Si la scène metal extrême hellénique n’est plus aussi novatrice et féconde qu’autrefois, c’est-à-dire dans les années 1990, lors de l’émergence des leaders du genre tels que NIGHTFALL, SEPTIC FLESH (à l’époque, ça s’écrivait en deux mots), NECROMANTIA ou ROTTING CHRIST, mine de rien un certain héritage prolonge cette ère. Si l’on avait interviewé le combo LUCIFER’S CHILD en 2025 dans lequel on retrouvait George Emmanuel et Stathis Ridis, respectivement ex-membres de session de ROTTING CHRIST mais aussi NIGHTFALL (que voulez-vous, les chiens ne font pas des chats…), pour le cas présent de YOTH IRIA, c’est un peu du même acabit à vrai dire…
Formé seulement en 2019 en Attique peu avant la pandémie, YOTH IRIA s’inscrit clairement dans la lignée des albums les plus mélodieux et folk des frères Sakis de ROTTING CHRIST. Et tiens donc, qui retrouve-t’on à la basse ? Un certain Jim Mutilator, ex-membre des terribles VARATHRON mais surtout ROTTING CHRIST ! Cependant, oubliez la période purement black des débuts du CHRIST PUTREFIANT ici, et privilégiez plutôt la période gothic/dark metal entamée sur le magnifique A Dead Poem (1997) et sublimée sur Sleep Of The Angels (1999). Il n’y a qu’à écouter le single « The Blind Eye Of Antichrist » pour s’en rendre compte, avec ses chœurs et orchestrations léchées qui n’auraient pas dénaturé sur un album postérieur comme Aealo (2010) ou Κατά τον δαίμονα εαυτού (en anglais « True to His Own Spirit ») paru en 2013. Si les influences sont là, YOTH IRIA possède néanmoins sa petite touche grecque à lui, tout en s’inspirant fortement de ses pairs.
Véritablement épiques avec des atmosphères soignées et des rythmiques catchy, les dix titres de Gone With The Devil sont tous taillés pour la scène, et regorgent d’influences heavy metal, black/dark metal mélodique, avec toujours cette touche omniprésence d’occultisme, comme sur l’autre single phare « Blessed be he who enters ». Pour autant, tout sonne presque parfait, tout étant presque trop calibré, à l’image un peu des derniers ROTTING CHRIST où il manque ce petit supplément d’âme hellenique des débuts et qui faisait toute la différence sur la scène internationale. OK, tout est parfaitement produit, mais à la longue, on peut vite se lasser à l’écoute des compositions, certes, très bien construites et habilement agencées aux Rorysound Studios (Suède) par Lawrence Mackrory (ex-DARKANE) qui a mixé l’album. Il manque cette folie par moment, et une certaine prise de risque, même si, encore une fois, malgré les ténèbres qui s’abattent ici, une certaine douceur noire règne ici, pas désagréable, mais un peu trop systématique. Si les accélérations se font sentir pour relancer la machine grecque par moment, et heureusement, comme sur « I, Totem », que ce soit à travers des blasts beats ou des screams de son chanteur principal Rustam Shakirzianov (alias « He »), ou le featuring d’un unique invité (un certain George Rasoulis sur le prenant « Give ‘Em My Beautiful Hell »), un sentiment de légère ivresse puis de lassitude peu envahir l’auditeur.
A la fin de l’album, un énorme titre nommé « Harut, Government, Fallen » à l’ambiance toujours aussi dark (filmé d’ailleurs en noir & blanc) et plus mélancolie, nous renvoie à des films d’anticipation comme Metropolis ou Dark City, ou encore Seven Sisters, non sans une réflexion philosophique sur notre monde contemporain et sa modernisation (déshumanisation, robotisation, IA, le réveil des machines…), le tout sur une musique encore une fois dark/black metal mélodique qui séduira les fans de metal extrême mais aussi de heavy metal en général. Alors attention ! Gone With The Devil constitue un bon et solide troisième opus pour YOTH IRIA, mais peut paraître un peu fade et trop sage à côté d’un vieux NECROMANTIA ou d’un prochain album de ROTTING CHRIST si ce dernier retrouve toute sa splendeur passée et le goût de l’expérimentation/innovation. A voir ce que donne sur le long terme les prestations live de YOTH IRIA et son évolution artistique. Si toutefois vous préférez quelque chose d’un peu plus extrême, préférez les vieux ROTTING CHRIST, ou bien plus récemment le dernier opus de LUCIFER’S CHILD (interview ici), ou UNVERKALT, plus original dans sa démarche et dont les membres créatifs sont originaires de Grèce également (chronique album ici et interview à venir très bientôt !). [Seigneur Fred]
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