1914 : Viribus Unitis

Viribus Unitis - 1914
1914
Viribus Unitis
Blackened death/doom metal
Napalm Records

Avec son quatrième album studio, les Ukrainiens de 1914 ne dérogent pas à la voie qu’ils se sont tracés depuis la sortie d’Eschatology of War, à savoir explorer le premier conflit mondial par le biais d’un death mâtiné de black metal et de doom pour créer un mix puissant et sacrément inventif ! Pour Viribus Unitis – terme signifiant « Par l’union des forces , et qui fut la devise de François-Joseph, l’empereur austro-hongrois qui dirigeait cet immense pays lors de la Grande Guerre – ils ont choisi de s’intéresser au front de l’est à travers le destin d’un soldat ukrainien qui va traverser l’enfer du conflit, de ses origines à la résolution finale des hostilités en 1919, résolution précaire comme chacun sait… Une révolution bolchévique passera entre-temps.

Evidemment, en 2025, faire un album sur une guerre européenne revêt un écho certain avec l’actualité, l’Ukraine subissant depuis trois ans une guerre meurtrière de la part de son voisin russe. Et comme le dit le chanteur Dmytro Kumar, que nous appellerons ici Dimitri (dont nous attendons toujours des nouvelles pour une interview dans le cadre de la promotion de Viribus Unitis), certains lieux meurtris par le conflit actuel l’étaient déjà entre 1914 et 1918. Pire encore, lors de la Première Guerre Mondiale, le peuple ukrainien se trouvait déjà écartelé entre les deux camps, celui de la Triple Entente et celui de la Triple Alliance, reproduisant un schéma actuel où subsistent les divisions entre russophiles et le reste du pays, attaché à l’occident. L’histoire semble donc se répéter en pays slaves…

Partant du constat que le front de l’est est quasi inconnu à l’ouest, Dimitri a donc décidé de le mettre en avant , montrant qu’il était tout aussi épouvantable que la guerre ayant eu lieu en France. Musicalement, 1914 a divisé son album en deux parties distinctes. La première contient les morceaux les plus rapides, les plus violents , allant chronologiquement du début de la guerre à la fin de 1917, chaque titre évoquant un moment clé du front de l’est : « The siege of Przemysl » , « The Südtirol offensive » ou encore le très long – plus de neuf minutes – mais rempli de formidables ambiance comme sur « Easter Battle for the Zwinin ridge ». A travers cette première moitié plutôt intense à l’image de la violence des hostilités, 1914 alterne les blasts beats et les passages plus lourds, n’hésitant pas à truffer sa musique de moments quasi surréalistes en incluant des chansonnettes d’époque, le tout porté par une voix chargée de haine. La guerre est bel et bien là, avec son cortège de destruction et de morts ! 1914 ne fait qu’en définir la bande-son.

Puis, à partir de « Wounded in action », la musique se fait plus lente, plus lourde encore, peut être pour mieux nous faire ressentir les états d’âmes de ce soldat ukrainien qui va voir son destin basculer dans une réalité encore pire que le front. Chaque titre prend plus de temps pour imposer le black/death metal du quintet, et nous marteler de riffs quasi martiaux. Les voix , doublées, et les chœurs participent de cette volonté de rentrer dans la tête de l’auditeur pour ne plus le lâcher. Comme souvent dans le metal actuel, Viribus Unitis contient son lot d’invités : notre ami rosbif Aaron Sainthorpe (désormais ex-My Dying Bride) pose sa voix grave sur « A Duty to Escape » tandis que Christopher Scott (Precious Death) intervient lui sur « Prisoner of War », ajoutant encore de la tension à des morceaux qui n’en manquent déjà pas. Tout cela est vraiment prenant et promet de belles choses scéniquement parlant, surtout quand on sait qu’en live, 1914 fait parler la poudre tout en sobriété dans des concerts, certes trop rares (trois annulations de tournées européennes en l’espace de trois ans, notamment avec Konvent, puis Katla début 2025).

Alors que nul ne sait ce que sera l’avenir de leur pays, les musiciens de 1914 vivent avec une épée de Damoclès sur la tête, celle d’être appelés à tout moment pour combattre, mais aussi la hantise d’être touché par les combats, eux et leurs proches, comme des milliers de civils l’ont déjà été depuis trois ans… C’est peut être ce sentiment d’urgence et de peur mêlée qui donne à Viribus Unitis toute sa force et sa puissance, sans sombrer dans le pathos pour autant. Et créer dans de telles conditions une œuvre musicale si intense avec cet aspect historique et presque épique, qui plus est dotée d’une très bonne production, force le respect. Le moins que l’on puisse faire pour remercier le groupe de Lviv nous offrir un tel disque est sans doute de l’écouter, de lire les paroles et bien entendu de l’acquérir sous une de ses nombreuses formes physiques, le Saint Graal étant l’édition double vinyle incluant un livre de 72 pages écrit par Dimitri lui-même, ou bien l’édition composée de trois 33T dont un disque bonus. Quoiqu’il en soit, 1914 ajoute une pierre angulaire à sa féconde discographie et livre sans doute l’un des meilleurs opus de blackened death/doom metal de cette fin d’année 1914, pardon 2025. [Dave « Capitaine Conan » Saint Amour]

Publicité

Publicité