a commencé à  se décanter au niveau des permissions de sorties et on a pu bosser à notre allure. On a fait en sorte de s’adapter avec la tendance du moment : le covid. Tout a été fait à la maison, ensuite Elio Sxone a bossé les textes de chez lui tout simplement. Il nous a présenté ça en répétition, il y a même des parties qu’on a découvertes en studio à la dernière minute…

 

Est-ce que vous avez composé de nombreux morceaux puis fait une sélection après ?

Julien Chanel : On avait dix chansons, plus une, et les prémices d’une autre encore qui n’est pas vraiment restée. Le processus de création est toujours plus ou moins identique, peut-être par manque de temps, je ne sais pas… On n’écrit pas des morceaux comme ça en claquant des doigts. C’est un processus, les titres viennent les uns après les autres et on a tendance à les gicler les uns après les autres si nécessaire mais pas tant que ça. Cela vient essentiellement du processus de création de Max. Il faut alors qu’il s’y mette et qu’il soit à cent pour cent. Du coup il y a cette sélection qui se fait en amont, ça c’est bien. Ensuite la présentation des chansons est tout de suite valable et après on se met sur les arrangements. C’est très peu fréquent d’avoir une proposition de riffs qui ne soit pas acceptée, ça n’existe pas vraiment chez nous. Après ça ne veut pas forcément dire que tous les morceaux que l’on crée sont très très bien mais en tout cas ils nous plaisent. On ne travaille pas vraiment des titres qu’on ne gardera pas dans deux mois.

Maxime Comby : Il y a vraiment une ligne directrice, une sorte d’identité sonore TARLD que l’on affirme au fur et à mesure du temps. C’est peut-être pour cela que l’on jette peu de morceaux finalement. La musique est vraiment authentique et nous ressemble. Il y a notre patte qui est très TARDL.

Julien Chanel : Je vais aussi ajouter que sur cet album-là, il y a un truc qui est peut-être plus évident, il y a une simplification au niveau de la création avec cette envie qui vient de Max d’aller plus vite et de simplifier pas mal de parties pour justement être plus efficace, pour une vision très live des chansons, du Rock très efficace avec un résultat paradoxal sur notre premier single « Good Intentions ». Après ce sont des questions d’arrangements ici et là sur la présentation même de la chanson. La première fois, il y a eu une discussion au sein du combo, en disant que l’on ressentait le besoin d’une sensation de changement à la fin du morceau, comme s’il y avait un besoin de développer cette ambiance et de proposer ce changement au milieu de la chanson. Sur ce titre, on entend très bien qu’il y a deux parties distinctes avec une espèce de fin. C’est vrai que c’est la chanson qui fait vraiment exception dans l’opus. Il y a aussi peut-être aussi le dernier titre « No Place Like Home » qui est très efficace et direct avec une vision très live là encore.

 

Vous avez de nombreux invités sur Trapped, notamment Drew York de Stray From The Path (USA). Est-ce une opportunité qui s’est présentée ou une volonté de votre part ?

