ZERO ABSOLU : La Saignée

La Saignée - ZERO ABSOLU
ZERO ABSOLU
La Saignée
Black metal progressif/blackgaze
AOP Records

Première impression, brute : ce premier essai de Zéro Absolu n’aurait pas pu sortir en été… Avec un tel nouveau patronyme né dans la douleur, la colère, des cendres gelées du précédent groupe de black français Glaciation. On ne ne reviendra pas sur le conflit juridique et la violente scission avec Hreidrmarr (ex-chanteur d’Anorexia Nervosa, The CNK, etc.), éjecté de Glaciation en 2020, même si la neige recouvrant une terre de feu est encore intense. Comme tout album composé de peu de morceaux, deux ici en l’occurrence, ceux-ci s’avèrent bien évidemment longs, offrant de nombreuses variations « d’ambiances » dans un voyage s’apparentant plus au passage du Cap Horn sous le grésil qu’à une croisière aux Antilles sous le soleil. Sur le premier titre « La saignée », on a affaire d’entrée à une atmosphère post industrielle, décadente, la fin de quelque chose, d’un monde, notre monde peut-être. La musique est épique, avec une certaine emphase « datée », on pense aux oeuvres musicales du XIXème siècle, version black metal mélodique et progressif bien sûr ici mais bizarrement, les harmonies semblent être un marqueur du black metal frenchy. La guitare est parfois sèche, acoustique, ou électrique, tout aussi mélancolique, mais hurlante au vent mauvais. On peut penser aux compatriotes d’Aux Champs des Morts, aux harmoniques de Hvis Lyset Tar Oss, troisième opus de Burzum. Le chant black est arraché, colérique, et si le chant clair n’est pas rare, il dispense aussi un mal-être profond, enfin, des chœurs féminins renforcent tous les aspects évoqués. On remarque aussi des passages plus heavy, avec soli de guitares simples mais entêtants. Les textes demeurent obscurs dans leurs sens, ils sont presque moins compréhensibles littéralement que ressentis. Différents samples de dialogues interviennent ici ou là au cours du morceau. Mais que ressent-on ? Déception, colère, à la fois entre dissolution dans l’air encore gazeux (donc pas au zéro absolu…) et à la fois le visage bien organique, et douloureux, collé dans la boue.

Quant au second, et donc dernier morceau, « Le temps détruit tout », celui-ci semble plus explicite et poursuit le travail entamé par le premier. La charge de colère est de prime abord clairement plus violente, ciblée individuellement, fondamentale : « ton nom, c’est du vent ». L’anathème est l’oubli, la tombe : température ressentie ? Le zéro absolu bien sûr ! Une emphase presque religieuse fait son apparition avant de céder face à un passage au rouleau compresseur black autoritaire, modulé par quelques riffs heavy, voire typés 60’s… C’est fluide, aéré, on baigne là dans un blackgaze de grande classe. Puis le titre évolue vers quelque chose de plus extatique et libératoire, mais seulement une fois ces mots lancés : une sentence au chant clair sans équivoque, avec des mots forts : « La race humaine s’autodétruit, le black metal, c’est la mort, et cela doit rester la mort ! » Enfin la chute progressive vers l’accalmie ambient, limite enfantine de films d’horreurs, atmosphérique… désenchanté. Le repos, enfin ? Peut-être. Pour conclure : si la première chanson-titre semble esquisser une sélection destructive, celle-ci est actée définitivement dans ce second et ultime titre de l’album. La Saignée sort de l’aspect purement musical pour nous amener vers quelque chose de philosophique, à l’image cinématographique. Mais, quelques explications : qu’est-ce que le zéro absolu ? Pour l’azote, par exemple c’est -70°C. Le zéro absolu est la température la plus basse que la physique puisse imaginer. La matière atteint alors un état faisant apparaître des propriétés surprenantes, telles que la supraconductivité atomique. Pour le physicien, ainsi, la température, pourrait être intimement liée au désordre et à l’agitation — d’ailleurs qualifiée de thermique — des atomes qui constituent un corps. La notion de température se rapporte donc à une notion de mouvement. De fait, la question se pose de la température qui règne lorsque plus rien ne bouge au cœur de la matière ? Hum, hum… Toutes ces notions ressortent de la science physique, qui, comme les mathématiques, touche aussi à la philosophie en fin de compte… Et là, pourrait-on dire que le zéro absolu serait le numéro du néant, de la course vers le néant, et vers l’oubli, presque au sens de Nietsche ? Ou bien, est-ce que la glace, ou plus précisément, la fixation glacée, est la solution, la pérennité ultime ; même sans la vie ? (au sens qu’elle nous est connue…) En plus des toujours sempiternelles questions accompagnant la sortie d’un nouvel album, nous aurions aimé évoquer avec le chanteur et auteur Valnoir toutes ces notions et en savoir plus, ce qui n’a pu être possible pour des raisons qu’expriment sûrement en partie cet album. Le ressenti de l’auditeur face à ce premier album post-ère glaciaire (ou plutôt Glaciation) est plus que jamais très personnel, l’impression d’un objet protéiforme, destructuré, même si l’intention (à tous les sens du terme) est finalement très claire. [Morbidou]

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