V&B FESTIVAL : Live report @Château-Gontier-sur-Mayenne (FR) du 23 au 25/08/2024

C’est à une nouvelle édition 2024 à la programmation diversifiée et haute en couleurs, accordant une part belle au rock alternatif et au metal, que nous avons eu le plaisir de participer en cette fin d’été. Orchestré par l’association l’Opus Sonore et soutenu par le Groupe V&B, le festival mayennais du même nom a ainsi tenu toutes ses promesses, et même bien plus. Une chose est sûre : le V&B Fest semble promis à un avenir radieux. [Live report : interviews, textes et photos par Norman « Sargento » Garcia et Aurore Kaluza]

VENDREDI 23/08/2024

Shaârgot

Le groupe de metal industriel electro parisien est venu remplacer les Nova Twins initialement programmées (vues quelques jours auparavant au festival Motocultor, lire notre live report ici). Ils remplacent donc les Anglaises à coup de riffs cyberpunk et grâce à une utilisation cohérente de la scène. Son univers post-apocalyptique attise la curiosité du public qui en redemande, une performance assez convaincante. Shaârgot partira ensuite en tournée dès le mois d’octobre (le « Let Me Out Tour ») et marquera un arrêt dans la prestigieuse salle La Cigale à Paris pour célébrer ses déjà dix ans !

SHAÂRGOT

FFF

Groupe phare des années 90 sur la scène rock française, FFF (Fédération Française de Funk pour rappel de l’acronyme) s’est reformé à nouveau, avec la sortie fin 2023 d’un album intitulé I Scream, et ce, vingt-trois ans (!) après la sortie de leur précédent méfait. Nos Frenchies continuent de dégager une énergie folle et enchaînent leurs standards d’une main de maître. Quel régal de redécouvrir « Barbès », « Le Pire et le Meilleur », « AC2N » ou encore « Niggalize It ». Les rois du funk rock interpréteront également leur nouveau titre «Keep On », très dansant. Les patrons sont de retour sur le dance floor, qu’on se le dise !

FFF

Skindred

Après plus de vingt-cinq ans d’existence là aussi, Skindred fait aussi figure de vétéran. Toujours avec Benji Webbe (ex-Dub War) à sa tête, les Britanniques souvent mis à l’honneur de Metal Obs pour leur fusion crossover positive et communicative continuent de distiller leur mélange de reggae et de metal, une formule osée mais qui fait mouche et endiable la scène Craft du V&B. Malgré le Brexit pour venir, Skindred fait remuer le popotin et ça marche à tous les coups !

SKINDRED

Imminence

Énorme coup de cœur pour la prestation d’Imminence, portée son génial chanteur violoniste Eddie Berg. Les jeux de lumières sont habilement utilisés et amplifient une atmosphère déjà lourde en émotions et transcendante. L’introspection est au cœur des compositions de ce groupe de metalcore suédois plutôt original (et ça change dans le genre), et qui déploie une belle énergie, notamment lors du magnifique hit « Infectious ». Un concert donc en tout point splendide, pour ce qui constitue une des rares dates du groupe en France. Actuellement signés sur le label Arising Empire, les Scandinaves repasseront d’ailleurs le 11 octobre à Paris et le 13 octobre à Lyon, ne les ratez sous aucun prétexte !

IMMINENCE

Setlist IMMINENCE :
Heaven Shall Burn
Ghost
Beyond the Pale
Continuum
Erase
Come Hell or High Water
Desolation
Infectious
Come What May
L’appel du Vide
Temptation
The Black

Bonne (première) nuit !!

SAMEDI 24/08/2024

Darken

Régional de l’étape, Darken renaît de ces cendres en 2021 puis a sorti un nouvel opus en septembre 2023, intitulé Welcome To The Light. Ces « vétérans » mayennais (le groupe s’est formé en 1987 à Laval !) continuent d’œuvrer dans un heavy metal traditionnel et efficace. Heavy metal rules, même en 2024 !