Maxime Comby : C’est un mélange de coups de cœur et de coups de bambou ! (rires) Pour Drew, il faut savoir que Stray From The Path c’est une des formations qui nous a le plus influencé quasiment pendant dix-sept ans, le coup de bambou c’est que Drew s’est maqué avec une Française. (sourires) On l’a su et je l’ai contacté au culot en lui disant qu’on aimait beaucoup ce qu’il faisait et que c’était une grosse influence pour nous. TARLD a toujours eu un petit clin d’œil pour les combos que l’on apprécie, c’est l’idée d’avoir un invité par album. Je lui ai exposé le truc et il m’a répondu qu’il était chaud. Je lui ai envoyé alors deux démos qui, de prime abord, se prêtaient vraiment à son atmosphère à lui. Il a choisi le morceau qui est devenu « Good Intentions ». On lui a envoyé ses parties, il est allé en studio et c’était fait. Ensuite il est venu faire le clip avec nous, c’est un mec qui vit à New York mais qui était en France sur le moment. En fait, ici il navigue entre Paris et Marseille, il est très attaché à cette ville. Il est très pote avec les gars de Landmvrks. On parle de Drew mais ce n’est pas le seul invité, on a deux autres guests : Yukina de Hanabie (Ndlr : sur « Threatened Generation »). C’est une femme, elle est toute chooky en mode Kaiwai, tu as l’impression qu’elle sort direct d’un dessin animé mais elle à une voix de maçon, c’est incroyable. C’est pareil là encore, c’est un combo qui est en train d’exploser au Japon et avec qui on a eu l’opportunité de faire deux dates. On a le même tourneur Far Channel Records. Il y a aussi Mat Bastard de Skip The Use (Ndlr : sur « Born To Be Great ») et là c’est un coup de bambou. On a été mis en contact avec Matt via David Gitlis de la team Nowhere, c’est un de ses très bons copains. Il a pensé que ce serait super intéressant qu’on se rencontre. Matt et moi ça a matché, on était à Paris et on lui a présenté le titre qui nous semblait le plus approprié également. Elio Sxone et Matt ont passé une journée en studio à enregistrer des trucs et le rendu est vraiment très très cool. Pourtant culturellement, en termes de musique entre Skip The Use et TARLD, il y a des planètes et pour autant ça a parfaitement fonctionné.

 

Vous avez des invités depuis vos débuts. Selon vous, que vous apportent-ils finalement ?

Maxime Comby : Ça fait super plaisir de retrouver des mecs qui nous influencent. C’est un clin d’œil, c’est un vrai plaisir que l’on s’offre.

Julien Chanel : C’est un peu égoïste, on en a fait profiter ceux qui nous écoutent. Le délire est personnel, on se fait plaisir avant tout en se disant que ça serait génial si on pouvait appeler Drew et ça l’a fait.

Maxime Comby : On est des gros veinards, pour l’opus d’avant, on s’est retrouvé avec Liam Cormier (Cancer Bats), celui d’avant avec Justin Schlosberg de Hell Is For Heroes, ça collait avec l’atmosphère et la philosophie de cette galette. On lui avait demandé et il avait accepté. Et sur notre premier LP, on avait demandé à James Munoz (The Bled) qui est vraiment la formation que l’on écoutait à fond au début de TARLD et il a accepté. C’est un truc de dingue ! A chaque nouvelle sortie, c’est une espèce de rêve de gosse qui se réalise, c’est fou. Pour nous, c’est incroyable difficile de le traduire autrement !

 

Côté son, vous êtes rentrés en studio en novembre 2020 avec Robin Mariat (Resolve) et vous avez confié le mixage à Jim Pinder (Treehouse Studio (UK), connu pour While She Sleeps, Bullet For My Valentine, Machine Head) et le mastering à Kerry (While She Sleeps…).

Maxime Comby : Pour Robin, à la base c’est un pote. Il y a plusieurs éléments qui rentre en compte, on a réfléchi pour savoir où on pouvait faire ça. Robin à la même culture musicale que nous, c’est le bassiste de Resolve qui a le vent en poupe et qui tourne actuellement avec Landmvrks, petit clin d’œil au passage. Il est venu nous voir en répétition et on avait la même vision pour l’enregistrement. Ce n’était pas son premier essai, tout ce qu’il produit c’est très calé, il produit Resolve, ça nous a vraiment mis à l’aise, on était très confiant par rapport aux prises de son. Il y avait aussi cette notion de proximité. Il n’est pas très loin de chez nous, dans la banlieue lyonnaise à Pusignan, logistiquement c’était beaucoup plus simple. Il a des idées également. On est arrivé en studio avec toutes les créations sur un plateau mais il avait un recul intéressant pour faire des préconisations sur les voix notamment à Elio, et les arrangements. Le mixage a été fait avec Jim, on avait travaillé précédemment avec lui. Il nous connaissait par cœur, c’est un mec qui est d’une créativité incroyable. On lui envoyait les tracks, je pense notamment à « Not So Innocent » il a pris toutes les voix d’Elio et des voix secondaires il en a fait des voix primaires, ça a révolutionné le morceau, un truc de dingue ! Il a rajouté des petites nappes de samples complètement inattendues temps en temps, c’était un peu la cerise sur le gâteau ! Quand on a reçu le premier mixe on est tombé sur le cul, c’est quoi se délire, c’est un monstre ! Ça été vraiment super concluant pour nous.

