2026 est une année importante pour VANDEN PLAS, pilier du metal progressif en Europe, et ce, à différent niveaux Si le groupe souffle ses quarante bougies, c’est aussi le trentième anniversaire d’AcCult, un premier opus acoustique sans prétention qui marqua pourtant les esprits, deux ans après leur premier album Colour Temple (1994) qui les révéla en France ! Il faut dire que l’Hexagone a toujours été une terre d’accueil pour nos amis teutons qui n’ont jamais oublié leur relation particulière avec son public. Ils y enregistrèrent d’ailleurs leur premier album live à Paris le 13/02/2000 à l’Elysée Montmartre lors d’un concert d’anthologie où un certain Patrick Rondat était venu jammer sur « Rainmaker » tandis que Don Dokken chantait sur « Kiss of Death »… C’est donc sans surprise qu’il nous propose trente ans après AcCult II comprenant huit nouveaux morceaux totalement réenregistrés en acoustique, dans le même esprit que la première version, dont six titres piochés allègrement dans leur riche discographie (allant de Far Off Grace, The Seraphic Clockwork, The Ghost Xperiment – Awakening, Beyond Daylight, Christ.0 ou encore de “The God Thing”) auxquels il faut ajouter deux reprises : “Boat On The River“ (STYX), et “Nothing Else Matter“ (METALLICA). [Entretien avec Stephan Lill (guitares) par Pascal « heavy » Beaumont – Photos : DR]

Bonjour ! Comment avez-vous choisi les chansons que vous alliez enregistrer pour ce second album acoustique intitulé AcCult II ?
Stephan Lill : D’une part, il fallait déterminer quelles chansons étaient à même d’être adaptées à une version acoustique. D’autre part, notre objectif était d’inclure des chansons provenant de l’ensemble de notre discographie autant que possible, plutôt que de se limiter, disons, aux deux ou trois derniers albums de VANDEN PLAS…

Et comment s’est passée cette expérience de réenregistrer vos titres en version acoustique après tant d’années ?
C’était une super expérience. Après tout, quand avez-vous d’autre la chance—à part quand ces chansons sont jouées en concert—de réévaluer une chanson depuis le début, l’analyser, et même la réarranger. C’était un défi, mais aussi une super opportunité pour nous…

Est-ce que ça a été un défi pour toi d’adapter les morceaux qui sont pour la plupart très progressifs au départ ?
Bien sûr, ça a été un défi, mais merveilleux ! Une fois qu’il était clair de quelles chansons nous allions faire, j’ai pu me concentrer sur les nouveaux arrangements. Et quand tu te rends compte que les chansons vont dans la bonne direction, ça te motive naturellement à en tirer le meilleur. (sourires)

Comment s’est passée l’intégration d’Alessandro Del Vecchio, votre nouveau claviériste, en lieu et place du fidèle Günter Werno parti en 2023 ? Comment as-tu travaillé avec lui ?
je suppose que c’est différent. Nous ne comparons aucun ancien membre du groupe à un nouveau. Alessandro fait partie du groupe depuis trois ans déjà maintenant. Nous nous sommes très bien entendus dès le tout début. C’est un vrai professionnel, un musicien fantastique et, en plus, un gars incroyablement sympa. Nous n’aurions pas pu trouver mieux.

Deux reprises figurent sur AcCult II “Boat on the River“ (STYX) et “Nothing Else Matters“ (METALLICA). Comment vous êtes-vous répartis les rôles cette fois pour la réinterprétation, trente ans après AcCult ?
J’ai fait le nouvel arrangement pour “Boat on the River“, et Alessandro a fait celui pour “Nothing Else Matters“. Pour ma part, je peux dire que le nouvel arrangement de cette chanson a été la tâche la plus facile sur ce CD, parce qu’on ne voulait pas réinventer cette chanson en particulier ni la changer de manière significative — on voulait juste l’interpréter à notre façon. C’est le genre de chanson qu’on ne peut tout simplement pas améliorer par rapport à l’original. Et on a abordé cette chanson en gardant ce respect à l’esprit.