DARKEN

New Model Army

L’autre groupe « pas si jeune » de cette journée n’est autre qu’une légende du rock indépendant britannique, née en 1980 et toujours emmenée par le charismatique chanteur guitariste Justin Sullivan. Mélangeant avec habilité rock, folk et punk, la musique et le propos de N.M.A. n’ont pas pris une ride et font toujours sens aujourd’hui, son dernier album sorti en janvier 2024 ne s’appelant pas Unbroken par hasard… Mention spéciale au bassiste Ceri Monger pour sa belle présence scénique. New Model Army demeure indémodable…

NEW MODEL ARMY

Frank Carter & The Rattlesnakes

Frank Carter est d’une bonne humeur contagieuse, une fois n’est pas coutume, pour ce qui sera l’autre coup de cœur du festival. Jugez plutôt : son habituel bain de foule, un set qui se veut très énergique et les doutes effacés quant à la place donnée au dernier album sur scène (les morceaux de Dark Rainbow sont en effet dans l’ensemble plus calmes qu’à l’accoutumée mais ont trouvé toute leur place sur ce set plus mainstream), une demande en mariage sur scène, Frank C. qui arrête même le show pour demander au public de retrouver la bague d’une jeune femme, et ce malgré la pluie et la boue… Bague qui sera finalement bien retrouvée !). Bref un concert qui nous a fait passer par toutes les émotions. Ah ! Comme on aurait adoré qu’il s’éternise un peu plus !

FRANK CARTER & THE RATTLESNAKES


Setlist Frank Carter & The Rattlesnakes :
Can I Take You Home
Self Love
Tyrant Lizard King
Wild Flowers
Kitty Sucker
Devil Inside Me
Honey
Brambles
My Town
Lullaby
Crowbar
Man of the Hour
I Hate You



Slift

La révélation française de doom stoner psychédélique jouait très tard dans la nuit (1h15 du mat !), ce qui n’a pas pour autant découragé les quelques festivaliers encore présents et parmi lesquels sans doute des fins connaisseurs du dernier né du trio toulousain, Llion, encensé par la presse spécialisée en début d’année 2024.

SLIFT

DIMANCHE 25/08/2024

Novelists

Le groupe français des frangins Durand n’est pas inconnu sur la scène metalcore/djent et après avoir frôlé la séparation, on ressent chez Novelists cette envie de bien faire et surtout le plaisir d’être sur scène, à l’image de la nouvelle chanteuse polyvalente Camille Contreras (screams, chants clairs). Celle n’y est pas étrangère, un an à peine après son arrivée au sein du quintette français. Alors à quand un nouvel album qui serait le premier avec cette frontwoman véritablement renversante ?

NOVELISTS

Train Fantôme

Issus de la scène underground parisienne, Train Fantôme est un collectif composé de membres venant d’horizons divers, du rap au punk en passant par l’emo, la coldwave ou encore la trap. Point de frontière musicale donc pour Train Fantôme, qui cultive l’art du concert survolté  en déployant une énorme débauche d’énergie. Ce fut encore le cas ce dimanche sur la scène Craft, devant un public mayennais d’abord intrigué par cette bête curieuse, puis conquis par le discours et la performance du groupe.

TRAIN FANTÔME


Interview du groupe TRAIN FANTÔME par Norman « Sargento » Garcia :

Cela ne doit pas être tous les jours que vous êtes interviewés par un média metal ?
Non, et pourtant ce n’est pas la première fois, d’autant qu’on a fait le Motocultor cette année…

Ah oui ? Et comment c’est passé ce concert là-bas ? Pas de nez cassés ? (Ndlr : dès le début de leur set au V&B un festivalier s’est malencontreusement blessé au nez)
Collectif : Non ! (rires)
Zzéro : C’était génial, le public était plus aguerri pour notre énergie, là on a dû aller chercher des gens, alors que là-bas ça slamait de tous les côtés, ça tombait de partout ! Des personnes s’écroulaient devant les barrières… On a vite compris qu’on était devant la bonne audience, avec des gens qui ont l’habitude gérer sur cette ambiance. Mais le V&B reste une super expérience, qui nous permet notamment de toucher plus de monde.

Vu le nombre de membres dans votre collectif, ça doit être un véritable bordel pour composer, ou il y’a-t-il une tête pensante (suivez mon regard) ?
Dolorain : C’est lui qui a toutes les réponses (le groupe montre du doigt Zzéro), par télépathie, il est assis au fond d’une pièce dans le noir, dès que tu poses une question la lumière s’allume, c’est comme une parabole. (rires) En fait, personne ne peut l’expliquer !