Julien Chanel : Pour étayer les propos de Max, à partir de Sapere Aude on avait décidé sur cette phase de mixage que ce n’était pas de notre compétence qui est la création et les arrangements. On a décidé de faire appel à des mecs qui sont d’aplombs et qui ont l’expérience pour embellir les choses. Le retour des premières propositions de Jim était hallucinant. On lui a laissé carte blanche, le résultat c’est nous avec sa patte ! C’est hyper important. Les deux opus ont ce truc en plus : nous derrière les instruments et lui qui apporte également le son. Il fait son boulot et tous les titres ont été embellis.

 

Quels sont les défis que vous avez dû relever en studio ?

Julien Chanel : Moi, j’ai eu un premier challenge technique par manque de préparation tout simplement à cause du Covid. On est rentré en studio en 2020, entre le covid, le boulot, le manque de temps, la vie de famille…. Je venais de déménager, de m’installer ça a été un chamboulement pour moi à cette période-là. J’ai dû m’adapter en studio, il y a eu un morceau « Happy Ending » qui a été un peu édité, le travail c’est fait en amont en répétition. Sinon tous les autres morceaux ont été énormément travaillés lors de la phase de création, on en parle, on s’envoie les fichiers audio pour se donner les idées que ce soit à la guitare, la basse, le chant ou la batterie. On s’envoie les sons et on fait nos retours, on répète, on met tout ça en pratique. On utilise vraiment les outils électroniques, tout se fait par mail pour avancer plus rapidement. On travaille ensuite en répétition parfois je travaillais seul avec l’ordinateur en boucle. Donc quand je suis arrivé en studio à par le morceau dont je parle, j’étais prêt.

Maxime Comby : Moi je vais être super franc, ça a été une autoroute parce que justement j’avais créé les démos en home studio. Ce n’a pas été compliqué de reproduire ce que j’avais en tête et d’ajouter tout simplement des petites subtilités. Quand on a la chance d’être en studio avec des outils sympas, ça permet de bonifier le tout, pas de problème technique ou de défi. En même temps il n’y a rien de très technique au niveau des parties de guitares.

Julien Chanel : C’est peut-être l’opus le mieux préparé pour notre entrée en studio. Avec cette période Covid, on sort du confinement puis on y rentre de nouveau en studio, ça nous a obligés à être extrêmement efficaces et à aller droit au but. Cela a donné des bases de travail très lourdes mais en même temps ça nous a permis de nous préparer vraiment. Même si notre entrée en studio en novembre 2020 a été un peu obligée car on ne savait pas à quoi on allait être mangé deux semaines plus tard. On a donc arrêté une date, on a été confiné peu de temps après.

 

Max, tu composes tous les morceaux. Je suppose que ça ne doit pas être toujours évident à gérer ?! 

Maxime Comby : Typiquement, je ne te cache pas que lorsque l’on sort un nouvel album, tant qu’il n’est pas sorti il y a une forme de digestion du bébé. Tant que je ne le défends pas un peu, je n’arrive pas à tourner la page, c’est à chaque fois. Est-ce que c’est une forme de pression ? Je n’en sais rien. Mais c’est toujours pareil à chaque sortie, il y a un déclic qui arrive à un moment. Je ne dis pas que c’est le néant total, j’ai déjà quelques idées pour des nouveaux titres mais ce n’est pas non plus une dinguerie. Effectivement, le processus, et Julien l’a bien dit tout à l’heure, quand il commence c’est une autoroute : il n’y a pas un mois sans une nouvelle chanson. Depuis notre sortie de studio, je n’ai rien maquetté ça montre qu’il y a une forme de digestion. J’ai beaucoup de mal à repartir sur une nouvelle page blanche, je préfère digérer ça, c’est émotionnel. C’est une question de fluide, c’est spécial. Il y a cette volonté de le défendre sur scène, voir ce qu’en pensent les gens pour prendre de l’énergie. C’est tout bête, on parle de ping pong avec les personnes qui te le rendent ensuite et ça te rebooste, tu repars. Là on n’a rien défendu ou très peu, on a fait trois concerts et l’opus n’est pas sorti.