Était-ce un défi de reprendre une chanson comme “Nothing Else Matters“, qui est connu dans le monde ? Votre version est très différente et unique, c’est vraiment une bonne surprise et une super version, comment s’est passée la conception ?!
Comme je l’ai dit, Alessandro a créé le nouvel arrangement sur « Nothing Else Matters ». Avec cette chanson, il était clair que nous voulions—et devions—nous démarquer de la version originale. Après tout, la chanson est beaucoup trop connue pour la reprendre exactement telle quelle. Je pense que c’était une bonne idée d’en faire une version piano. Et Alessandro a vraiment fait un excellent travail.

Que représente cette chanson “Far Off Grace“ (issue de l’album du même nom) pour toi, en tant que guitariste ?
Ce qui est génial avec “Far Off Grace“, c’est que j’ai composé beaucoup de parties de ces chansons à la guitare acoustique, mais elles ont ensuite été réarrangées en titre rock. Et pour AcCult II, j’ai adopté l’approche inverse. C’était une sensation surprenante…

Il y a aussi beaucoup de section à cordes sur ces versions… Était-ce important d’ajouter ces orchestrations ?
On ne voulait certainement pas se limiter sur ce CD. Dans ce sens, « acoustique » signifie aussi juste une guitare acoustique ou quelque chose dans ce genre. Si une chanson demandait des cordes ou même un son moderne, alors c’est ce qu’on a fait. On voulait présenter un CD spécial et ramener AcCult à aujourd’hui.

Il y a aussi parfois des aspects très jazzy dans vos versions. Est-ce un style qui vous inspire également ?
Il y a des touches subtiles de ce genre de musique. Mais nous ne sommes pas un groupe particulièrement influencé par le jazz.

VANDEN PLAS existe depuis quarante ans ! Quels sont les moments qui t’ont marqué à jamais, que tu n’oublieras jamais ?
Notre première vraie tournée avec ANGRA, la tournée européenne avec DREAM THEATER, les nombreuses productions théâtrales aussi dans lesquelles nous avons joué, bref, la liste est longue et continue encore et encore…

Comment expliquez-vous cette incroyable stabilité depuis la formation du groupe en 1986 ?
Depuis quarante ans, ce sont les mêmes gars sauf Günter Werno ! (NDLR : leur claviériste étant parti en 2023) Nous partageons les mêmes valeurs. Et puis on croit au groupe ! Maintenir un groupe ensemble pendant si longtemps est quelque chose qu’il ne faut jamais considérer comme acquis.

Et avez-vous déjà commencé à travailler sur le prochain album, toi et Andy (NDLR : Andy Kuntz, le chanteur) ?
Oui. J’écris toujours des chansons dès que j’ai une idée. Avec le genre de musique que nous faisons, il ne serait pas possible de composer les chansons nécessaires lors d’une séance d’écriture de chansons de deux semaines.

Comment s’est passée cette expérience incroyable de jouer avec un orchestre symphonique en 2022 à Kaiserslautern ? Et en général pour tous les opéras rock que vous créez !
Travailler avec des orchestres de grands théâtres a été et continue d’être une expérience incroyablement importante pour nous à bien des égards. Que ce soit pour les arrangements, la complexité ou même la discipline, les avantages ont été et continuent d’être énormes. Combien de groupes ont cette opportunité ? Nous en sommes tout bonnement incroyablement reconnaissants.

Comment tout a commencé pour toi dans ta jeunesse, comment ta passion pour la guitare est -elle née ?
À un moment de mon adolescence, j’ai vu un LP d’AC/DC avec Angus Young sur la couverture. C’est là que j’ai été accroché. À l’époque, je ne savais pas quel genre de musique c’était sur ce LP, mais je savais que ça devait être bon… Voilà.

John Sykes nous a quittés en décembre dernier (2025)… Comment t’es-tu senti quand tu as entendu cette triste nouvelle ?
C’était une nouvelle incroyablement triste. John Sykes est l’une de mes plus grandes influences ; c’était un guitariste hors pair. J’avais toujours espéré qu’il sortirait un autre CD. Il avait tellement de talent… Malheureusement, ça n’arrivera plus maintenant.