Mais il s’occupe vraiment de tout, des textes aussi ?
Dolorain : Non, non, sur les couplets on a des sujets assez communs mais aussi qui nous sont propres, on s’autorise d’imposer notre style d’écriture sur les parties en solo, c’est notre moment. Le reste, c’est du travail de groupe, ça donne une production, chacun écrit de droite à gauche, essaye des trucs, puis quelqu’un d’autre va faire évoluer la prod’, faire un pont, et après on construit un truc autour de ça… Oui c’est vraiment un travail d’équipe, pour que tout ça ait un sens au final, tu vois, où tout le monde valide généralement. Et finalement, ça se fait en deux actes : une collecte de plein de matériel, un peu chaotique, et sans se mettre de limite, puis un temps de sélection et d’assemblage. Par contre, pour nos projets solo, chacun a sa propre méthode, c’est autre chose.

Tu viens d’évoquer vos projets solo, c’est-à-dire ? Vous avez des side-projects ?
Madness : Oui, on a tous des projets solo en fait, du post punk/coldwave pour moi, Zzéro de la trap, des trucs plus hybrides pour les autres…
Dolorain : Du rock et de la trap pour ma part, et passant parfois par des phases un peu ambiantes, des fois ça peut arriver…

Justement à propos des étiquettes, celle de punk revient souvent à votre propos. Or vous êtes tous relativement jeunes, pour vous l’esprit punk existe-t-il encore ?
Dolorain : Pour nous, ce qui nous touche le plus dans le punk ce sont des groupes comme les Dead Kennedys, les Bad Brains, avec ces convictions qui sont sociales et politiques, on se retrouve dans ce truc de les affirmer jusqu’au bout, sans concession, avec aussi ce côté anti-scolaire et « do it yourself ». Le souci n’est pas d’être parfait mais de transmettre cette énergie et notre message. C’est pour ça que notre rap est punk, avec cette mentalité-là, et bien évidemment ça va avec l’énergie de nos shows, on fait du rap mais avec une énergie punk/hardcore, voilà !

Vous prônez aussi l’inclusion, le respect de tous les genres, mais vous avez un titre qui s’appelle « Fuck la Pop », alors je ne voudrais pas vous mettre des gens à dos, mais pourquoi ce titre, d’autant que je porte aujourd’hui un t-shirt de Whitney Houston !
Madness : Hey, ça c’est punk, mec ! (rires)
Zzéro : Non en fait, c’est beaucoup plus large, c’est vraiment un hymne au marginalisme, t’es pas le premier à te sentir un peu provoqué par ça, mais c’est d’abord à prendre dans un discours plus large, c’est une énergie, tu vois.

Alors quelle serait la définition du rap actuel, car certains nostalgiques vous diront que « c’était mieux avant » avec des groupes comme NTM, I AM ou Ministère A.M.E.R., quel est votre avis sur l’évolution de la musique en général et l’utilisation de l’Auto-Tune notamment ?
Malgani : C’est trop bien en fait, nous aussi ça nous arrive d’en utiliser, mais pas live effectivement.
Deathskor : Et il y a plus de genres maintenant, ils se passent plein trucs, tu vois, il y a plein de choses qui sortent, les autres que tu as cités c’était quand même un peu les gardiens du temple ! (rires)
Malgani : Pour autant le rap pur et dur auquel tu fais allusion revient de plus en plus, je pense, avec plein de jeunes artistes qui se mettent à rapper.
Dolorain : Après ta question c’est aussi est-ce que le rap actuel, dans la caricature que l’on peut en avoir avec de l’Auto-Tune, ce rap surproduit et catchy, est moins bien que l’ancien, plus basé sur l’écriture, la punchline et l’engagement… et bien nous on reste ouvert et on ne pense pas forcément que le rap d’aujourd’hui est moins bon que celui d’avant. Tu pourrais te poser la même question, du genre est-ce que le punk-hardcore des années 80/90 était mieux que l’actuel metalcore surproduit de nos playlists, tu vois ce que je veux dire ? Est-ce que le néo metal avec des groupes comme Limp Bizkit ou Deftones c’était du vrai metal par rapport à Megadeth, avec leurs baggys et leurs dreadlocks, étaient-ils considérés comme des métalleux quand ils ont débarqué… Tout ça, c’est une question de cycle en fait !

Alors, c’est quoi la suite pour Train Fantôme, après Irréversible part 2 ?
Madness : Là, on va tourner la page d’Irréversible. On se projette plus sur de prochains singles ou des mini-projets, du genre trois singles d’un coup. Et on est tous aussi en train de taffer sur nos projets solo.