 

Justement, vous en avez profité pour sortir plusieurs clips, je pense à « Good Intentions », « Trapped » ou encore « Happy Ending » ! Parlez-nous en !

Julien Chanel : « Happy Ending » est notre deuxième clip, c’est un cas un peu particulier. On l’a posté après une vidéo post production, c’est un plan séquence. On a demandé à Aurélien qui est un pote et qui a tourné notre première vidéo de mettre sa caméra à l’épaule et de filmer notre petit scénario d’une seule traite. C’est une expérience assez hallucinante, celui-là tout particulièrement, un truc de dingue. On a quatre vidéo clips, je crois : “Trapped”, “Good Intentions”, “Happy Ending”, “Threatened Generation”.

Maxime Comby : Pour “Trapped”, c’est Wayne Danza qui a fait l’artwork de la cover. Il a tout fait avec un stylo bille, c’est un artiste qui fait tout au stylo, c’est un monstre. Il est chanteur à la base, on a joué avec lui à Toulouse. Il m’avait présenté ce qu’il faisait, c’est son gagne-pain, il expose à droite à gauche et on a eu l’idée de lui demander un design et de le filmer avec deux caméras. On a fait une vidéo en accéléré qu’on a adapté à la durée du morceau et ça a fait une sorte de clip. C’est super captivant, c’est la vidéo qui a eu le plus de vues sur internet, et largement, alors que d’habitude on met plus de budget pour ce genre d’exercice.  C’est assez fou. Notre quatrième single « Threatened Generation » sort tout juste. Il était en post prod, on a reçu la première version, puis la seconde qui devrait mettre tout le monde d’accord. On fait partie d’une génération qui est menacée de plein de choses. La terre qui souffre, les guerres, des choses pas très saines. On a voulu faire un truc un peu choc, pour le coup j’aurais souhaité aller encore plus loin. C’est quelque chose de super tonique, dynamique et fou ! On vit dans un monde de dingues, ça reflète très bien l’idée. Moi je le trouve bien foutue.

Julien Chanel : On a tous été d’accord très tôt lorsque Max nous l’a présentée. Elle n’a pas été retouchée au niveau des arrangements, on n’est quasiment sur rien. Elle est très brute de décoffrage, très pure, directe. Elle devait à mon sens amener à un clip très énergique, tonique et je crois qu’on n’est pas loin de la vérité. Ça devrait plaire logiquement.

 

C’est Elio Sxone votre chanteur qui écrit tous les textes. Lequel vous ressemble le plus ?

Maxime Comby : « Threatened Generation » c’est vraiment le titre le plus engagé de cet opus. Personnellement j’aime bien les métaphores. Là, c’est un message qui tombe bien dans l’air du temps. Il a été écrit bien avant les évènements d’Ukraine et ça arrive pile poil dans cette période. Evidement ce n’est pas forcément visé, il n’y a pas que l’Ukraine, il se passe des choses moches partout : au Moyen Orient… C’est la planète qui morfle, ce sentiment de menace permanente qui vient de partout. Il y a déjà une prise de conscience, on s’en rend compte, il y a pas mal de villes qui commencent à devenir très écolos… Le message est vraiment pertinent sur ce titre. Après, tout le reste, dommage qu’Elio, notre chanteur, ne soit pas là, car il y a une ligne directrice qui est un peu un clin d’œil aux lumières. On est très fan de Lumières de Kant, cette notion d’oser, faire l’effort de penser par soi-même pour garder cette liberté tout simplement, s’affranchir des autres.

 

Justement quelle idée véhiculez vous derrière ce titre Trapped ?

Maxime Comby : Pour aller à l’essentiel on a vraiment douté très longtemps entre « Good Intentions » et « Trapped ». C’est un peu l’opposé de cette notion de liberté, piégé, enfermé, d’être en exéat. Il faut qu’on se bouge c’est le moment. On avait bloqué sur une œuvre d’art, une photo qui nous a fait tilt, celle d’un artiste qui est cool et retranscrit au stylo bille. C’est une fille qui a le visage en mouvement et ça fait vraiment penser à cette notion de folie. C’était parfait tout simplement, toute cette équation entre la folie, le sentiment d’être bloqué au milieu de toute cette mélasse, de vouloir conserver cette liberté. « Trapped » c’est le titre qui a naturellement fédéré.