Est-ce que tu aimerais enregistrer un album solo ?
Si tu veux dire par là un album instrumental ? Non, absolument pas. D’une part, je n’écoute moi-même que très rarement des albums instrumentaux – ce n’est pas mon truc. D’autre part, je pense que les albums instrumentaux vraiment bons ont déjà été faits. Si tu veux, tu peux en gros considérer l’album fait sous le nom du projet All My Shadows qui s’appelait Eerie Monsters, qu’Andy et moi avons fait ensemble, comme un disque solo sinon… (rires)

Comment as-tu vécu artistiquement parlant le fait de composer quatre opéras rock très éloignés de l’esprit VANDEN PLAS ?
Composer un opéra rock est vraiment une entreprise exigeante et qui prend beaucoup de temps. Il faut au moins deux ans, parce que tellement d’éléments – musicaux et lyriques – sont imbriqués, et les détails liés à la production doivent aussi être pris en compte. Bien sûr, le public ne voit que le résultat d’environ deux heures sur scène, mais la quantité de travail derrière est énorme, c’est quasiment indescriptible…

Et justement, vous préparez quelque chose de nouveau en termes d’opéra rock ?
Il y a juste un mois, nous avons mis en scène un nouvel opéra rock sur le dernier chevalier allemand dans un château—le cadre original. Ça a été un énorme succès et une expérience impressionnante !

Est-ce une activité qui prend plus de temps que VANDEN PLAS ?
On pourrait certainement dire ça. Tout simplement parce qu’en plus de la musique et des paroles, il y a beaucoup d’autres choses à prendre en compte, et encore plus de personnes impliquées dans une production comme celle-ci. La responsabilité est donc très grande !

Enfin, allez-vous faire une tournée pour défendre ce nouvel opus unplugged comme c’était jadis la mode ?
On adorerait partir en tournée pour promouvoir ce disque. Avec VANDEN PLAS, nous faisions souvent des concerts acoustiques, beaucoup d’entre eux en France. On s’amusait alors toujours beaucoup à le faire, et je pense que c’était toujours quelque chose de spécial pour le public aussi. Mais je crains bien que nous n’ayons pas le temps pour ça en ce moment. Quelque chose de la sorte requiert autant de préparation et d’organisation qu’une tournée normale, tu sais…

Stephan, merci pour tout, on espère te voir en France et à Paris !
De rien. Oui, Paris a toujours été un endroit spécial pour nous.

AcCult II - VANDEN PLAS
VANDEN PLAS
AcCult II
Metal progressif acoustique
Frontiers Music

Trente ans auront été nécessaires pour que Vanden Plas, l’un des pionniers allemands du metal progressif européen, nous propose enfin la séquelle de leur premier opus AcCult I, un EP accoustique paru à l’origine en 1996, et ce, tout juste deux ans après la sortie du cultissime Colour Temple. Un symbole pour le combo de Kaiserslautern (fan de foot et supporter de leur club local au passage) qui a débuté il y a tout juste quarante ans, eh oui, déjà ! C’était en 1986 ! Depuis, il a accueilli dans ses rangs un nouveau claviériste très talentueux en la personne d’Alessandro Del Vecchio (Edge of Forever, Hardline, Jørn Lande, Iconic, Black Swan…) après le départ du célèbre Günter Werno à ce poste. Soit une stabilité de trente huit ans ! Une histoire d’amitié qui ne s’est jamais démentie… Un parcours de vie unique qui leur permet de nous offrir ces six titres piochés allègrement dans leur discographie très prolifique, six superbes chansons issues de leur répertoire balayant Far Off Grace, The Seraphic Clockwork, The Ghost Xperiment – Awakening, Beyond Daylight, Christ.0 (concept album passionnant sur le Comte de Monte Christ) ou bien encore de l’inoubliable The God Thing. Et en prime, Vanden Plas nous gratifie de deux reprises intéressantes mais assez classiques : une de Styx “Boat On The River“ (Cornerstone, 1979), l’autre étant la ballade “Nothing Else Matters“ de Metallica.

