Ce nouvel et quatrième opus de Villagers of Ioannina City, Venceremos, peut se traduire en grec par « nous vaincrons », mais le chanteur Alex Karametis explique que le terme doit plutôt être compris comme l’idée de ne pas céder ou de ne pas se briser à quelque chose, à quelqu’un… Entièrement produit par Alex au studio Magnanimous X, c’est aussi l’opus préféré du groupe grec originaire de la petite ville de Ioánnina en Epire (au nord ouest de la Grèce). Voilà pour l’origine du nom de ce groupe encore trop méconnu par chez nous en France, et c’est bien dommage car ces musiciens grecs méritent toute votre attention, surtout qu’ils existent depuis 2000 en fin de compte, d’abord sous le nom V.I.C. Royal, avant d’en changer en 2007 donc pour Villagers of Ioannina City… Mais espérons que ce Venceremos change la donne, surtout avec une publication sur un tel label, Napalm Records.
Dès les premières notes d’« Alienation » en ouverture, on ressent une atmosphère morose, portée par des riffs lourds et épais, entre heavy rock et metal. Sur la chanson-titre, l’atmosphère devient presque contemplative. La guitare d’Alex, la rythmique du bassiste Akis Zois et du batteur Aris Giannopoulos construisent progressivement une tension, tandis que Dimitris Brentas, avec ses instruments traditionnels, apporte une couleur particulière au morceau. Les sonorités de gaïda, la cornemuse traditionnelle grecque, et de zourna (ou sourma) donnent au titre une dimension presque ancestrale même si l’ensemble demeure finalement très contemporain, avec un côté Toolesque par moment. Cette rencontre entre modernité et héritage culturel constitue l’une des grandes forces de Villagers of Ioannina City : les éléments folk ne semblent jamais artificiellement ajoutés, et ne sont pas systématiques, mais participent pleinement à l’identité heavy rock de VOI. Le morceau évoque l’attente d’un jour meilleur, la liberté et la capacité à continuer malgré les difficultés de la vie…
« Home » et « Ghosts in the Sky » prolongent cette atmosphère entre lourdeur et voyage, tandis que « The Ruiner » et « No Fear » ramènent davantage de puissance. « Here and Now » et « Epitaph » poursuivent cette alternance entre passages pesants et moments plus contemplatifs une nouvelle fois. Tout au long de l’album, on voyage ainsi dans les zones désertiques de la Grèce. Les guitares lourdes, les sonorités traditionnelles et les passages plus atmosphériques créent une véritable sensation de voyage, parfois sombre, parfois presque hypnotique. La production laisse suffisamment d’espace aux guitares et aux instruments traditionnels pour que chaque élément trouve sa place, respire, sans perdre la puissance du heavy rock. Le dernier titre au nom savamment choisi, « Requiem », est quant à lui presque une invitation à la méditation.
Avec Venceremos, Villagers of Ioannina City poursuit l’évolution amorcée avec Riza, et Age of Aquarius. La formation hellénique continue d’explorer les possibilités offertes par la rencontre entre rock psychédélique, heavy rock, progressif et musique traditionnelle grecque avec sobriété, sans surenchère, dans un style finalement assez moderne, et unique, en étant loin des clichés du genre bien souvent dans le folk metal. Venceremos, c’est une écoute entre la vision sombre de notre monde et la mélancolie des riffs heavy rock, mais aussi un voyage où la tradition grecque rencontre la puissance du rock. [Martine Varago]
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