Julien Chanel : C’est également une manière aussi, et on s’en rend compte après tous ces mois, de voir les choses le plus positivement possible. C’est quelque part une espèce de pseudo conclusion sur la situation actuelle, un état des lieux à l’heure actuelle. Est-ce qu’on est piégé ou pas ? Est-ce que l’on peut s’en sortir ? C’est un avis qu’on donne.

 

Et ce nom The Amsterdam Red Light District, j’imagine qu’il y a toute une histoire derrière ça ? (sourires)

Maxime Comby : La genèse est super simple. C’est à l’issue d’un Road Trip en Scandinavie avec des potes. On était parti sur Oslo, Copenhague, Stockholm pour quinze jours. Sur le chemin du retour tout le monde voulait passer à Bruxelles et Amsterdam voir le fameux quartier rouge, on était candide, on est allé voir. C’est la première fois qu’on se rendait dans cette ville et aux Pays-Bas. On a juste eu le sentiment de tomber sur une fiction de Tarantino. C’était incroyable, un reflet de la société actuelle entre le coté glauque, des filles qui clairement souriaient faussement derrière des vitrines et des familles qui marchaient main dans la main à coté de tout ça. C’est vraiment la vie de tous les jours, tout est banal à ce niveau là-bas finalement. Tu te balades avec des mecs qui te proposent du speed à quinze mètres des flics, ce n’est pas possible, qu’est-ce que c’est que ce monde de fous ! Je me suis dit que finalement ce serait juste un bon nom de groupe, c’était tellement incroyable ce mélange de normalité, de glauque, ce côté sale un peu Rock’n’roll. Je l’ai proposé aux potes et ça a matché. C’est un nom qui est très long, c’est pour cela que la plupart des gens nous appelle TARLD et on trouve ça très bien. La genèse du nom, c’est plus pour dénoncer tout ça.

 

Comment analysez vous votre évolution musicale depuis vos débuts en 2005 ?

Julien Chanel : On a changé de chanteur, il y en a eu deux avant l’arrivée d’Elyo. On avait juste produit quelques démos, il doit en rester quelques reliques quelque part. Depuis 2008 et l’arrivée d’Elyo, la ligne directrice et l’identité sonore de la formation ont toujours été là. Il y a toujours cette influence de combos comme Refused, Fever 333, Raised Fist ou Stray From The Path qui nous ont vraiment fédérés en termes d’identité. Après on a grandi, on a vraiment trouvé nos repères, notre patte. Trapped est justement dans cette ligne très clairement. Tous les gens qui ont entendu et aimé TARLD peuvent difficilement ne pas aimer cette nouvelle galette. Trapped va plus loin, il est mieux produit, les idées sont encore plus catchy. On a évolué parce qu’on se connait mieux, et tout devient naturel, automatique.

Maxime Comby : C’est un mot que j’aime beaucoup m’approprier. On a toujours eu le cul entre deux chaises, on est fan de Metal mais aussi de Punk Rock qui reste un style musical super catchy avec des refrains super mémorisables. C’est vraiment cette recherche de mélodies et de puissance qui a toujours été notre créneau.

Julien Chanel : Ce côté mélodique est très instrumental, et avec Elyo au chant, on a toujours été sur cette demande qui ramène une couche un peu plus agressive avec sa voix. On ne réfléchit pas sur cette face mélodique ou plus énergique, ça sort comme ça. Il est possible après que l’on choque un peu plus les oreilles de certains en passant du coq à l’âne, mais je trouve que ça reste assez cohérent. Ce n’est pas que l’on revendique le mélange des deux, on l’entretient parce que l’on est comme ça. Les chansons que tu entends c’est nous.

 

Quel regard portez vous sur ces dix-sept années passées au sein de TARDL ?