Il faut dire que c’est une de leurs spécialités, n’oublions pas, alors que sur AcCult I figurait déjà pas moins de trois covers : “Des Hauts, Des Bas“ de leur ami et complice de toujours, Stephan Eicher, “Kayleigh“ de Marillion, et le célèbre “Georgia On My Mind“ de Ray Charles. C’est donc un exercice que le combo teuton maitrise parfaitement. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que nos artistes ont toujours autant de talent en 2026 ! Il suffit d’écouter en avant-dernière position leur version de “Nothing Else Matters“ des Four Horsemen pour s’en convaincre : une version juste éblouissante en mode piano agrémentée de cordes du plus bel effet, sur lequel se greffe la voix unique d’Andy Kuntz, à la fois émouvante et captivante. Le bonhomme possède un don qu’il sait exploiter selon le contexte, capable de chanter également dans des comédies musicales. Bref, un vrai artiste au sens noble du terme, il impressionne par sa justesse et sa finesse d’interprétation, toujours avec autant d’émotion, et il en est ainsi tout au long de ce AcCult II. Et quand on sait qu’Andy est en plus passionnant en entretien, et d’une gentillesse infinie, on ne peut qu’être fan de l’artiste mais aussi du bonhomme. Cela forge le respect.

Et tous ensemble, les cinq membres de Vanden Plas ont su alors se réapproprier le morceau sans le dénaturer mais en mode Vanden Plas, tout simplement. Une vraie réussite sachant que s’attaquer à un titre aussi emblématique que “Nothing Else Matters“, repris maintes et maintes fois, n’est pas aisée et peut-être un exercice casse-gueule. Mais nos compères de Kaiserslautern remportent le défi haut la main en évitant tous les écueils ! Chapeau bas, quelle version ! Idem pour Styx et son “Boat On The River“ placée en milieu de track-listing : une ballade folk très réussie. Vanden Plas sait donc varier les plaisirs si l’on en doutait encore. Mais en fait, la magie opère dès “Far Off Grace“ (1999) magnifiquement clippé pour l’occasion, et qui ouvre ce bal acoustique de fort belle manière. IVéritable relecture intelligente de leur propre répertoire agrémentée d’orchestrations, le tout sublimé par le jeu virtuose du guitariste Stephan Lill qui a collaboré, entre-temps, à de nombreuses comédies musicales et opéra rock avec l’Orchestre Philharmonique de Dortmund (il a notamment participé à la première allemande du Concerto pour guitare électrique). On retrouve donc également naturellement l’orchestre à cordes et percussions de Yaron Gottfried, le piano à queue d’Alessandro Del Vecchio et bien sûr, la voix charismatique du frontman Andy Kuntz évoquée précédemment. Et que dire de l’autre single “Postcard To God“ ? Avec son côté jazzy notamment grâce au talent d’Alessandro Del Vecchio et le break guitare/piano de Stephan Lill tout en conservant cette ambiance progressive fidèle à la chanson d’origine ! De même pour “Healing Tree“ et cette superbe voix féminine très entrainante alliée à des cordes envoûtantes qui apporte un plus déterminant. Plus énergique, “The Ghost Experiment“ reste dans l’esprit de la version originale, avec un subtile et puissant Andreas Lill derrière les fûts, le frère de Stephan. “Holes in the Sky“ met aussi en exergue le talent de tous les musiciens et montre cette unité musicale qui les anime depuis toujours, l’émotion à fleur de peau à chaque instant.

Puis le final dantesque avec “You Fly“ sur lequel vient se greffer la magie du saxophone de John Helliwell (Supertramp) donne des frissons pour ce qui est certainement l’une des plus belles pépites de cette galette sans aucun doute, même si elle en regorge d’autres. Vanden Plas prouve qu’il demeure un expert dans cet exercice pourtant pas à la portée de tout le monde, parvenant même à se réinventer à travers l’interprétation de ses classiques tout en restant dans l’esprit des origines d’AcCult avec ce supplément d’âme que seuls les grands possèdent et qui sublime alors leurs interprétations. Le temps n’ayant vraisemblablement pas d’impact sur leur virtuosité, Vanden Plas transpose avec brio chaque chanson à travers des ambiances acoustiques intimistes et où la technique sert l’émotion à chaque note. Un coup de maitre ! [Pascal « heavy » Beaumont]

->> BONUS : retrouvez notre chronique album dans notre revue mensuelle TOP ALBUMS de juin 2026 en vidéo ci-dessous :

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