Et si un jour on vous demandait de choisir entre vos groupes respectifs et Train Fantôme, que choisiriez-vous ?
Madness : Non, la question ne se pose même pas !
Dolorain : Avec tous les concerts qu’on fait, on se rend compte que Train Fantôme nous unit, avec des hauts et des bas, les bonnes et les moins bonnes expériences.
Madness : on ne se pose pas trop de questions en fait et si ça doit se finir un jour et bien ce n’est pas grave, on continuera toujours à se voir, à faire du son ensemble…

TRAIN FANTÔME

The Hives

Avec les Suédois de The Hives, c’est l’assurance d’un concentré de garage rock de haute énergie, et d’une belle communion avec le public, bien aidé par les gesticulations perpétuelles et le français approximatif de Pelle Almqvist (chant), toujours avide d’un contact rapproché avec le public. Pas peu fier de leur dernier album intitulé The Death of Randy Fitzsimmons, sorti onze ans après Lex Hives (quand même !), le quintette de Fagersta (Suède) livre encore une fois une prestation majuscule devant un public conquis.

THE HIVES

Setlist THE HIVES :

Bogus Operandi
Main Offender
Rigor Mortis Radio
Walk Idiot Walk
Good Samaritan
Stick Up
Try It Again
Hate to Say I Told You So
Trapdoor Solution
Bigger Hole to Fill
Countdown to Shutdown
Come On!
Tick Tick Boom

Bad Nerves

Le groupe de punk rock/power pop de l’Essex formé en 2017 donnera le dernier concert auquel nous assisterons, déjà bien éreintés par la folie précédente livrée par The Hives. Les Anglais, qui viennent de sortir Still Nervous il y a quelques mois chez Suburban Records, confirment sur scène tout le bien que l’on pense d’eux, dans un style accrocheur et entraînant. Ils passeront par Tourcoing, Paris (Le Petit Bain) et Bordeaux en fin d’année 2024.

BAD NERVES

Interview du groupe BAD NERVES par Norman « Sargento » Garcia :

Salut les gars, est-ce votre première fois en France ?
Jon : Oh non, on est venu plein de fois, on vient notamment de faire le festival God Saves The Kouign…
Bobby : Oui, je me rappelle aussi du Supersonic, du Trabendo notamment…

Dans la présentation du festival, il est écrit que le groupe est composé de membres anonymes, pouvez-vous nous expliquer cela ?
Jon : Ah bon ? C’est plutôt cool mais non ce n’est pas vraiment le cas… ça doit plutôt être pour qualifier le groupe dans son ensemble,  Bobby : Oui, on est juste un groupe, tu vois on avait fait qu’une seule photo promo à un moment, et quelques vidéos, sans être féru des réseaux sociaux.
Jon : On ne se prend pas forcément pour des rock stars, ni ne visons les charts, tu vois…(rires)

Si on écoute vos morceaux, ils sont souvent très courts, pensez-vous que ce soit la meilleure recette pour qu’une chanson soit la meilleure possible ?
Bobby : Non, pas forcément.
Jon : On en a une ou deux plus longues sur le nouvel album mais c’est vrai qu’à nos débuts on voulait aller directement au but, avec ce feu qui nous habite et cette énergie qui nous caractérise, mais en règle générale des chansons plus longues ne sont pas automatiquement mauvaises.

On peut souvent voir le mot « punk » associé à la description de votre musique. L’esprit punk est-il selon vous toujours de mise en 2024 ?
Jon : Mais carrément ! Ce n’est certainement pas le même qu’en 1977, mais cet esprit existe toujours à travers de nombreux groupes et dans le monde entier, et aussi à travers votre façon de vivre.

Votre nouvel album s’intitule Still Nervous, deviez-vous prouver que vous étiez toujours énervés ?
Bobby : Non, ce titre vient vraiment de nulle part, mais pour un groupe de rock n’roll on trouvait que cela sonnait vraiment bien (rires). Il n’y a pas de raison particulière en fait. (Ndlr : à ce moment les membres de The Hives passent par là et Bobby s’exclame après : « le meilleur groupe du monde ! »)

Ce festival V&B a une programmation vraiment éclectique, comment pensez-vous être accueillis par le public ?
Bobby : Et c’est vrai que nous jouons dans une heure et demie, mec !
Jon : Oh, on a l’habitude de jouer ensemble depuis longtemps, ou en ouverture d’autres groupes. Nous n’avons pas d’appréhension particulière, aussi parce que ce festival est vraiment cool avec de bonnes vibes.

BAD NERVES

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