Julien Chanel : Ça fait partie en fait de notre façon de voir les choses. Quand le projet a démarré, on est parti tout de suite avec une organisation qui nous paraissait naturelle. Rien que le fait de répéter deux fois par semaine, on le fait encore avec des variations parce qu’on a des vies de famille, des boulots. Deux répétitions par semaine depuis dix-sept ans c’est quelque chose, on va répéter lundi et après-demain, ça fait partie de notre nature justement de donner à ce projet toutes ses chances et de faire partie de nos vies. On ne réfléchit pas autrement. Après si on revient en arrière il y a dix-sept ans, ça ferait bizarre mais c’est tellement normal.

 

Vous avez des moments clivants, je suppose ?!

Julien Chanel : Pour moi, le meilleur souvenir de concert c’est le Hellfest. Après il y a des variantes, mais cette prestation va rester devant avec d’autres shows comme celui qu’on avait fait avec Refused en 2013.

Maxime Comby : Ça été une vitrine même si ce n’est pas le meilleur live pour nous car on a joué en même temps qu’Architects et on n’a pas eu beaucoup de monde.

Julien Chanel : On a joué aussi au Resurrection Festival en Espagne. Ce sont tous des moments particuliers, les tournées, les instants de rires. On s’entend tous très bien, notre plus grosse particularité c’est que l’on parle beaucoup. On est tous des mecs avec des caractères mais finalement on a tous une vision assez démocratique de la formation. On avance parce que les quatre donnent leur avis, on choisit, on vote, on est d’accord ou pas. On s’engueule mais ça n’a jamais véritablement endommagé notre relation parce que ça va dans le bon sens, tout droit en avant, le projet continue.

 

Tardt c’est avant tout une histoire d’amitié !

Julien Chanel : Oui c’est exactement ça. C’est plus qu’un projet musical finalement. C’est une histoire de potes, on se retrouve en répétition pour jouer nos musiques, faires des conneries, pour parler de ce que l’on va faire, discuter de nos vies personnelles et professionnelles. C’est une aventure entre potes ce qui nous permet de continuer et de ne pas s’arrêter, et se dire que ça va.

Pour conclure qu’avez-vous envie de rajouter ?

Julien Chanel : J’ai un petit regret, il y a dix ans j’aurais bien voulu acheter un camion pour partir en tournée ! (rires)

Maxime Comby : Non, on a fait une belle synthèse de l’histoire de TARLD. Rien n’a ajouté sur ce qui va sortir. J’ai envie de dire soyez curieux même dans la vie de tous les jours, on a hâte de voir beaucoup de nouvelles têtes et d’autres familières sur nos concerts. Notre but ça a toujours été de continuer à kiffer au maximum avec cette notion de communion dont on parlait tout à l’heure,. Alors il faut continuer avec, on l’espère, de plus en plus de monde à nos concerts. On espère que les gens retrouvent les salles parce qu’il y a beaucoup de salles qui souffrent en ce moment et je pense que tout le monde a besoin de retrouver un bol d’oxygène. Pour TARLD, le but c’est continuer a apprécier et fédérer un max de monde autour du concept. Il n’y a jamais eu une notion de vouloir en vivre. On est un groupe d’amis qui cherchent à s’amuser, ça a toujours été ça et ce sera toujours ça.

 

CHRONIQUE ALBUM

THE AMSTERDAM RED LIGHT DISTRICT
Trapped
Punk Harcore Moderne
Red Light Records

The Amsterdam Red Light District, alias TARLD, débarque avec son quatrième opus. Ce groupe français délivre du metalcore aux ambiances punk et avec toute l’explosivité du rock qui à la fois impose et s’entrechoque.

Leur énergie est débordante et communicative avec ses refrains sous forme de complainte pour mieux déployer sa puissance rock.

D’abord des voix et des hurlements pour délivrer des messages comme sur les titres phares comme « Not the Only One » avec son côté cool, puis agressif à l’efficacité assurée, ou bien « Born to be Great » aux guitares saturées en continu, sans oublier la chanson « Freedom is a Movement » qui ralliera certainement le public à sa cause.

Un bon album compact, créatif et musclé. Après ça mettez-vous un peu au repos pour décompresser. [Laurent Machabanski]